Articles Tagués ‘chanter’
Publié par arbrealettres le 18 juin 2013
Il faut si peu d’espace
Pour que rentre le ciel
Dans ma triste demeure,
Il faut si peu de grains
Pour que l’oiseau chante et s’envole
Dans l’or du frais matin,
Il faut si peu d’amour
Pour fleurir un cœur pur qui souffre
Sur la route du Soleil.
Il faut si peu d’espace
Pour dormir un jour dans la terre
Repue de Beauté et d’amour.
Il faut si peu de joie
Pour adorer le Surhumain,
Point vibrant de l’Immensité.
(Emmy Guittès)
Illustration: Stefan Caltia
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Publié par arbrealettres le 17 juin 2013
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Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

Heures
Aumône au malandrin en chasse
Mauvais oeil à l’oeil assassin !
Fer contre fer au spadassin !
- Mon âme n’est pas en état de grâce ! -
Je suis le fou de Pampelune,
J’ai peur du rire de la Lune,
Cafarde, avec son crêpe noir…
Horreur ! tout est donc sous un éteignoir.
J’entends comme un bruit de crécelle…
C’est la male heure qui m’appelle.
Dans le creux des nuits tombe : un glas… deux glas
J’ai compté plus de quatorze heures…
L’heure est une larme – Tu pleures,
Mon coeur !… Chante encor, va – Ne compte pas.
(Tristan Corbière)
Illustration: Jean-Claude Forez
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Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

A Marcelle – La cigale et le poète
Le poète ayant chanté,
Déchanté,
Vit sa Muse, presque bue,
Rouler en bas de sa nue
De carton, sur des lambeaux
De papiers et d’oripeaux.
Il alla coller sa mine
Aux carreaux de sa voisine,
Pour lui peindre ses regrets
D’avoir fait – Oh : pas exprès ! -
Son honteux monstre de livre !…
- " Mais : vous étiez donc bien ivre ?
- Ivre de vous !… Est-ce mal ?
- Écrivain public banal !
Qui pouvait si bien le dire…
Et, si bien ne pas l’écrire !
- J’y pensais, en revenant…
On n’est pas parfait, Marcelle…
- Oh ! c’est tout comme, dit-elle,
Si vous chantiez, maintenant ! "
(Tristan Corbière)
Illustration: George Frederic Watts
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Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

L’homme pleure,
Et s’endort
Comme l’heure
Pour un mort ;
Comme étoile
En la nuit,
Est sans voile
Après bruit. -
L’oiseau chante
Avec feu
Son amante,
Son bon Dieu.
Et l’eau coule
Doucement,
Se déroule
Vaguement.
Et la lune
En chemin,
La fortune
Du chagrin,
Nous fait face,
Va au cœur ;
C’est la glace
Du penseur. -
La nature
En soupirs
Ne murmure
Que désirs.
Toi, mon âme,
Que veux-tu ? -
Une femme
La vertu ?
Rien. Je n’ose
Désirer
Cette chose, -
DÉTERRER.
(Xavier Forneret)
Illustration: Alvaro Zardoni
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2013
![Erte aphrodite.jpg!HD [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/erte-aphroditehd-1280x768.jpg?w=675&h=996)
Plus de chants
À Madame De Simonis
Enfant d’un nid loin du soleil éclos,
Tombée un jour du faîte des collines,
Ouvrant à Dieu mes ailes orphelines,
Poussée aux vents sur la terre ou les flots,
Mon coeur chantait, mais avec des sanglots.
Pour louer Dieu, dès que je pus chanter,
Que m’importait ma frêle voix de femme ?
Tout le concert se tenait dans mon âme.
Que l’on passât sans daigner m’écouter,
Je louais Dieu ! Qui pouvait m’arrêter ?
Le front vibrant d’étranges et doux sons,
Toute ravie et jeune en solitude,
Trouvant le monde assez beau sans l’étude,
Je souriais, rebelle à ses leçons,
Le coeur gonflé d’inédites chansons.
J’étais l’oiseau dans les branches caché,
S’émerveillant tout seul, sans qu’il se doute
Que le faneur fatigué qui l’écoute,
Dont le sommeil à l’ombre est empêché,
S’en va plus loin tout morose et fâché.
Convive sobre et suspendue aux fleurs,
J’ai pris longtemps mon sort pour une fête ;
Mais l’ouragan a sifflé sur ma tête,
Les grands échos m’ont crié leurs douleurs,
Et je les chante affaiblis de mes pleurs.
La solitude est encor de mon goût,
Je crois toujours à l’auteur de mon être :
Mes beaux enfants me l’ont tant fait connaître !
Je monte à lui, je le cherche partout ;
Mais de chansons, plus une ! Oh ! Plus du tout !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Erte
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Publié par arbrealettres le 11 juin 2013

Le papillon malade
Apologue
Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,
Un papillon dans sa vieillesse
(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)
Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesse
Des amants nouveau-nés, dont le rapide essor
Effleurait les boutons qu’humectait la rosée.
Soulevant un matin le débile ressort
De son aile à demi-brisée :
" Tout a changé, dit-il, tout se fane. Autrefois
L’univers n’avait point cet aspect qui m’afflige.
Oui, la nature se néglige ;
Aussi pour la chanter l’oiseau n’a plus de voix.
Les papillons passés avaient bien plus de charmes !
Toutes les fleurs tombaient sous nos brûlantes armes !
Touchés par le soleil, nos légers vêtements
Semblaient brodés de diamants !
Je ne vois plus rien sur la terre
Qui ressemble à mon beau matin !
J’ai froid. Tout, jusqu’aux fleurs, prend une teinte austère,
Et je n’ai plus de goût aux restes du festin !
Ce gazon si charmant, ce duvet des prairies,
Où mon vol fatigué descendait vers le soir,
Où Chloé, qui n’est plus, vint chanter et s’asseoir,
N’offre plus qu’un vert pâle et des couleurs flétries !
L’air me soutient à peine à travers les brouillards
Qui voilent le soleil de mes longues journées ;
Mes heures, sans amour, se changent en années :
Hélas ! Que je plains les vieillards !
" Je voudrais, cependant, que mon expérience
Servît à tous ces fils de l’air.
Sous des bosquets flétris j’ai puisé ma science,
J’ai défini la vie, enfants : c’est un éclair !
Frêles triomphateurs, vos ailes intrépides
S’arrêteront un jour avec étonnement :
Plus de larcins alors, plus de baisers avides ;
Les roses subiront un affreux changement.
" Je croyais comme vous qu’une flamme immortelle
Coulait dans les parfums créés pour me nourrir,
Qu’une fleur était toujours belle,
Et que rien ne devait mourir.
Mais le temps m’a parlé ; sa sévère éloquence
A détendu mon vol et glacé mes penchants :
Le coteau me fatigue et je me traîne aux champs ;
Enfin, je vois la mort où votre inconséquence
Poursuit la volupté. Je n’ai plus de désir,
Car on dit que l’amour est un bonheur coupable :
Hélas ! D’y succomber je ne suis plus capable,
Et je suis tout honteux d’avoir eu du plaisir. "
Près du sybarite invalide,
Un papillon naissait dans toute sa beauté :
Cette plainte l’étonne ; il rêve, il est tenté
De rentrer dans sa chrysalide.
" Quoi ! Dit-il, ce ciel pur, ce soleil généreux,
Qui me transforme et qui me fait éclore,
Mon berceau transparent qu’il chauffe et qu’il colore,
Tous ces biens me rendront coupable et malheureux !
Mais un instinct si doux m’attire dans la vie !
Un souffle si puissant m’appelle autour des fleurs !
Là-bas, ces coteaux verts, ces brillantes couleurs
Font naître tant d’espoir, tant d’amour, tant d’envie !
Oh ! Tais-toi, pauvre sage, ou pauvre ingrat, tais-toi !
Tu nous défends les fleurs encor penché sur elles.
Dors, si tu n’aimes plus ; mais les cieux sont à moi :
J’éclos pour m’envoler, et je risque mes ailes ! "
(Marceline Desbordes-Valmore)
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Publié par arbrealettres le 11 juin 2013

Le réveil
Sur ce lit de roseaux puis-je dormir encore ?
Je sens l’air embaumé courir autour de toi ;
Ta bouche est une fleur dont le parfum dévore :
Approche, ô mon trésor, et ne brûle que moi.
Éveille, éveille-toi !
Mais ce souffle d’amour, ce baiser que j’envie,
Sur tes lèvres encor je n’ose le ravir ;
Accordé par ton coeur, il doublera ma vie.
Ton sommeil se prolonge, et tu me fais mourir :
Je n’ose le ravir.
Viens, sous les bananiers nous trouverons l’ombrage.
Les oiseaux vont chanter en voyant notre amour.
Le soleil est jaloux, il est sous un nuage,
Et c’est dans tes yeux seuls que je cherche le jour :
Viens éclairer l’amour.
Non, non, tu ne dors plus, tu partages ma flamme ;
Tes baisers sont le miel que nous donnent les fleurs.
Ton coeur a soupiré, viens-tu chercher mon âme ?
Elle erre sur ma bouche et veut sécher tes pleurs.
Cache-moi sous des fleurs.
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Tranquillo Cremona
Publié dans poésie | Tagué: flamme, chercher, dormir, fleur, bouche, mourir, vie, cacher, chanter, sommeil, nuage, oser, lit, partager, ravir, dévorer, réveil, roseau, embaumé, pleur, (Marceline Desbordes-Valmore), ombrage, bananier | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 9 juin 2013

La jeune châtelaine
"Je vous défends, châtelaine,
De courir seule au grand bois. "
M’y voici, tout hors d’haleine,
Et pour la seconde fois.
J’aurais manqué de courage
Dans ce long sentier perdu ;
Mais que j’en aime l’ombrage !
Mon seigneur l’a défendu.
"Je vous défends, belle mie.
Ce rondeau vif et moqueur. "
Je n’étais pas endormie
Que je le savais par coeur.
Depuis ce jour je le chante ;
Pas un refrain n’est perdu :
Dieu ! que ce rondeau m’enchante !
Mon seigneur l’a défendu.
"Je vous défends sur mon page
De jamais lever les yeux."
Et voilà que son image
Me suit, m’obsède en tous lieux.
Je l’entends qui, par mégarde,
Au bois s’est aussi perdu :
D’où vient que je le regarde ?
Mon seigneur l’a défendu.
Mon seigneur défend encore
Au pauvre enfant de parler ;
Et sa voix douce et sonore
Ne dit plus rien sans trembler.
Qu’il doit souffrir de se taire !
Pour causer quel temps perdu !
Mais, mon page, comment faire ?
Mon seigneur l’a défendu.
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Alexandre Sulimov
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), bois, chanter, châtelaine, coeur, courage, courir, défendre, douce, enfant, image, jeune, moqueur, obséder, ombrage, page, parler, refrain, regarder, rondeau, seigneur, sonore, vif | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 7 juin 2013

L’horloge arrêtée
Horloge d’où s’élançait l’heure
Vibrante en passant dans l’or pur,
Comme l’oiseau qui chante ou pleure
Dans un arbre où son nid est sûr,
Ton haleine égale et sonore
Dans le froid cadran ne bat plus :
Tout s’éteint-il comme l’aurore
Des beaux jours qu’à ton front j’ai lus ?
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Salvador Dali
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), arbre, aurore, chanter, froid, front, haleine, horloge, lire, nid, oiseau, or, pleure, s'élancer, s'éteindre, sonore, vibrante | Poster un commentaire »