Arbrealettres

Poésie

Articles Tagués ‘décadence’

Aimons-nous tranquillement (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 4 février 2013



Aimons-nous tranquillement, en pensant que nous pourrions,
Si nous le voulions, échanger baisers, étreintes et caresses,
Mais qu’il vaut mieux rester assis l’un près de l’autre
A écouter le cours du fleuve et à le voir.

Cueillons des fleurs, et toi prends-les puis garde-les
Entre tes bras, que le parfum rende ce moment doux -
Ce moment-ci où en toute quiétude nous ne croyons en rien,
Païens innocents de la décadence.

Au moins, si avant toi je suis une ombre, lors tu te souviendras de moi
Sans que mon souvenir te brûle ou te blesse ou t’émeuve,
Pour ce que nous n’avons jamais uni nos mains, ni joint nos lèvres,
N’ayant jamais été que des enfants.

Que si me devançant tu apportes l’obole au passeur ténébreux,
A nulle douleur ton souvenir ne me vouera. Douce,
Tu seras douce en ma mémoire, évoquée ainsi – au bord du fleuve,
Païenne triste et des fleurs sur le sein.

(Fernando Pessoa)

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Interlude (Patrice de La Tour du Pin)

Publié par arbrealettres le 22 septembre 2012



Interlude

Recueillons-nous; allons reviser nos amours.
Tous ces marais fermés sentent la pourriture,
La décadence; il faut oublier pour toujours
Ce qui fut notre seule nourriture.

Cette nuit sur l’étang de Foulc, en fin décembre,
Ces passages dans l’ombre et ce grand ciel hanté,
Tout cela serait-il une extase de chambre,
Un aveu brutal de stérilité ?

Pourtant le vent sentait l’homme si fortement!
Ce n’était pas un vent d’idéal, de chimère,
Il était tout gonflé des merveilleux relents
Des eaux dormantes et des fondrières.

Il y a quelque chose de mort dans cette âme,
Quelque chose qui ne bat plus, qui sonne creux!
Sagesse! et les destins ironiques proclament
La naissance d’un jour clair et joyeux!

Sagesse! il faut viser aux choses éternelles,
Retourner vers le temple et ses secrets accords,
Où l’on entend, quand on se penche sur leurs stèles,
Si doucement battre le coeur des morts…

(Patrice de La Tour du Pin)


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LE FLEUVE (Jacques Rabemananjara)

Publié par arbrealettres le 28 octobre 2011



LE FLEUVE

L’ange exilé des cieux qui porte le silence
Se mire dans le Fleuve où se fane le soir.
Et sur le bord tranquille où la Paix vient s’asseoir
La nuit répand, suave, un vent de confidence.

L’âme se laisse aller sur des flots sans cadence.
Le souvenir, errant aux rives du passé,
Recherche l’aviron que les temps ont brisé,
Pour rembarquer l’azur des jours en décadence.

Mais le Présent écoute au vague étang désert
Vibrer, comme un cristal, la pureté des airs
Sous l’essaim des oiseaux que la blancheur escorte.

Et, virginal parmi les vols immaculés,
Un grand héron, penché sur les mois écoulés,
Attend le vain retour des belles lunes mortes.

(Jacques Rabemananjara)
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