Sans rien attendre aimer
Sans voir l’oiseau
aimer l’entendre
aimer le feu
sans voir la cendre
sans la comprendre
aimer la vie
aimer donner
sans se déprendre
Sans rien attendre
aimer.
(Robert Mallet)
Publié par arbrealettres le 17 juin 2013
Sans rien attendre aimer
Sans voir l’oiseau
aimer l’entendre
aimer le feu
sans voir la cendre
sans la comprendre
aimer la vie
aimer donner
sans se déprendre
Sans rien attendre
aimer.
(Robert Mallet)
Publié dans poésie | Tagué: (Robert Mallet), aimer, attendre, cendre, comprendre, donner, entendre, oiseau, vie | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
Parfois tout un jour debout dans mon jardin
parfois jusqu’à l’aube assis devant ma lampe:
Nul ne comprend ce que je tais.
Par instants longuement je soupire.
(Bai Juyi)
Illustration: Le visiteur familier (Xu Gu)
Publié dans poésie | Tagué: (Bai Juyi), aube, comprendre, debout, jardin, lampe, parfois, soupirer, taire | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
Féminin singulier
Eternel Féminin de l’éternel jocrisse !
Fais-nous sauter, pantins nous pavons les décors !
Nous éclairons la rampe… Et toi, dans la coulisse,
Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.
Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,
Couronne tes genoux ! … et nos têtes dix-corps ;
Ris ! montre tes dents ! … mais … nous avons la police,
Et quelque chose en nous d’eunuque et de recors.
… Ah tu ne comprends pas ? … – Moi non plus – Fais la belle,
Tourne : nous sommes soûls ! Et plats ; Fais la cruelle !
Cravache ton pacha, ton humble serviteur!…
Après, sache tomber ! – mais tomber avec grâce -
Sur notre sable fin ne laisse pas de trace ! …
- C’est le métier de femme et de gladiateur.
(Tristan Corbière)
Publié dans poésie | Tagué: (Tristan Corbière), éternel, belle, caprice, comprendre, coulisse, cruelle, décor, eunuque, féminin, femme, fouet, gladiateur, grâce, jocrisse, métier, pacha, pantin, police, pompier, serviteur, singulier, soul, trace | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 7 juin 2013
L’ami d’enfance
Un ami me parlait et me regardait vivre :
Alors, c’était mourir… mon jeune âge était ivre
De l’orage enfermé dont la foudre est au coeur ;
Et cet ami riait, car il était moqueur.
Il n’avait pas d’aimer la funeste science.
Son seul orage à lui, c’était l’impatience.
Léger comme l’oiseau qui siffle avant d’aimer,
Disant : " Tout feu s’éteint, puisqu’il peut s’allumer ; "
Plein de chants, plein d’audace et d’orgueil sans alarme,
Il eût mis tout un jour à comprendre une larme.
De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs ;
J’étais déjà l’aînée, hélas ! Par bien des pleurs.
Décorant sa pitié d’une grâce insolente,
Il disputait, joyeux, avec ma voix tremblante.
À ses doutes railleurs, je répondais trop bas…
Prouve-t-on que l’on souffre à qui ne souffre pas ?
Soudain, presque en colère, il m’appela méchante
De tromper la saison où l’on joue, où l’on chante :
" Venez, sortez, courez où sonne le plaisir !
Pourquoi restez-vous là navrant votre loisir ?
Pourquoi défier vos immobiles peines ?
Venez, la vie est belle, et ses coupes sont pleines ! …
Non ? Vous voulez pleurer ? Soit ! J’ai fait mon devoir :
Adieu ! – quand vous rirez, je reviendrai vous voir. "
Et je le vis s’enfuir comme l’oiseau s’envole ;
Et je pleurai longtemps au bruit de sa parole.
Mais quoi ? La fête en lui chantait si haut alors
Qu’il n’entendait que ceux qui dansent au dehors.
Tout change. Un an s’écoule, il revient… qu’il est pâle !
Sur son front quelle flamme a soufflé tant de hâle ?
Comme il accourt tremblant ! Comme il serre ma main !
Comme ses yeux sont noirs ! Quel démon en chemin
L’a saisi ? – c’est qu’il aime ! Il a trouvé son âme.
Il ne me dira plus : " Que c’est lâche ! Une femme. "
Triste, il m’a demandé : " C’est donc là votre enfer ?
Et je riais… grand dieu ! Vous avez bien souffert ! "
(Marceline Desbordes-Valmore)
Publié dans poésie | Tagué: regarder, âme, foudre, bruit, aimer, feu, ami, femme, léger, répondre, disputer, oiseau, yeux, parole, souffrir, jouer, chanter, comprendre, plaisir, tremblante, enfance, belle, sonner, vivre, parler, saison, triste, fête, ivre, joyeux, peine, enfer, siffler, colère, tremblant, coupe, pleur, loisir, railleur, (Marceline Desbordes-Valmore), s'allumer, halé, aînée, coeur;moquer, marme, insolente | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 7 juin 2013
Jeune homme irrité
Jeune homme irrité sur un banc d’école,
Dont le coeur encor n’a chaud qu’au soleil,
Vous refusez donc l’encre et la parole
À celles qui font le foyer vermeil ?
Savant, mais aigri par vos lassitudes,
Un peu furieux de nos chants d’oiseaux,
Vous nous couronnez de railleurs roseaux !
Vous serez plus jeune après vos études :
Quand vous sourirez,
Vous nous comprendrez.
Vous portez si haut la férule altière,
Qu’un géant ploierait sous son docte poids.
Vous faites baisser notre humble paupière,
Et nous flagellez à briser nos doigts.
Où prenez-vous donc de si dures armes ?
Qu’ils étaient méchants vos maîtres latins !
Mais l’amour viendra : roi de vos destins,
Il vous changera par beaucoup de larmes :
Quand vous pleurerez,
Vous nous comprendrez !
Ce beau rêve à deux, vous voudrez l’écrire.
On est éloquent dès qu’on aime bien ;
Mais si vous aimez qui ne sait pas lire,
L’amante à l’amant ne répondra rien.
Laissez donc grandir quelque jeune flamme
Allumant pour vous ses vagues rayons ;
Laissez-lui toucher plumes et crayons ;
L’esprit, vous verrez, fait du jour à l’âme :
Quand vous aimerez,
Vous nous comprendrez !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), aimer, arme, âme, école, écrire, chant, coeur, comprendre, crayon, destin, encre, férule, flamme, grandir, irrité, jeune homme, lassitude, latin, parole, pleur, plume, poids, railleur, soleil, sourire | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 6 juin 2013
Penché dans la brise légère, au sommet de la tour,
Je scrute les lointains, et une langueur printanière
Confusément monte de l’horizon.
Les teintes de la végétation s’embrument dans les vestiges du jour.
Silencieux, je reste accoudé à la balustrade : qui pourrait me comprendre?
Je vais sans retenue boire jusqu’à l’oubli.
Avec l’ivresse viennent les chansons,
Mais gaîté forcée n’apporte point de plaisir.
Ma robe peut bien flotter, je n’ai aucun regret,
Car elle vaut la peine que je perde la santé.
(Liu Yong)
Publié dans poésie | Tagué: (Liu Yong), boire, brise, comprendre, gaîté, langueur, oubli, regret, robe, santé, silencieux, sommet, tour | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 4 juin 2013
Le succès semble le plus doux
A qui ne réussit jamais.
Comprendre le Nectar requiert
Le plus cruel besoin…
(Emily Dickinson)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Emily Dickinson), besoin, comprendre, cruel, doux, nectar, réussir, succès | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 3 juin 2013
Arrête un peu, mon Coeur, où vas-tu si courant ?
- Je vais trouver les yeux qui sain me peuvent rendre.
- Je te prie, attends-moi. – Je ne te puis attendre,
Je suis pressé du feu qui me va dévorant.
- Il faut bien, ô mon coeur ! que tu sois ignorant,
De ne pouvoir encor ta misère comprendre :
Ces yeux d’un seul regard te réduiront en cendre :
Ce sont tes ennemis, t’iront-ils secourant ?
- Envers ses ennemis, si doucement on n’use ;
Ces yeux ne sont point tels. – Ah ! c’est ce qui t’abuse :
Le fin berger surprend l’oiseau par des appâts.
- Tu t’abuses toi-même, ou tu brûles d’envie,
Car l’oiseau malheureux s’envole à son trépas,
Moi, je vole à des yeux qui me donnent la vie.
(Philippe Desportes)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Philippe Desportes), appâts, arrêter, attendre, berger, brûler, cendre, coeur, comprendre, courir, ennemi, envie, malheureux, misère, oiseau, prier, réduire, regard, rendre, secourir, surprendre, vie | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 3 juin 2013
Parle-moi ! Que ta voix me touche !
Chaque parole sur ta bouche
Est un écho mélodieux !
Quand ta voix meurt dans mon oreille,
Mon âme résonne et s’éveille,
Comme un temple à la voix des dieux !
Un souffle, un mot, puis un silence,
C’est assez : mon âme devance
Le sens interrompu des mots,
Et comprend ta voix fugitive,
Comme le gazon de la rive
Comprend le murmure des flots.
Un son qui sur ta bouche expire,
Une plainte, un demi-sourire,
Mon cœur entend tout sans effort :
Tel, en passant par une lyre,
Le souffle même du zéphyre
Devient un ravissant accord !
(Alphonse de Lamartine)
Publié dans poésie | Tagué: (Alphonse de Lamartine), accord, âme, écho, bouche, comprendre, effort, expirer, gazon, lyre, mélodieux, mourir, murmuré, oreille, parler, parole, plainte, résonner, rive, silence, souffle, sourire, temple, toucher, voix, zéphyre | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 2 juin 2013

Le poète mourant
La coupe de mes jours s’est brisée encor pleine ;
Ma vie hors de mon sein s’enfuit à chaque haleine ;
Ni baisers ni soupirs ne peuvent l’arrêter ;
Et l’aile de la mort, sur l’airain qui me pleure,
En sons entrecoupés frappe ma dernière heure ;
Faut-il gémir ? faut-il chanter ?…
Chantons, puisque mes doigts sont encor sur la lyre ;
Chantons, puisque la mort, comme au cygne, m’inspire
Aux bords d’un autre monde un cri mélodieux.
C’est un présage heureux donné par mon génie,
Si notre âme n’est rien qu’amour et qu’harmonie,
Qu’un chant divin soit ses adieux !
La lyre en se brisant jette un son plus sublime ;
La lampe qui s’éteint tout à coup se ranime,
Et d’un éclat plus pur brille avant d’expirer ;
Le cygne voit le ciel à son heure dernière,
L’homme seul, reportant ses regards en arrière,
Compte ses jours pour les pleurer.
Qu’est-ce donc que des jours pour valoir qu’on les pleure ?
Un soleil, un soleil ; une heure, et puis une heure ;
Celle qui vient ressemble à celle qui s’enfuit ;
Ce qu’une nous apporte, une autre nous l’enlève :
Travail, repos, douleur, et quelquefois un rêve,
Voilà le jour, puis vient la nuit.
Ah ! qu’il pleure, celui dont les mains acharnées
S’attachant comme un lierre aux débris des années,
Voit avec l’avenir s’écrouler son espoir !
Pour moi, qui n’ai point pris racine sur la terre,
Je m’en vais sans effort, comme l’herbe légère
Qu’enlève le souffle du soir.
Le poète est semblable aux oiseaux de passage
Qui ne bâtissent point leurs nids sur le rivage,
Qui ne se posent point sur les rameaux des bois ;
Nonchalamment bercés sur le courant de l’onde,
Ils passent en chantant loin des bords ; et le monde
Ne connaît rien d’eux, que leur voix.
Jamais aucune main sur la corde sonore
Ne guida dans ses jeux ma main novice encore.
L’homme n’enseigne pas ce qu’inspire le ciel ;
Le ruisseau n’apprend pas à couler dans sa pente,
L’aigle à fendre les airs d’une aile indépendante,
L’abeille à composer son miel.
L’airain retentissant dans sa haute demeure,
Sous le marteau sacré tour à tour chante et pleure,
Pour célébrer l’hymen, la naissance ou la mort ;
J’étais comme ce bronze épuré par la flamme,
Et chaque passion, en frappant sur mon âme,
En tirait un sublime accord.
Telle durant la nuit la harpe éolienne,
Mêlant aux bruits des eaux sa plainte aérienne,
Résonne d’elle-même au souffle des zéphyrs.
Le voyageur s’arrête, étonné de l’entendre,
Il écoute, il admire et ne saurait comprendre
D’où partent ces divins soupirs.
Ma harpe fut souvent de larmes arrosée,
Mais les pleurs sont pour nous la céleste rosée ;
Sous un ciel toujours pur le coeur ne mûrit pas :
Dans la coupe écrasé le jus du pampre coule,
Et le baume flétri sous le pied qui le foule
Répand ses parfums sur nos pas.
[...]
(Alphonse de Lamartine)
Publié dans poésie | Tagué: âme, amour, nuit, poète, rêve, souffle, soleil, douleur, pleurer, chanter, soir, fouler, comprendre, brise, baiser, racine, demeure, apprendre, pente, entendre, harmonie, zéphyr, gémir, frapper, adieu, mourant, soupir, divin, génie, lyre, sublime, flétri, s'enfuir, mûrir, plainte, passion, mélodieux, aérien, (Alphonse de Lamartine) | Poster un commentaire »