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Articles Tagués ‘crépuscule’

Retrouvailles fugitives (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Retrouvailles fugitives

Alors que s’achève le temps des caresses
L’asile de nos amours clandestines
Reverdit chaque année.

Dans le verger des souvenirs
Où ils mûrissent trop
Au point de pourrir
Je te retrouve toujours fraîche
Et j’essuie de nouveau
Sur tes joues
Les larmes du crépuscule
Et de ton cœur silencieux
Montent de muets cris d’amour
Alors qu’à travers la brume de l’horizon
Nos regards étreints touchent
La colline couronnée de soleil

Une côte de vent et de pluie
Se dessine dans mon esprit
Où je te revois
Ecrasant sous tes pieds menus
Tous les coquillages de la grève.
Dans les embruns tu venais
Fille naturelle de la mer
Me sauver du naufrage.
Maintenant l’oiseau vole solitaire
Entre l’écume et le nuage
Et le sable sec recouvre
Tes pas qui s’imprimaient
Dans le sable mouillé
A la frontière des eaux
Pour me laisser un message d’adieu
Avant de retourner dans les profondeurs de l’oubli.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Tu n’arrêtes pas de t’en aller (Kettly Mars)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013



 Siegfried Zademack -  - (32)

Tu n’arrêtes pas de t’en aller,
le crépuscule endormi dans le sillon de ta nuque.
Ton corps habite une destination incessante.
Tu te surprends toi-même à chercher un seuil
sur la face des pierres que tes pas soulèvent.
Ta soif est ensorcelée par le gémissement des sources.
Tu n’en finis pas de partir,
d’être ailleurs, d’être nulle part,
emmenant avec toi le secret de tes cils,
le partage de ton souffle,
tes mains qui m’ont frôlée,
tes mains qui ne savent pas
pourquoi tu t’en vas tout le temps
en laissant sur ma peau leurs ombres fidèles.

(Kettly Mars)

Illustration: Siegfried Zademack

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Chuchotements (Kettly Mars)

Publié par arbrealettres le 5 mai 2013



 

Francis Picabia -   (3)

Chuchotements

je n’ai rien à vous dire
voulez-vous m’aimer?

je n’ai rien à vous dire
et si on se faisait plaisir?
caresses au crépuscule
gémissements de brise
extases musquées
et si on s’aimait d’amours fulgurantes?

*

même les carreaux ont eu froid
sur le sol que martelaient nos pas
entre deux battements de sang
dorment des frissons

ce qui meurt
renaît à chaque instant
l’éternité est le silence
entre deux battements de vie

*

entre deux soleils
refaire tous les chemins
traverser tes pôles
en passant par ton milieu
m’enfouir dans ton extrême

je t’aperçois
entre deux battements de cils
étendard au vent
dans la poussière des piaffements
les hennissements de ton sang
je te fais de grands signes
le vent ramène nos histoires parallèles

(Kettly Mars)

Illustration: Francis Picabia

 

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Que faire de la petite voix (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013




Que faire de la petite voix
Sans voix
Qui dit des choses
Qu’on ne dit pas
Même
A l’oreille qui n’entend pas

On la connaît grain de sable
Tombée des meules
De la montagne
Où presque personne ne va

On la savait goutte de pluie
D’une pluie
Dont les dernières
Moussons faisaient cadeaux

On traîne ce lambeau d’âme
Comme une carie
Parmi les canines aiguisées
Du quotidien

Et les molaires
Mâcheuses de crépuscules

La parole sans verbe envoie
Ses marteaux-piqueurs
Défoncer
La mosaïque de nos images

Et les parpaings mal ajustés
Du silence
Ecrasent le reste en tombant

Laissant
Sur ces gravats
Les luzernes dorées et folles

(Werner Lambersy)

Illustration: Jeana Sohn

 

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CRÉPUSCULE (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 1 mai 2013



 

Linda Noul   Lune rouge

CRÉPUSCULE

Un câble du télégraphe
coupe au ciel, exactement en deux
— oh nuage ! — sa poitrine rose.
— Quelle douleur ! —
Le ciel voit les étoiles,
et son coeur déborde
— oh lune ! — rouge et vaste.
— Quelle douleur ! —

***

CREPÚSCULO

Un cable del telégrafo
le corta al cielo, exactamente en dos
— ¡oh nube!— el pecho rosa.
—¡Qué dolor!—
Ve el cielo las estrellas,
y se le sale el corazón
— ¡oh luna!— rojo y grande.
—¡Qué dolor!—

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Linda Noul

 

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Il en fut comme d’un crépuscule (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Christophe Hohler

Il en fut comme
d’un crépuscule immense d’or allègre,
qui se serait, soudain, éteint tout entier
en un nuage de cendre.

— Il m’en resta cette tristesse
des désirs brûlants, quand ils doivent
s’enfermer dans la geôle
de la vérité quotidienne ; ce chagrin
des jardins aux couleurs idéales
qu’efface une lumière sale de pétrole —.

Et je ne m’y résignais pas.
Je le pleurai ; je l’obligeai. Je vis la ridicule
injustice de cette candide fraternité
de l’homme et de la vie,
de la mort et de l’homme.

Et me voici, vivant ridicule, attendant,
mort ridicule, la mort!

***

Fue lo mismo
que un crepúsculo inmenso de oro alegre,
que, de repente, se apagara todo,
en un nublado de ceniza.

—Me dejó esa tristeza
de los afanes grandes, cuando tienen
que encerrarse en la jaula
de la verdad diara; ese pesar
de los jardines de colores ideales,
que borra una luz sucia de petróleo—.

Yo no me resignaba.
Le lloré; le obligué. Vi la ridícula
sinrazón de esta cándida hermandad
de hombre y vida,
de muerte y hombre.

¡Yaqui estoy, vivo ridículo, esperando,
muerto ridículo, a la muerte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Christophe Hohler

 

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Tu ressemblais (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Dorina Costras touching_the_ephemeral_inset

Tu ressemblais,
passionnée déjà, et même courroucée,
à un coucher de soleil après l’orage.

La lueur rouge de tes yeux ruisselants
illuminait, ici et là, ton ombre tragique,
en un ultime couronnement ;
— oh, quelle nostalgie immense d’un crépuscule
(celui-ci!)
qui devait arriver ! —

Où ai-je donc vu un paysage de ville
— quartiers ouverts au couchant
de la mer, façades aux vitres parcourues
d’une lumière rouge sang —,
si terriblement, glorieusement unique,
qu’on eût dit une femme ?

… Qui ressemblait à une femme inconnue ;
— oh, quelle nostalgie immense d’une femme
(toi !)
qui devait arriver ! —

***

Parecías,
apasionada ya, y aún iracunda,
una puesta de sol tras la tormenta.

El fulgor rojo de tus ojos chorreantes
iluminaba, aquí y allá, tu sombra trájica,
en coronación última;
—¡ oh,qué nostaljia inmensa de un crepúsculo
(¡éste!)
que había de venir!—

¿Dónde vi yo un paisaje de ciudad
— barrios abiertos al ocaso
del mar, con las fachadas de cristales recorridas
de roja luz sangrante—,
así terriblemente, gloriosamente único,
que parecía una mujer?

… Que parecía une mujer desconocida;
— ¡oh, qué nostaljia ïa inmensa de una mujer
(¡tú!)
que había de venir!—

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dorina Costras

 

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LA MUSIQUE (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Dariusz Branski

LA MUSIQUE

Non, ne la fais pas naître,
car elle a un corps et une âme,
comme une femme ; ne crée pas
la mort en la créant ; laisse
sa nudité dans la sérénité
— sans existence — du piano !

Non, non ; qu’elle ne dresse pas
son beau corps sur le crépuscule,
pour retomber ensuite, sous l’immense
noirceur de sa chevelure libre !

***

LA MÚSICA

¡No la hagas nacer,
que tiene cuerpo y alma,
igual que una mujer; no seas
creador de la muerte con crearla; deja
su desnudez en la serenidad
—no existente— del piano!

¡No, no; que no levante
su cuerpo hermoso en el crepúsculo,
para luego caer, bajo la inmensa
negrura de su abierta callebera!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dariusz Branski

 

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OBSCUR DÉJÀ (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Guillaume Bourquin Trois peupliers 2005

OBSCUR DÉJÀ

Crépuscule du soir.
Sur les hauts peupliers
roucoulent les tourterelles.
À peine, çà et là,
bercées dans la brise,
des cimes d’or légères.

Un pépiement perdu, là-haut ;
en bas, deux yeux
qui regardent l’ombre et s’en vont vers elle,
comme fleuves profonds vers une mer profonde,
profonde.

Fermés, très noirs,
sur le fond de folie
du couchant à vif,
les troncs
comme des hommes tristes,
si nombreux et chacun si seul.

***

YA OSCURO
El anochecer.
Se arrullan las tórtolas
en los altos olmos.
Apenas, aquí y allá, quedan,
mecidas en brisa,
cimas leves de oro.

Un pío perdido, en lo alto;
abajo, dos ojos
que miran la sombra y se van a ella,
como ríos hondos a un mar hondo, hondo.

Cerrados, muy negros,
contra el fondo loco
del ocaso agudo,
los troncos,
como hombres tristes,
cada uno isiendo tantos! solo.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Guillaume Bourquin

 

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Quand vient le soir (Charles Van Lerberghe)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Bao-Pham Thienbao 444181899c89

Quand vient le soir,
Des cygnes noirs,
Ou des fées sombres,
Sortent des fleurs, des choses, de nous
Ce sont nos ombres.

Elles avancent ; le jour recule.
Elles vont dans le crépuscule,
D’un mouvement glissant et lent.
Elles s’assemblent, elles s’appellent,
Se cherchent sans bruit,
Et toutes ensemble,
De leurs petites ailes,
Font la grande nuit.

Mais l’Aube dans l’eau
S’éveille et prend son grand flambeau.
Puis elle monte,
En rêve monte, et peu à peu,
Sur les ondes elle élève
Sa tête blonde,
Et ses yeux bleus.

Aussitôt, en fuite furtive,
Les ombres s’esquivent,
On ne sait où.
Est-ce dans l’eau ? Est-ce sous terre ?
Dans une fleur ? Dans une pierre ?
Est-ce dans nous ?
On ne sait pas. Leurs ailes closes
Enfin reposent.
Et c’est matin.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Bao-Pham Thienbao

 

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