Articles Tagués ‘corbeau’
Publié par arbrealettres le 26 avril 2013

ANTIENNE D’AMOUR
Par le vent voyageur
Par les nuages sans trêve
Par l’espace du ciel,
Par l’écume des brisants
Par la courbe de la vague
Par le flux des marées,
Par le sillage du soleil
Par l’éclat de la lumière
Par l’étrave sur la mer,
Vienne mon amour.
Par la voie de l’air
Par le vol de la corneille
Par l’aigle sur le vent,
Par la falaise du cormoran
Par le rocher du phoque
Par le tertre du corbeau,
Par les coquilles sur le rivage
Par les rides sur le sable
Par le sombre varech,
Vienne mon amour.
Par la brume et la pluie
Par la cascade
Par le ruisseau rapide,
Par la source limpide
Par le puits sacré
Par la fougère de l’étang,
Vienne mon amour.
Par les sentiers de moutons
Par les traces du lièvre
Par les pierres du gué,
Vienne mon amour.
Par l’ombre lente
Par la clarté du soir
Par le soleil d’été
Vienne mon amour.
Par le parfum de la rose blanche,
Du trèfle d’eau
Et l’odeur du thym
Vienne mon amour.
Par le chant de l’alouette
Par la note du merle
Par le cri du corbeau
Vienne mon amour.
Par les voix de l’air
Par le chant de l’eau
La chanson d’une femme
Vienne mon amour.
Par les brindilles dans l’âtre
Par la flamme d’une chandelle
Par le feu dans le sang
Vienne mon amour.
Par le toucher des mains
Par la rencontre des lèvres
Par le tourment d’amour
Vienne mon amour.
Par le calme de la nuit
Par la blancheur de mon sein
Par la paix du sommeil
Vienne mon amour.
Par la bénédiction de l’ombre
Par le battement du coeur
Par mon enfant qui n’est pas né,
Vienne mon amour.
***
LOVE SPELL
By the travelling wind
By the restless clouds
By the space of the sky,
By the foam of the surf
By the curve of the wave
By the flowing of the tide,
By the way of the sun,
By the dazzle of light
By the path across the sea,
Bring my lover.
By the way of the air,
By the hoodie crow’s flight
By the eagle on the wind,
By the cormorant’s cliff
By the seal’s rock
By the raven’s crag,
By the shells on the strand
By the ripples on the sand
By the brown sea-wrack,
Bring my lover.
By the mist and the rain
By the waterfall
By the running burn,
By the clear spring
By the holy well
And the fern by the pool
Bring my lover.
By the sheepwalks on the hills
By the rabbit’s tracks
By the stones of the ford,
Bring my lover.
By the long shadow
By the evening light
By the midsummer sun
Bring my lover.
By the scent of the white rose
Of the bog myrtle
And the scent of the thyme
Bring my lover.
By the lark’s song
By the blackbird’s note
By the raven’s croak
Bring my lover.
By the voices of the air
By the water’s song
By the song of a woman
Bring my lover.
By the sticks burning on the hearth
By the candle’s flame
By the fire in the blood
Bring my lover.
By the touch of hands
By the meeting of lips
By love’s unrest
Bring my lover.
By the quiet of the night
By the whiteness of my breast
By the peace of sleep
Bring my lover.
By the blessing of the dark
By the beating of the heart
By my unborn child,
Bring my lover.
(Kathleen Raine)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2013

Chênes mystérieux, forêt de la Grésigne
Chênes mystérieux, forêt de la Grésigne,
Qui remplissez le gouffre et la crête des monts,
J’ai vu vos clairs rameaux sous la brise bénigne
Balancer doucement le ciel et ses rayons.
Ah ! Dans le sombre hiver, pendant les nuits d’orage,
Lorsqu’à votre unisson lamentent les corbeaux,
Lorsque passe l’éclair sur votre fier visage,
Chênes que vous devez être encore plus beaux !
(Jean Moréas)
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Publié par arbrealettres le 5 avril 2013

Je le sais – une fois encore
La neige crisse sous les skis.
Une lune rousse dans le ciel bleu sombre,
Une prairie en pente douce.
Les fenêtres du palais sont allumées,
Éloignées par le silence,
Pas un chemin, pas un sentier,
Des trous noirs dans la glace.
Saule, arbre cher aux ondines,
Ne m’empêche pas de passer,
Les branches couvertes de neige
Donnent asile aux corbeaux noirs.
(Anna Akhmatova)
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Publié par arbrealettres le 5 avril 2013
TROMPERIE
1
Printemps. Le matin est ivre de soleil,
Plus net le parfum des roses sur la terrasse,
Le ciel a plus d’éclat qu’une faïence bleue.
Le cahier est relié en maroquin très souple,
J’y lis des stances et des élégies,
Qui furent écrites pour ma grand-mère.
Je vois le chemin jusqu’à la grille, les bornes
Se détachent en blanc sur l’émeraude du gazon.
Oh! ce coeur est plein d’un amour exquis, aveugle.
Et quelle joie! ces couleurs, dans les massifs,
Et dans le ciel le cri aigu du corbeau noir,
La voûte du cellier au profond de l’allée.
2
Le vent souffle chaud, étouffant.
Le soleil brûle les mains.
La voûte de l’air sur la tête,
On dirait un verre bleu.
Odeur sèche des immortelles
Dans ma tresse qui se défait.
Sur le tronc rugueux du sapin
Une route pour les fourmis.
Reflets paresseux sur l’étang.
Vie légère, comme jamais…
Aujourd’hui j’ai cru voir quelqu’un
(Mais qui?) dans le hamac léger.
3
Soir bleu. Les vents sont apaisés,
La lumière veut que je rentre.
Qui est là? Devine… un fiancé?
Et pourquoi pas mon fiancé ?…
Sur la terrasse une silhouette familière,
On parle, mais très doucement.
Oh, je n’avais jamais éprouvé jusqu’ici
Une langueur si séduisante.
Les peupliers frémissent d’inquiétude,
Visités par des rêves de tendresse
Le ciel est couleur d’acier bruni,
La pâleur des étoiles est mate.
Je tiens un bouquet de giroflées blanches.
Elles cachent un feu secret, pour brûler
Celui qui les prendra de mes mains timides,
En effleurant ma paume tiède.
4
J’ai écrit des mots
Que longtemps je n’ai pas osé dire.
Le mal de tête m’engourdit,
Mon corps est comme insensible.
Le cor au loin s’est tu, mon coeur
Ressasse les mêmes énigmes,
Une légère neige d’automne
A recouvert le terrain de croquet.
Les feuilles bientôt ne frémiront plus !
La pensée bientôt oubliera ses tourments.
Je ne voulais pas être une gêne
Pour ceux dont le devoir est de se divertir.
J’ai pardonné à ces lèvres rouges
Leur cruelle plaisanterie…
Vous viendrez nous voir demain
En foulant aux pieds la première neige.
On allumera des bougies,
De jour leur éclat est plus doux,
On apportera un bouquet
De roses cueillies dans l’orangerie.
(Anna Akhmatova)
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Publié par arbrealettres le 9 mars 2013
Devant l’étang Le Loup
corbeaux sur les bouleaux
crapauds proches coassent
bouche bée, j’écoute
devant les eaux vertes
(Alain Jean-André)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 16 décembre 2012

EN VIE PROFONDE
(sur des portraits de Nicolas Rozier)
Tout parle tout s’anime
Mille souffles bruissent
C’est l’âme des énergies
Je la reconnais bien
Elle n’avance pas du bout des lèvres
Je la reconnais
Avec toutes ces lames bourdonnantes
Et ces pitiés confuses
Deuils du coeur
Grandes gifles du doute
Rosées inapaisables
Et cette perpétuelle mise au tombeau
Pour écouter au plus juste
Le coeur du monde
Tout ce qui cisèle la passion d’être
Et tout à coup le visage apparaît
Il apparaît vif et vivace
A la fois lustral et brouillé de nuit
Dans une volupté désolée
Il dit
Une façon de se donner sans réserve
Une manière de rompre les digues
De reprendre haleine
Au milieu des battues d’éclairs
Il dit
Une exigence hantée de corbeaux
Il dit
Descendre encore et toujours
Vers où ça vit encore plus
Descendre vers des hauteurs insoupçonnées
Lever sans fin le camp
Enfiévrer davantage
Alors l’air ondule
Il ondule en vie profonde
Et l’on mesure tout à coup
Son coeur somnambule au soleil
(Zéno Bianu)
Illustration: Nicolas Rozier
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Publié par arbrealettres le 1 décembre 2012

RÉMINISCENCE DU FOYER
Vrai Nord. Nord de Vincent.
Entrevue
l’anti-terre de lumière. Et à travers chaque fissure
de terre, les champs
indigo qui brûlent
sous un vent foisonnant d’étoiles.
Ce qui est enfermé
dans l’oeil qui t’a pénétré
sert toujours
d’image du foyer : la barrière
d’une chaise vide, et le père, absent,
toujours fleurissant dans son vase
à la lunaire.
Tu fermeras les yeux.
Dans l’oeil du corbeau qui vole devant toi
tu te regarderas
te laisser en arrière.
(Paul Auster)
Illustration: Vincent Van Gogh
Publié dans poésie | Tagué: (Paul Auster), absent, étoile, barrière, brûler, chaise, champs, corbeau, en-arrière, enfermé, fermer, fissure, foisonner, foyer, image, indigo, laisser, lumière, nord, oeil, père, pénétré, réminiscence, regarder, servir, terre, toujours, vent, vide, voler, yeux | 4 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 1 décembre 2012

Le méditant
C’était le froid parler des mouettes qu’il aimait
et la pluie chuchotant à la fenêtre de l’ouest
les longs jours, les longues nuits
où il avançait
dans ce qui demeurait sans nom
(malgré les cartes épinglées aux murs
et en bas
toute une bibliothèque de sciences)
dehors
à la fin de ce sombre hiver
il voyait des fumées bleues, des eaux vertes
comme jamais il n’en avait vu
cela lui suffisait
un corbeau affairé sur une branche
le faisait rire aux éclats
la forme de la moindre feuille
excitait son esprit
son intelligence
dansait parmi des mot adéquats.
(Kenneth White)
Publié dans poésie | Tagué: (Kenneth White), affaire, aimer, avancer, bibliothèque, carte, chuchoter, corbeau, danser, demeurer, esprit, exciter, fenêtre, feuille, froid, intelligence, méditant, mouette, mur, nuit, parler, pluie, rire, suffire | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 29 novembre 2012
"Que le roi devienne corbeau!"
Dit un gueux qui rêvait tout haut,
Les yeux fixés sur Bételgeuse.
Et ce roi devint un corbeau
Qui croassa d’une voix creuse
Et s’envola vers les Gémeaux.
Il est dangereux de rêver
Seul à seul avec une étoile…
Et il est heureux pour le roi
Qu’un enfant, qui rêvait tout bas
À plus de treize lieues de là,
Dise en voyant passer une aile
Immense et noire sur le ciel:
"Que ce corbeau devienne roi !"
(Maurice Carême)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Maurice Carême), aile, étoile, ciel, corbeau, croasser, dangereux, devenir, gueux, immense, noire, rêver, roi, s'envoler, seul | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 21 novembre 2012

J’ai rencontré trois escargots
Qui s’en allaient cartable au dos
Et dans le pré trois limaçons
Qui disaient par cœur leur leçon.
Puis dans un champ, quatre lézards
Qui écrivaient un long devoir.
Où peut se trouver leur école ?
Au milieu des avoines folles ?
Et leur maître est-il ce corbeau
Que je vois dessiner là-haut
De belles lettres au tableau ?
(Maurice Carême)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Maurice Carême), avoine, école, corbeau, dessiner, devoir, escargot, lézard, leçon, lettres, limaçon, maître, rencontrer, tableau | 2 Commentaires »