Arbrealettres

Poésie

Articles Tagués ‘désir’

Ô beaux yeux brun (Louise Labé)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Alexandr Sulimov -   (27)

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues,
Ô jours luisants vainement retournée !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô milles morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destiné !

Ô ris, ô front, cheveux bras mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d’endroits d’iceux mon cœur tâtant,
N’en ait sur toi volé quelque étincelle.

(Louise Labé)

Illustration: Alexander Sulimov

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

Publié dans poésie, méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

DERNIER COULOIR (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013


 


Ettore Aldo Del Vigo -   (29)

 

DERNIER COULOIR

Avant tout : joie de servir
et de chanter si tu l’aimes,
avant tout : le seul désir
d’être pareil à toi-même
aux plages de ton poème
et d’éterniser l’instant.
Etre, avant tout, du voyage,
ne pas marchander le temps,
s’acharner dans les cordages
contre marées, contre vents.
Avant tout, s’en dégager
même si le masque est d’or,
toujours visière levée,
les bras nus et sans épée,
en attendant de partir
avant tout : joie de servir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

Publié dans méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013


 


 

Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal,
Les alchimistes sont poètes et le soufre à deux têtes le sait.
Cent fois le terril fut battu par l’éclair, mais les molettes sont debout
et tournent pacifiquement pour extraire l’ombre.
Ivoire lisse, ô mon désir, masque la peine d’un pauvre homme.
Serpent bleu : Poésie, love ton plain-chant sur la mer !
Frontière entre gens et bêtes, force magique des mamelles,
menhirs-miroirs du Seul, transmettez-nous les secrets du Monde.

(Georges Libbrecht)

Illustration

 

Publié dans poésie, méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

Retouche à la varangue (Daniel Boulanger)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Retouche à la varangue

ouverte et sans désir
paresse aux longs après-midi
le jardin fou mène grande vie
le soleil joue avec sa queue

(Daniel Boulanger)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

Nénuphar (Rilke)

Publié par arbrealettres le 12 mai 2013



Nénuphar

J’ai toute ma vie, mais qui la dirait mienne
me priverait, car elle est infinie.
Le frisson d’eau, la teinte aérienne
sont à moi; c’est encor cela, ma vie.

Aucun désir ne m’ouvre: je suis pleine
jamais je ne me referme par refus, -
au rythme de mon âme quotidienne
je ne désire point -, je suis émue;

Par ce mouvement j’exerce mon empire
rendant réels les rêves du soir
les au-delà des miroirs…

(Rilke)

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Commentaires »

Fleur (Rilke)

Publié par arbrealettres le 12 mai 2013



Fleur

De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

(Rilke)


Illustration: Zinaida Serebriakova

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

De ton rêve trop plein (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013



De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

*

Rose, toute ardente et pourtant claire,
que l’on devrait nommer reliquaire
de Sainte-Rose…, rose qui distribue
cette troublante odeur de sainte nue.

Rose plus jamais tentée, déconcertante
de son interne paix; ultime amante
si loin d’Ève, de sa première alerte ,
rose qui infiniment possède la perte.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

PORTRAIT INTÉRIEUR (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013



PORTRAIT INTÉRIEUR

Ce ne sont pas des souvenirs
qui, en moi, t’entretiennent;
tu n’es pas non plus mienne
par la force d’un beau désir.

Ce qui te rend présente,
c’est le détour ardent
qu’une tendresse lente
décrit dans mon propre sang.

Je suis sans besoin
de te voir apparaître;
il m’a suffi de naître
pour te perdre un peu moins.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Michael Cheval

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

CIEL NOCTURNE ET CHUTE D’ÉTOILE (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 10 mai 2013



CIEL NOCTURNE ET CHUTE D’ÉTOILE

Le ciel, grand, plein de retenue splendide,
une provision d’espace, un excès de monde.
Et nous, trop loin pour nous laisser façonner,
trop près pour nous en détourner.

Là-bas une étoile tombe ! Et notre désir à la voir,
d’un regard bouleversé, rivé à elle et pressant :
Quelles choses ont commencé et lesquelles disparu ?
Quelles choses sont coupables ? Et lesquelles pardonnées ?

***

NACHTHIMMEL UND STERNENFALL

Der Himmel, groß, voll herrlicher Verhaltung,
ein Vorrat Raum, ein Übermaß von Welt.
Und wir, zu ferne für die Angestaltung,
zu nahe für die Abkehr hingestellt.

Da fällt ein Stern! Und unser Wunsch an ihn,
bestürzten Aufblicks, dringend angeschlossen:
Was ist begonnen, und was ist verflossen?
Was ist verschuldet? Und was ist verziehn?

(Rainer Maria Rilke)

 

 

Publié dans poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire »

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 208 followers