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Articles Tagués ‘coupable’

CIEL NOCTURNE ET CHUTE D’ÉTOILE (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 10 mai 2013



CIEL NOCTURNE ET CHUTE D’ÉTOILE

Le ciel, grand, plein de retenue splendide,
une provision d’espace, un excès de monde.
Et nous, trop loin pour nous laisser façonner,
trop près pour nous en détourner.

Là-bas une étoile tombe ! Et notre désir à la voir,
d’un regard bouleversé, rivé à elle et pressant :
Quelles choses ont commencé et lesquelles disparu ?
Quelles choses sont coupables ? Et lesquelles pardonnées ?

***

NACHTHIMMEL UND STERNENFALL

Der Himmel, groß, voll herrlicher Verhaltung,
ein Vorrat Raum, ein Übermaß von Welt.
Und wir, zu ferne für die Angestaltung,
zu nahe für die Abkehr hingestellt.

Da fällt ein Stern! Und unser Wunsch an ihn,
bestürzten Aufblicks, dringend angeschlossen:
Was ist begonnen, und was ist verflossen?
Was ist verschuldet? Und was ist verziehn?

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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NOUS SOMMES DES ETRANGERS (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 13 avril 2013



Jeanie Tomanek becomebecoming

 

NOUS SOMMES DES ETRANGERS

Personne ne te connais ici où tu es revenu,
Personne ne t’a vu, tu as disparu,
Comme un mort parmi les morts.

Le visage d’un mort est étrange.

Des ombres passent et nous touchent,
Elles nous dépassent, profils, réverbérations,
Comme en une nuit diaphane et éclairée,
Comme dans l’Hadès où passent les âmes.

Je n’ai point de visage pour paraître,
Je n’ai pas de lumière ; ils n’ont point d’yeux pour me voir,
Ils se penchent sur leur tristesse, regardent
Au-dedans leur tristesse, et sourient.

Nous n’avons pas mis sur notre visage de la fumée noire
Pour ne pas être reconnus être sombres.
Nous n’avons pas nié notre âme.
Nous sommes des étrangers et des inconnus. Des coupables.

Nous sommes faits d’ombre et ne le paraissons pas.

(Georges Themelis)

Illustration: Jeanie Tomanek

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Le poète (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013



 

Le poète

Tu penses que c’est un travail?
Mais c’est l’insouciance de la vie.
Prendre quelque chose à la musique
Puis, en riant, le donner comme sien,

Loger dans de certains vers
Le joyeux scherzo de quelqu’un,
Jurer que son pauvre coeur
Pleure parmi l’éclat des champs.

Écouter ensuite la forêt,
Les pins, qui semblent se taire,
Jusqu’à ce que partout s’élève
Le rideau épais du brouillard.

Je prends à droite et à gauche
Et même, sans me sentir coupable,
Quelque chose à la vie retorse,
Et tout, au silence de la nuit.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Confronté à la lumière (Paul Louis Rossi)

Publié par arbrealettres le 16 novembre 2012



 

Confronté à la lumière

Confronté à la lumière, pure de tes yeux, je
me sens si coupable
Si couvert de crimes, que je n’ose
te regarder

(Hélas ! je dois être blâmé)

Tant de profondeur dans cette eau claire
tant de clarté en si peu d’espace
Ah ! lumière de ce regard
et quel trouble me traverse

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Abraxsis Der Jen

 

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JE NE RENONCE PAS… (Jean Rousselot)

Publié par arbrealettres le 6 juin 2012



 

JE NE RENONCE PAS…

Je ne renonce pas à découvrir sur mes terres
Des couchants qui rugissent
Des fleurs qui marchent
Des cathédrales d’herbe
Du charbon comestible
Et tout ce qu’on voudra d’aladines splendeurs,
De passages secrets, d’énigmes foudroyées,
Je ne renonce pas aux épiphanies promises
Aux orgies permises
Aux miracles des mots.
Il se peut qu’en moi-même, entre chair et regard,
Entre mes loisirs d’arbre et mes travaux d’insecte
Je trouve un jour l’espace où reposer ma tête
Et la décence
Et le respect
Qui m’auront tant manqué ;
Il se peut que je sache, avant que d’en mourir,
Forcer le coeur de l’homme
Y trouver mon image dont je porte le deuil.
Je ne renonce à rien de ce que je dois devenir ;
Un homme enfin capable de se croire immortel.
Mais aujourd’hui laissez-moi ronger
La neige rouge de ma douleur
Avec la lâcheté que m’ont léguée
Ceux d’autrefois, qui croyaient au péché ;
Laissez-moi me croire coupable
De mon malheur ;
Laissez-moi consentir à la perpétuité de mon impuissance
Et de mon châtiment.

(Jean Rousselot)

Illustration: Melissa Launay

 

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Toujours (Jean Tardieu)

Publié par arbrealettres le 12 mai 2012



Toujours dans l’autre chambre elle résonne,
cette voix basse à travers la cloison;
elle juge, condamne, – et puis pardonne
un crime étrange aux profondes raisons.

Je ne sais pas si c’est moi le coupable,
je ne sais pas si la voix porte un nom.

(Jean Tardieu)

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Encore Un Matin (Jean-Jacques Goldman)

Publié par arbrealettres le 2 mai 2012




Encore Un Matin

Encore un matin
Un matin pour rien
Une argile au creux de mes mains
Encore un matin
Sans raison ni fin
Si rien ne trace son chemin

Matin pour donner ou bien
matin pour prendre
Pour oublier ou pour apprendre
Matin pour aimer, maudire ou mépriser
Laisser tomber ou résister

Encore un matin
Qui cherche et qui doute
Matin perdu cherche une route
Encore un matin
Du pire ou du mieux
A éteindre ou mettre le feu

Un matin, ça ne sert à rien
Un matin
sans un coup de main
Ce matin
C’est le mien, c’est le tien
Un matin de rien
Pour en faire
Un rêve plus loin

Encore un matin
Ou juge ou coupable
Ou bien victime ou bien coupable
Encore un matin, ami, ennemi
Entre la raison et l’envie
Matin pour agir ou attendre la chance
Ou bousculer les évidences
Matin innocence, matin intelligence
C’est toi qui décide du sens

Un matin, ça ne sert à rien…

(Jean-Jacques Goldman)

Illustration

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Pour que demeure le secret (Max-Pol Fouchet)

Publié par arbrealettres le 20 octobre 2011


plaine

 

Pour que demeure le secret
Nous tairons jusqu’au silence

Nul oiseau n’est coupable
Du tumulte de nos coeurs

La nuit n’est responsable
De nos jours au fil de mort

Il n’est que grande innocence
Et des colonnes en marche

Mais les plaines soulignent
Notre solitude de leur blé

(Max-Pol Fouchet)

 

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COUPABLE DE TRISTESSE (Pierre Morhange)

Publié par arbrealettres le 2 février 2011



COUPABLE DE TRISTESSE

A la fin ne te sauvera plus la tristesse
Avec son mur usé tu seras confond
Les mots de tes amis devant toi passeront
Grands petits joyeux noirs ne disant rien de toi

Ma poitrine un jardin
Où dorment les oiseaux
Et quand mes yeux y brillent
S’y battent les oiseaux
Et quand mes souvenirs
Remuent dans la poussière
Les oiseaux fuient de là
Ma poitrine un jardin
Dans un été de ville
Seule dans l’âpreté
Quand les maisons sont pires
Que monstres et rochers

Et ce livre est dessous
La plus large des mains
Elle nous porte tous
Charpente de chagrin
si les oiseaux y chantent
Vivent légèrement
Je suis de la charpente
Et je connais la main

I1 faut donc me chasser
Celui qui vous en prie
Est le coupable en vie

Mais dans le grand verger
Je suis un de vos arbres

(Pierre Morhange)


Illustration: Henri Matisse

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Les Espaces Infinis (Anna de Noailles)

Publié par arbrealettres le 18 janvier 2011



Je reviens d’un séjour effrayant; n’y va pas!
Que jamais ta pensée, anxieuse, intrépide,
N’aille scruter le bleu du ciel, distrait et vide,
Et presser l’infini d’un douloureux compas!

Ne tends jamais l’oreille aux musiques des sphères,
N’arrête pas tes yeux sur ces coursiers brûlants:
Rien n’est pour les humains dans la haute atmosphère,
Crois-en mon noir vertige et mon corps pantelant!

[...]

- Puisque rien de l’espace, hélas! ne te concerne,
Puisque tout se refuse à l’anxieux appel,
Laisse la vaste mer bercer l’algue et le sel,
Et l’étoile entr’ouvrir sa brillante citerne,

Abaisse tes regards, interdis à tes yeux
Le coupable désir de chercher, de connaître,
Puisqu’il te faut mourir comme il t’a fallu naître,
Résigne-toi, pauvre âme, et guéris-toi des cieux…

(Anna de Noailles)

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