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Poésie

Articles Tagués ‘désir’

Une forêt un cerf-volant et une femme légère qui danse (Tahar Ben Jelloun)

Publié par arbrealettres le 25 mai 2013



Dans l’obscur
il y a une faille
dans la fumée
du bleu
dans l’éclair
le désir
une forêt
un cerf-volant
et une femme légère qui danse
dans une chambre d’amour suspendue
entre deux chênes.

(Tahar Ben Jelloun)


Illustration: Lore

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La barque d’un corps apaisé vogue lentement sur les couleurs du soir (Tahar Ben Jelloun)

Publié par arbrealettres le 25 mai 2013



La barque d’un corps apaisé
vogue lentement sur les couleurs du soir
temps et lumière de crépuscule
faisant frémir la cendre et le silence
notre désir entre dans la nuit
précédé de l’amour
cet amour reconnu dans les perles de l’absence.

Il est le visage et la main le rire
la grâce du corps endormi
le chant des larmes entre les dunes.

La nudité est un soir d’été
une flamme entre nos mains gardée
un fleuve solitaire dont nous sommes l’origine et la source.

(Tahar Ben Jelloun)

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inventaire de l’amour (Tahar Djaout)

Publié par arbrealettres le 25 mai 2013


Kaleidoscope

désir de pluie apaisante
quand ta robe repoussée
délivre un feu qui sommeille.

je suis devant ton corps
comme l’enfant émerveillé par le kaléidoscope;
rêve de fruits opulents,
rêve d’oiseaux multicolores,
rêve de paysages enchanteurs,
rêve d’arbres voyageurs.

je suis devant ton corps
comme l’enfant abasourdi par les manèges:
je me souviens — tu étais à mes côtés –
de ce silence des rues pourtant trépidantes,

je me souviens des murs
dont les jointures craquaient de ne pouvoir contenir mon bonheur,
je me souviens de ce désir trop lourd pour ma poitrine,
de ce désir que nous portions à deux
comme un poids d’eau salutaire.

je suis devant ton absence
comme l’enfant pleurant de solitude:
tu viens à moi et la rue répudie son visage des jours brumeux,
tu viens à moi et la lumière née soudain te multiplie,
les choses prennent les contours que tes mains leur attribuent.

comme deux planètes confondues:
ton corps jumeau du mien,
mon désir au tien ligoté.

je suis entre tes bras
comme l’argile frémissante et aveugle:
tes mains inventent mon corps
et tracent un chemin pour mes lèvres.

je suis devant tes paysages offerts
un inlassable déchiffreur:
la rosée des lèvres concédées,
les lianes subtiles de tes bras,
les pirogues de tes cuisses,
la plaine du ventre qui chavire,
le miel de la fleur harponnée,
la combustion d’insectes
dans l’arc des aisselles dévoilées.

je suis devant ton corps
comme l’enfant taraudé d’aventures.

je suis devant ton amour
comme une luciole inextinguible.

(Tahar Djaout)

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Evanescence noisette (Seamus Heaney)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Evanescence noisette. Un filet d’eau dans la gouttière.
Lumière athlétique de la mer sur le seuil de la pierre,
Sur la mer aussi, et sur le calme des pignons et des toits.

Lucarnes blanchies. Haies brûlantes comme l’âtre.
Chaises à quatre pattes. Un dressoir garni sous l’épart.
Poésie fossile de la plaque et de l’ardoise.

Le désir en ses douves, somnolent, tranquille -
Pareil au cormoran repu sur le rocher de midi,
Exilé, accordé au grand scintillement.

Entre à nouveau dans tout cela, adulte de la solitude,
Passeur du silence, présence précise
Que tu avais sentie se dérober la première fois.

***

Hazel stealth. A trickle in the culvert.
Athletic sealight on the doorstep slab,
On the sea itself, on silent roofs and gables.

Whitewashed suntraps. Hedges hot as chimneys.
Chairs on all fours. A plate-rack braced and laden.
The fossil poetry of hob and slate.

Desire within its moat, dozing at ease –
Like a gorged cormorant on the rock at noon,
Exiled and in tune with the big glitter.

Re-enter this as the adult of solitude,
The silence-forder and the definite
Presence you sensed withdrawing first time round.

(Seamus Heaney)

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Citerne tarie (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Citerne tarie

Lâche j’ai vu partir l’Art ma dernière idole,
Le Beau ne m’étreint plus d’un immortel. transport,
Je sens que j’ai perdu, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le vieux désir s’endort.

Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords.
Nos mains ont désappris le travail qui console.
Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort.

Sourd à l’illusion qui tient les multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Tout est fini pour moi, je n’espère plus rien.

Tu bats toujours pourtant, coeur pourri, misérable!
Ah! si j’étais au moins, comme autrefois, capable
De ces larmes d’enfant qui nous font tant de bien!

(Jules Laforgue)


Illustration: Gilbert Garcin

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Ô beaux yeux brun (Louise Labé)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Alexandr Sulimov -   (27)

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues,
Ô jours luisants vainement retournée !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô milles morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destiné !

Ô ris, ô front, cheveux bras mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d’endroits d’iceux mon cœur tâtant,
N’en ait sur toi volé quelque étincelle.

(Louise Labé)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

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DERNIER COULOIR (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013


 


Ettore Aldo Del Vigo -   (29)

 

DERNIER COULOIR

Avant tout : joie de servir
et de chanter si tu l’aimes,
avant tout : le seul désir
d’être pareil à toi-même
aux plages de ton poème
et d’éterniser l’instant.
Etre, avant tout, du voyage,
ne pas marchander le temps,
s’acharner dans les cordages
contre marées, contre vents.
Avant tout, s’en dégager
même si le masque est d’or,
toujours visière levée,
les bras nus et sans épée,
en attendant de partir
avant tout : joie de servir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013


 


 

Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal,
Les alchimistes sont poètes et le soufre à deux têtes le sait.
Cent fois le terril fut battu par l’éclair, mais les molettes sont debout
et tournent pacifiquement pour extraire l’ombre.
Ivoire lisse, ô mon désir, masque la peine d’un pauvre homme.
Serpent bleu : Poésie, love ton plain-chant sur la mer !
Frontière entre gens et bêtes, force magique des mamelles,
menhirs-miroirs du Seul, transmettez-nous les secrets du Monde.

(Georges Libbrecht)

Illustration

 

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Retouche à la varangue (Daniel Boulanger)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Retouche à la varangue

ouverte et sans désir
paresse aux longs après-midi
le jardin fou mène grande vie
le soleil joue avec sa queue

(Daniel Boulanger)

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