Articles Tagués ‘commencement’
Publié par arbrealettres le 3 juin 2013

Celui que l’Amour range à son commandement
Change de jour en jour de façon différente.
Hélas ! j’en ai bien fait mainte preuve apparente,
Ayant été par lui changé diversement.
Je me suis vu muer, pour le commencement,
En cerf qui porte au flanc une flèche sanglante,
Depuis je devins cygne, et d’une voix dolente
Je présageais ma mort, me plaignant doucement.
Après je devins fleur, languissante et penchée,
Fuis je fus fait fontaine aussi soudain séchée,
Epuisant par mes yeux toute l’eau que j’avais.
Or je suis salamandre et vis dedans la flamme,
Mais j’espère bientôt me voir changer en voix,
Pour dire incessamment les beautés de Madame.
(Philippe Desportes)
Illustration: Nicole Helbig
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Publié par arbrealettres le 6 mai 2013
Ton état le plus haut est de secouer l’espace
Quant aux autres – certains te croient appel
Certains te croient écho.
Ton état le plus haut est d’être une preuve
De lumière et de nuit.
En toi la fin de la parole devient commencement
Quant aux autres – certains te voient écume
Certains te voient démiurge.
Ton état le plus haut est d’être la cible, le carrefour,
Du silence et de la parole
(Adonis)
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Publié par arbrealettres le 29 avril 2013

NOUVELLE VIE
Joie que tu tiens de moi !
— Ah, claire et bonne après-midi !
Vivre, vivre à nouveau !
Arrière, arrière, arrière ; recommencer ;
loin, plus loin — moi, j’ouvre, les bras
en croix, le monde — loin le commencement ;
et loin, loin, loin, la fin !
La vie entière, de nouveau, au milieu !
Et toi, toute d’âme et cristal !
Ah ! course heureuse et diaphane !
***
NUEVA VIDA
¡Alegría que tienes tú por mí!
— iAy, tarde clara y buena!—
¡Otra vez a vivir!
¡Atrás, atrás, atrás; a comenzar de nuevo;
lejos, más lejos — yo abro, con mis brazos
en cruz, el mundo —, lejos el comienzo;
lejos, lejos, lejos el fin!
¡La vida toda, nuevamente, enmedio!
¡Tú, de cristal, de alma!
¡Ay, carrera diáfana y feliz!
(Juan Ramón Jiménez)
Illustration: Giampaolo Ghisetti
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Publié par arbrealettres le 27 avril 2013

INSOMNIE
La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.
***
DESVELO
Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.
(Juan Ramón Jiménez)
Illustration: Irina Kotova
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Publié par arbrealettres le 20 avril 2013

Actes de naissance
Nous sommes nés à notre insu,
un originel dessaisissement, une absence de commencement,
et ce serait la tâche de l’écriture, pensée, littérature, art,
que de s’aventurer à en porter témoignage.
(Élisabeth de Fontenay)
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Publié par arbrealettres le 10 avril 2013

Désapprendre les routes du petit jour
Inventer des commencements
Parce que la folie disparaît
Les soupirs se meurent
Dans ces nuits qui s’effondrent.
Désapprendre les routes
Où traînent les témoins aveugles,
La bande blanche qui sépare
La mémoire et l’amour.
(Emmelie Prophète)
Illustration: Duy Huynh
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Publié par arbrealettres le 4 avril 2013

Je suis descendu dans les jardins et j’ai vu les ossements solitaires.
J’ai dit : c’est nous, parmi tant de bras en croix, de genoux non brisés,
Nous deux qui nous sommes si étroitement enlacés.
J’ai dit : nous avons existé à la limite du feu éteint, à l’extrémité du monde
Sur ce rivage de l’attente la plus sensible,
Tout au commencement, qui ne connaît de fin, mais seulement lorgne
Vers l’autre extrémité, vers le côté de l’aile et du lys,
En attendant de traverser la pente dangereuse du vent.
Ce qui est sûr, c’est que le vent provient des ombres d’ailes
Et la poussière, de la géométrie de l’aventure.
Ta poussière est celle d’une confiance de colombe
Battant la vitre de la pluie, touchant le simandre
Des jours qui sont comblés par l’aube pâle.
(Georges Themelis)
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Publié par arbrealettres le 6 mars 2013
Poème avec cycliste
Le cycliste, ici
dans la forêt, n’est pas
ni. Il roule, toujours
plus vite, file à toute allure, dépasse
le vent, le commencement, son propre
arrêt cardiaque, la poste, la liberté, la
lumière. À la vitesse qu’il
vient d’atteindre, il
est à peine encore visible. Il incarne
notre conviction, qui
ne peut plus toujours
se permettre les deux : le poursuivi
et le poursuivant. Il est
aussi bien que. Nous sommes
fiers de lui. Nous parions
sur sa victoire.
***
Gedicht mit Radfahrer
Der Radfahrer, hier
im Wald, er ist weder
noch. Er radelt, immer
schneller, er rast davon, überholt
den Wind, den Anfang, den eignen
Herzinfarkt, die Post, die Freiheit, das
Licht. In der Geschwindigkeit, die
er inzwischen erreicht hat, ist
er kaum noch sichtbar. Er verkörpert
unsre Überzeugung, die sich
nicht mehr immer und ewig
beides leisten kann, Verfolgten
und Verfolger. Er ist
sowohl als auch. Wir sind
stolz auf ihn. Wir setzen
auf seinen Sieg.
(Franz Hodjak)
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Publié par arbrealettres le 23 février 2013
Qui es-tu donc ?
Tu dis
Je suis la source de tout
L’eau morte de l’étang
L’eau vive du torrent
Je suis le jour et le soleil
Qui heurtent à la vitre
Les arbres qui respirent
Et les oiseaux accrochés aux nuages
Je suis l’aube
Qui s’écorche les doigts au rosier
Le matin dépouillé
Et la nuit écorcée
Je suis l’automne qui se maquille
L’hiver qui se déshabille
Je suis la route qui se débat
La pierre usée
La sève inquiète
La branche fatiguée
La feuille éphémère
La mousse arrachée..
Je suis le commencement et la fin
Le plein et le vide
Je suis l’espace et le temps
Ta naissance et ton agonie…
Qui es-tu donc ?
Je suis la vie !
(Jean-Baptiste Besnard)
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Publié par arbrealettres le 23 janvier 2013

COMMENCEMENT D’ÉTÉ
Douleur, où donc es-tu ? Ici je ne te vois pas ;
toute apparence t’est contraire. Le soleil
dore la ville, brille sur la mer.
Tout va roulant vers le rivage
dans une ronde de gens et de choses.
Tout se meut joyeusement, comme si
tout était heureux d’exister.
(Umberto Saba)
Illustration: Evgeni Gordiets
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