Articles Tagués ‘distrait’
Publié par arbrealettres le 10 mai 2013
Ô mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.
Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son oeil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.
Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon coeur distrait, en levant ton regard.
(Rilke)
Illustration: Jean-Baptiste Valadié
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Publié par arbrealettres le 13 avril 2013

Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Est favorable à la flânerie à pas lents,
Par la rue, en sortant de chez la femme aimée,
Après un tendre adieu dont l’âme est parfumée.
Pour moi, je crois toujours l’aimer mieux et bien plus
Dans ce mois-ci, car c’est l’époque où je lui plus.
L’après-midi, je vais souvent la voir en fraude ;
Et, quand j’ai dû quitter la chambre étroite et chaude
Après avoir promis de bientôt revenir,
Je m’en vais devant moi, distrait. Le Souvenir
Me fait monter au coeur ses effluves heureuses ;
Et de mes vêtements et de mes mains fiévreuses
Se dégage un arôme exquis et capiteux,
Dont je suis à la fois trop fier et trop honteux
Pour en bien définir la volupté profonde,
- Quelque chose comme une odeur qui serait blonde.
(François Coppée)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 6 avril 2013

Au cou un mince chapelet,
Je cache mes mains dans un large manchon.
Mes yeux ont un regard distrait;
Ils ne pleureront plus jamais.
Mon visage a l’air plus pâle
À cause de la soie mauve,
Les cheveux raides de ma frange
Descendent jusqu’aux sourcils.
Et cette démarche lente
Ne ressemble à aucun envol,
Comme si mes pieds se posaient
Sur un radeau et non sur un parquet.
Ma bouche pâle est entrouverte,
Ma respiration, pénible, inégale;
Et sur ma poitrine tremblent
Les fleurs d’un rendez-vous manqué.
(Anna Akhmatova)
Illustration: Koloman Moser
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Publié par arbrealettres le 28 février 2013

SUR UN EVENTAIL
J’écris ici ces vers pour que, le soir, songeant
À tous les rêves bleus que font les demoiselles,
Vous laissiez sur vos yeux, placides lacs d’argent,
Tournoyer ma pensée et s’y mouiller les ailes.
Peut-être, près de vous assis, se rengorgeant,
Quelque beau cavalier vous dit des choses telles,
Qu’à votre indifférence une fois dérogeant
Vous laisseriez faiblir vos froideurs immortelles.
Mais sur votre éventail, voici que par hasard
Incertain et distrait tombe votre regard ;
Et vous lisez mes vers dont pâlit l’écriture,
Oh ! ne l’écoutez pas celui qui veut ployer
Votre divinité froide aux soins du foyer
Et faire de Diane une bourgeoise obscure !
(Charles Cros)
Illustration: Alena Lazareva
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Publié par arbrealettres le 9 février 2013

On dit que la lumière est un enfant
Qui joue, qui ne veut rien, qui rêve ou chante.
Si elle vient à nous c’est par jeu encore,
Touchant le sol d’un pied distrait, qui serait l’aube.
(Yves Bonnefoy)
Illustration: ArbreaPhotos
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Publié par arbrealettres le 9 janvier 2013

ESPACES ÉCHOUÉS
Devant l’éternité, qu’est-ce qu’un pas de plus ou un de moins ?
Les châteaux du jour s’écroulent comme le sable qui s’échappe des mains d’un ange distrait,
et une goutte de temps augmente sa misère par la découverte amère d’un chemin,
encadré de soi-disant fantasmes, trébuchant à chaque pas sur des luths abandonnés par le rêve.
Au bord de l’abîme, elle s’arrête et, abandonnée, joue de longs espaces de lumière ramollie :
l’air est plus épais et laisse naviguer dans ses entrailles l’ancre détachée qui jaillit du noeud de la blessure.
La dernière humidité infiltre ses doigts torves dans les plis de la tunique égarée.
Et dans sa voix renoue la profondeur du désastre qui effaça en un seul voyage le port aux murs invisibles.
Marche dans ta recherche…
(Guillermo Fernández)
Illustration: Alexander Anufriev
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Publié par arbrealettres le 13 décembre 2012
Septembre au ciel léger taché de cerfs-volants
Est favorable à la flânerie à pas lents,
Par la rue, en sortant de chez la femme aimée,
Après un tendre adieu dont l’âme est parfumée.
Pour moi, je crois toujours l’aimer mieux et bien plus
Dans ce mois-ci, car c’est l’époque où je lui plus.
L’après-midi, je vais souvent la voir en fraude ;
Et, quand j’ai dû quitter la chambre étroite et chaude
Après avoir promis de bientôt revenir,
Je m’en vais devant moi, distrait. Le Souvenir
Me fait monter au coeur ses effluves heureuses ;
Et de mes vêtements et de mes mains fiévreuses
Se dégage un arôme exquis et capiteux,
Dont je suis à la fois trop fier et trop honteux
Pour en bien définir la volupté profonde,
- Quelque chose comme une odeur qui serait blonde.
(François Coppée)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 10 décembre 2012

QUELQUE CHOSE DU DEDANS
Sortir de sa nuit
après une croissance imparfaite
se réveiller l’âme décolorée
ébouriffée.
Peut-on être nomade du temps ?
Peut-on être
d’une vie à une autre
passant ?
Silence des morts rebelles
qui renforcent les nœuds.
Silence de la vie
au hasard fixée
ou plantée telle une épine
indurée en nos rêves
irritant nos fougues.
Qui peut nous retenir
contre le vertige du dedans
si large si vide ?
Ceux à mi-chemin
arrêtés fébriles
comme des vagues poursuivies
ceux avec leurs mots lourds
tout fripés de tendresse
balancés à contre-temps
ceux boutefeux par désespoir
incendiaires
exacerbés d’espérance
ceux musiciens des songes
qui tâtonnent sans répit
lézardés jusqu’à la moelle
ceux que nulle main n’a guidés
qui s’épuisent à rassembler
leurs brisures
ceux qui mordent à bouche pleine
les pensées fauves
les passions sans remontée
ceux qui n’ont plus de frontières
et qui implosent chargés de sang
et de brûlures…
Qui peut emmurer
le vertige au-dedans
qui peut sceller notre cœur
pour qu’il cesse de s’affoler
pour un souffle d’air
ou d’ange distrait ?
Qui ?
(Agnès Schnell)
Découvert ici chez Emmila Gitana
Illustration: Alexander Anufriev
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Publié par arbrealettres le 19 août 2012
Cours de Français
Cette Hélène qui trouble et l’Europe et l’Asie,
mais le professeur est distrait,
il ne voit pas que toute la classe s’éloigne
des sévères beautés de Racine.
On chuchote, on échange des billets et des ricanements.
Celui-ci dessine l’éternelle fille nue
qui quelque part existe, et qu’il n’a jamais vue.
Un autre disparaît sous son pupitre.
Les barbares. Est-ce qu’il vaut bien la peine
d’offrir du sublime à ces sauvages?
Le Professeur Arduino Bolivar
visage fermé, livre ouvert.
11 ne les méprise pas. Même il les aime.
Us peuvent faire ce qu’ils veulent.
Il navigue seul, sur une mer antique,
la douce navigation d’être seul.
La cloche sonne.
Fini le voyage, dans le vacarme
des pupitres et des pieds.
Le professeur s’en retourne au rigide
système métrique décimal des rues de Belo Horizonte.
(Carlos Drummond de Andrade)
Illustration: Gustave Moreau
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Publié par arbrealettres le 12 juillet 2012
Le bonheur d’un arbre distille
son chemin distrait dans l’air
et sur lui se referment
les couleurs de l’irréel
que le jour impatient décime
La clémence brise sa bogue
et qu’exalte le paysage
les gestes tramés d’un aura friable
puisse s’ouvrir enfin l’éden
aux ailes dont se fane la ferveur
d’une trop brûlante espérance
par l’orage partagée
(Jean-Vincent Verdonnet)
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