Articles Tagués ‘charmé’
Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Sieste éternelle
Le blanc soleil de juin amollit les trottoirs.
Sur mon lit, seul, prostré comme en ma sépulture
(Close de rideaux blancs, oeuvre d’une main pure),
Je râle doucement aux extases des soirs.
Un relent énervant expire d’un mouchoir
Et promène sur mes lèvres sa chevelure
Et comme un piano voisin rêve en mesure,
Je tournoie au concert rythmé des encensoirs.
Tout est un songe. Oh! viens, corps soyeux que j’adore,
Fondons-nous, et sans but, plus oublieux encore;
Et tiédis longuement ainsi mes yeux fermés.
Depuis l’éternité, croyez-le bien, Madame,
L’Archet qui sur nos nerfs pince ses tristes gammes
Appelait pour ce jour nos atomes charmés.
(Jules Laforgue)
Illustration: Vladimir Kush
Publié dans poésie | Tagué: (Jules Laforgue), adorer, archet, atome, éternelle, éternité, charmé, chevelure, corps, encensoir, expirer, extase, gamme, lèvres, mouchoir, nerf, piano, promener, prostré, râler, relent, se fondre, sieste, soleil, songe, soyeux, tournoyer, trottoir | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 19 avril 2013

L’autre moitié
Loin de manquer, les signaux abondent
leur sens m’échappe, sont-ils trop nombreux
un seul verdict à la fin, me reste :
tu traverses la moitié d’un charme.
il suffirait d’un petit pas, bien calibré,
d’une lueur à peine entrevue
et le silence alors aurait le sens contraire
ce serait l’autre moitié.
***
L’altra metà
Non mancano i segnali, anzi in eccesso,
mi sfugge il loro senso, sono troppi?
alla fine mi resta un solo responso :
stai attraversando un incanto a metà.
Basterebbe un piccolo passo, di misura,
una luce appena intravista
allora il silenzio sarebbe opposto
sarebbe l’altra metà.
(Luciano Erba)
Illustration: Zdzislaw Beksinski
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Publié par arbrealettres le 13 avril 2013

Serment
O poète trop prompt à te laisser charmer,
Si cette douce enfant devait t’être ravie,
Et si ce coeur en qui tout le tien se confie
Ne pouvait pas pour toi frémir et s’animer ?
N’importe ! ses yeux seuls ont su faire germer
Dans mon âme si lasse et de tout assouvie
L’amour qui rajeunit, console et purifie,
Et je devrais encor la bénir et l’aimer.
Heureux ou malheureux, je lui serai fidèle ;
J’aimerai ma douleur, puisqu’elle viendra d’elle
Qui chassa de mon sein la honte et le remord.
Vierge dont les regards me tiennent sous leurs charmes,
Si tu me fais pleurer, je bénirai mes larmes ;
Si tu me fais mourir, je bénirai la mort !
(François Coppée)
Illustration: Gabriel Bonmati
Publié dans poésie | Tagué: (François Coppée), aimer, assouvie, bénir, charmé, charmer, coeur, honte, larme, mort, remord, se confier, sein, serment | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 10 avril 2013

Elle sait que l’attente est un cruel supplice,
Qu’il doit souffrir déjà, qu’il faut qu’elle accomplisse
Le serment qu’elle a fait d’être là, vers midi.
Mais, parmi les parfums du boudoir attiédi,
Elle s’est attardée à finir sa toilette.
Et devant le miroir charmé qui la reflète,
Elle s’impatiente à boutonner son gant ;
Et rien n’est plus joli que le geste élégant
De la petite main qui travaille ; et, mutine,
Elle frappe le sol du bout de sa bottine.
(François Coppée)
Illustration: Auguste Toulmouche
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Publié par arbrealettres le 10 avril 2013

Avril
Lorsqu’un homme n’a pas d’amour,
Rien du printemps ne l’intéresse ;
Il voit même sans allégresse,
Hirondelles, votre retour ;
Et, devant vos troupes légères
Qui traversent le ciel du soir,
Il songe que d’aucun espoir
Vous n’êtes pour lui messagères.
Chez moi ce spleen a trop duré,
Et quand je voyais dans les nues
Les hirondelles revenues,
Chaque printemps, j’ai bien pleuré.
Mais depuis que toute ma vie
A subi ton charme subtil,
Mignonne, aux promesses d’Avril
Je m’abandonne et me confie.
Depuis qu’un regard bien-aimé
A fait refleurir tout mon être,
Je vous attends à ma fenêtre,
Chères voyageuses de Mai.
Venez, venez vite, hirondelles,
Repeupler l’azur calme et doux,
Car mon désir qui va vers vous
S’accuse de n’avoir pas d’ailes.
(François Coppée)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 8 avril 2013

L’HEURE D’INSPIRATION
C’est l’heure où, dans les bois, le rossignol, qui veille,
Prodigue de ses chants la plaintive merveille :
Où, de ses rendez-vous égayant les déserts,
L’amour a des aveux, plus doux que ces concerts :
Où les eaux du ruissel, que le vent contrarie,
Font, en se débattant, naître la rêverie.
C’est l’heure, où dans le thym s’appellent les grillons :
Où, comme des esprits, d’inquiets papillons
Viennent voir, aux vitraux qu’enflamment nos lumières,
Si nous parlons des morts, au moins dans nos prières.
C’est l’heure, où sur la mousse, au feu du ver luisant,
Les sylphes font pousser des fraises, en dansant.
Échos capricieux de leurs folles cadences,
Les feux-follets dans l’air se font des confidences :
La fleur pompe du soir la molle humidité :
Le ciel d’étoiles d’or sable l’obscurité,
Et cet or, réfléchi dans une onde courante,
Reproduit le Pactole et sa richesse errante.
Des nuages foncés, qui bordent l’horizon,
La lune, en se levant, disperse la prison :
L’azur bruni des cieux descend sur la verdure :
Une ombre transparente a baigné la nature,
Et d’un charme inconnu l’imprègne, en l’effleurant :
C’est l’heure, où l’on devient poète, en l’admirant.
(Jules Lefèvre-Deumier)
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Publié par arbrealettres le 6 avril 2013

Regrets
Je déteste aujourd’hui le retour du soleil,
Et des champs repeuplés le verdoyant réveil.
La terre caressante étincelle de charmes,
L’univers se ranime… Et je meurs dans les larmes !
Que me font aujourd’hui ces feuilles, ces ruisseaux,
Et ces mouches d’azur sur les boutons nouveaux,
Ces papillons, ces fleurs, la campagne si belle
Qu’il verra sans moi, que je verrai sans lui !
C’est lui qui créait la richesse des cieux,
Et je la recueillais moi-même de ses yeux !
Des ailes du printemps la poussière émaillée
A beau, dans les vallons, fleurir éparpillée,
Mon ombre en y passant consume les gazons.
Mes chagrins sans ressource ont changé les saisons,
Et, comme un crêpe en deuil jeté sur sa parure,
Un reflet de ma vie a fané la nature.
(Jules Lefèvre-Deumier)
Illustration: Piel-Colombo
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Jules Lefèvre-Deumier), étincelle, campagne, charmé, consumer, détester, deuil, faner, feuille, fleur, fleurir, ombre, parure, réveil, recueillir, reflet, regret, richesse, ruisseau, soleil, vallon | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 2 avril 2013
LE JARDIN D’ANTAN
Rien n’est plus doux aussi que de s’en revenir
Comme après de longs ans d’absence,
Que de s’en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d’innocence
Au jardin de l’Enfance.
Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D’où s’enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu’autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.
Aux soirs d’Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanelles.
Cependant que venaient, du fond de la villa,
Des accords de guitare ancienne,
De la vieille villa,
Et qui faisaient deviner là,
Près d’une obscure persienne,
Quelque musicienne.
Mais rien n’est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées!
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
À nos jeunes années.
Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S’éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes!
(Emile Nelligan)
Illustration: Séraphine Louis de Senlis
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Publié par arbrealettres le 23 mars 2013

PROMENADE
À Emmanuel des Essarts.
Ce n’est pas d’hier que d’exquises poses
Me l’ont révélée, un jour qu’en rêvant
J’allais écouter les chansons du vent.
Ce n’est pas d’hier que les teintes roses
Qui passent parfois sur sa joue en fleur
M’ont parlé matin, aurore, fraîcheur,
Que ses clairs yeux bleus et sa chevelure
Noire, sur la nuque et sur le front blancs,
Ont fait naître en moi les désirs troublants
Que, dans ses repos et dans son allure,
Un charme absolu, chaste, impérieux,
Pour toute autre qu’Elle a voilé mes yeux.
Ce n’est pas d’hier. Puis le cours des choses
S’assombrit. Je crus à jamais les roses
Mortes au brutal labour du canon.
Alors j’aurais pu tomber sous les balles
Sans que son nom vînt sur mes lèvres pâles
— Car je ne sais pas encore son nom.
Puis l’étude austère aux heures inertes,
L’ennui de l’été dans les ombres vertes,
M’ont fait oublier d’y penser souvent.
Voici refleurir, comme avant ces drames,
Les bleuets, les lys, les roses, les femmes,
Et puis Elle avec sa beauté d’avant.
*
Dans le grand jardin, quand je vous retrouve,
Si je ralentis, pour vous voir, mes pas,
Peureuse ou moqueuse, oh ! ne fuyez pas !
Me craindre ?… Depuis que cet amour couve
En mon coeur, je n’ai même pas osé
Rêver votre bras sur le mien posé.
Qu’est-ce que je viens faire en votre vie,
Intrus désoeuvré ? Voilà votre enfant
Qui joue à vos pieds et qui vous défend.
Aussi, j’ai compris, vous ayant suivie,
Ce qu’ont demandé vos yeux bleus et doux :
« Mon destin est fait, que me voulez-vous ? »
Mais, c’est bien assez, pour qu’en moi frissonne
L’ancien idéal et sa floraison
De vous voir passer sur mon horizon !
Car l’âme, à l’étroit dans votre personne,
Dépasse la chair et rayonne autour,
— Aurore où s’abreuve et croît mon amour.
Diamants tremblant aux bords des corolles,
Fleur des pêches, nacre, or des papillons
S’effacent pour peu que nous les froissions.
Ne craignez donc pas d’entreprises folles,
Car je resterai, si cela vous plaît,
Esclave lointain, inconnu, muet.
(Charles Cros)
Illustration: Alexander Ye Pavlovets
Publié dans poésie | Tagué: (Charles Cros), absolu, allure, amour, aurore, austère, balle, beauté, canon, chair, chanson, charmé, chaste, clair, comprendre, couver, craindre, désir, destin, diamant, drame, esclave, exquise, front, inerte, jardin, labour, lointain, nacre, oublier, papillon, pêche, posé, promenade, ralentir, rayonner, révéler, rêver, refleurir, repos, rester, retrouver, s'abreuver, suivre, tremblant, vent, yeux | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 18 mars 2013
Que tes yeux ont d’attraits et de charmes
que mon cœur les ressent vivement.
Mille fois j’ai payé de mes larmes
le plaisir de les voir un moment
(Armand Lanoux)
Illustration: Fabienne Contat
Publié dans poésie | Tagué: (Armand Lanoux), attrait, charmé, coeur, larme, payer, plaisir, ressentir, un moment, voir, yeux | Poster un commentaire »