Métaphore, image, son,
l’âme et la chair se concertent,
au loin on entend le Verbe
et l’écho redit son nom.
Cimetière des saisons
le printemps fait de beaux morts,
en l’honneur de ces garçons
battons les cymbales d’or.
(Georges Libbrecht)
Publié par arbrealettres le 15 mai 2013
CHANSON DU JOUR QUI S’EN VA
Ce m’est un crève-coeur
de te laisser partir, ô jour !
Tu pars tout plein de moi
et reviens sans me connaître.
Ce m’est un crève-coeur
de laisser sur ton sein
les possibles réalités
de minutes impossibles !
Vers le soir un Persée
lime tes chaînes
et tu fuis sur les monts
en te blessant les pieds.
Ni ma chair ni mes pleurs
ne peuvent te séduire
ni les fleuves sur lesquels
tu fais ta sieste d’or.
D’orient en occident
portant ton feu sphérique
ton grand feu que soutient
mon âme tendue dans l’effort,
D’orient en occident
ce m’est un crève-coeur
de t’emporter avec tes oiseaux
et avec tes bras de vent !
(Federico Garcia Lorca)
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Publié par arbrealettres le 7 mai 2013
Je te dirai ma chambre,
mon nom d’herbe et de paille,
le poids de mes cheveux sur l’oreiller,
la brise entre les mailles du rideau.
Je t’offrirai la coupe de mes mains
pour que tu boives le lait de l’été.
Je te dirai la naissance du verbe
dans l’impatience des draps.
je te dirai aussi mon lit
où se consume sans trêve le poème,
la nuque des draps immolés,
la chair des mots, leur lutte
pour mêler sang et chanson.
J’entre dans cette chambre
comme on va au bûcher,
je fonds dans sa fiévreuse blessure,
j’existe par sa lumière suspendue
au plafond qui se dérobe.
(Kettly Mars)
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Publié par arbrealettres le 3 mai 2013
Tronc
versé au fossé
de tes hanches
Les lierres du ventre
à l’écorce des eaux
Fourreau
comme la chair à l’os
Mes mains
aux ronces de l’approche
Différemment:
Amande amère douce
Etoile aux toiles des toisons
toujours toi
sexe insecte aux élytres d’odeurs
Amanite incertaine amante
(Werner Lambersy)
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Publié par arbrealettres le 3 mai 2013
échouée en la chair
carène
de quel navire
os
sous les étoiles de mer
des mains?
les volutes du coquillage
gardant secrète dans l’oreille
la huée
d’un ressac indéchiffrable
de sang
(Werner Lambersy)
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Publié par arbrealettres le 3 mai 2013
Pour Jacqueline
Qu’on parle tout bas; la petite est morte.
Ses jolis yeux clairs sont clos pour jamais,
Et voici déjà des fleurs qu’on apporte…
Je ne verrai plus l’enfant que j’aimais.
Je rêve, sans doute, et l’enfant sommeille;
Pourquoi, près de moi, dit-on qu’il est mort
Pas de bruit surtout, que rien ne l’éveille,
Ne voyez-vous pas que ma fille dort?
Mais elle a gardé la bouche entr’ouverte,
Sa joue est bien pâle et son front glacé,
Son petit corps semble une chose inerte…
Agenouillez-vous, la Mort a passé.
Alors, c’est fini! Tes prunelles closes
Jamais ne verront le ciel rayonnant,
Tu dors pour toujours au milieu des roses,
Toi mon sang, ma chair, ô toi, mon enfant !
Je ne verrai plus ton joli sourire,
Jamais tes regards ne me chercheront,
Tes petites mains qu’on croirait de cire,
Jamais, plus jamais ne me toucheront.
Adieu, mon amour, adieu, ma jolie:
Je n’entendrai plus ton rire joyeux.
Ah! comment guérir ma triste folie;
Comment vivre encore ! je n’ai plus tes yeux.
Et voici soudain qu’on ouvre la porte…
On t’arrache à moi, mon ange adoré,
Mais dans le cercueil, afin qu’on l’emporte,
Près du tien j’ai mis mon coeur déchiré.
Oh! ne parlez plus, la petite est morte…
(Ida Faubert)
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Publié par arbrealettres le 2 mai 2013
Voisines : avec un couteau,
Avec un tout petit couteau,
Au jour dit, entre deux et trois heures,
Deux hommes se tuèrent pour un amour,
Avec un couteau,
Avec un tout petit couteau
Qui tient à peine dans la main,
Mais qui pénètre, aigu et fin,
Dans les chairs étonnées
Et qui s’arrête à l’endroit même
Où tremble dans sa broussaille
L’obscure racine du cri.
Voici un couteau,
Un tout petit couteau
Qui tient à peine dans la main;
Poisson sans écailles et sans fleuve,
Pour qu’au jour dit, entre deux et trois heures,
Avec ce couteau,
Deux hommes durs soient demeurés
Les lèvres à jamais jaunies.
Il tient à peine dans la main
Mais son froid pénètre
Dans les chairs étonnées
Et il s’arrête à l’endroit même
Où tremble dans sa broussaille
L’obscure racine du cri.
(Federico Garcia Lorca)
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Publié par arbrealettres le 1 mai 2013
(La vérité et Grünewald)
La douleur te laissa
sans âme, comme morte.
Et tu tombas, lourde et sans poids, entre les bras
de qui te navrait,
en une concession totale de vie et de mort.
Quelle fleur flétrie
ainsi belle plus tristement, lis blanc
de chair exacte et légère, doux nard de ce monde,
presque une étoile alors d’un autre monde ;
nard de l’entre deux mondes ?
Là, sur le sol noir, tu semblais,
non pas un corps avec une âme en ascension
mais une âme tombée d’un corps céleste.
mal tenue dans des bras
qui ne te comprenaient pas —,
tâche lunaire de lune errante
sur la misérable scorie ;
tâche lunaire de lune errante !
***
(La verdad y Grünewald)
La pena te dejó
sin alma, como muerta.
Y te caíste, ingrávida y pesada, entre los brazos
de quien te lastimaba,
en una concesión total de vida y muerte.
¿Qué flor marchita
más tristemente bella así, azucena
de carne exacta y leve, dulce nardo de este mundo,
entonces casi estrella de otro mundo;
nardo de entre dos mundos?
No cuerpo con el alma en ascensión
sino alma caída de cuerpo celestial
parecías allí, en el suelo negro
—mal tenida por brazos
que no te comprendían—,
¡lunar de luna errante
sobre la miserable escoria;
lunar de luna errante!
(Juan Ramón Jiménez)
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Publié par arbrealettres le 29 avril 2013
Éveille ta mémoire,
fouille dans ses trésors ;
que dans tes eaux profondes
le haut soleil se brise !
Élève ta pensée ;
donne ta chair à la statue :
que la mélodie coule,
et se heurte aux rochers,
et qu’elle bondisse et s’ouvre en orients !
Plonge, dans ton front, la houe
jusqu’à l’épaule ; et quand tu fermeras
les yeux de douleur, vois
en criant, le fond du tout !
***
iDespiértate la memoria,
revuelve su joyerío;
haz en tu agua profunda
pedazos el alto sol!
iLevántate el pensamiento;
dale a la estatua tu carne;
que corra la melodía,
y tropiece en los peñascos,
y salte, y se abra en orientes!
iHunde en tu frente la azada,
hasta el hombro; y que al cerrar
tus ojos de dolor, veas,
gritando, el fondo del todo!
(Juan Ramón Jiménez)
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Publié par arbrealettres le 27 avril 2013
INSOMNIE
La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.
***
DESVELO
Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.
(Juan Ramón Jiménez)
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