St-Vincent
La substance colorée
S’étire en créant des sons
Je la modèle à ma volonté
Puis je souffle sur mes doigts
Et le poème s’envole
(Pierre Albert-Birot)
Publié par arbrealettres le 8 juin 2013
St-Vincent
La substance colorée
S’étire en créant des sons
Je la modèle à ma volonté
Puis je souffle sur mes doigts
Et le poème s’envole
(Pierre Albert-Birot)
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Publié par arbrealettres le 3 juin 2013
Chant d’amour (III)
Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ?
Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage :
Rougis-tu d’être belle, ô charme de mes yeux ?
L’aurore, ainsi que toi, de ses roses s’ombrage.
Pudeur ! honte céleste ! instinct mystérieux,
Ce qui brille le plus se voile davantage ;
Comme si la beauté, cette divine image,
N’était faite que pour les cieux !
Tes yeux sont deux sources vives
Où vient se peindre un ciel pur,
Quand les rameaux de leurs rives
Leur découvrent son azur.
Dans ce miroir retracées,
Chacune de tes pensées
Jette en passant son éclair,
Comme on voit sur l’eau limpide
Flotter l’image rapide
Des cygnes qui fendent l’air !
Ton front, que ton voile ombrage
Et découvre tour à tour,
Est une nuit sans nuage
Prête à recevoir le jour ;
Ta bouche, qui va sourire,
Est l’onde qui se retire
Au souffle errant du zéphyr,
Et, sur ces bords qu’elle quitte,
Laisse au regard qu’elle invite,
Compter les perles d’Ophyr !
Ton cou, penché sur l’épaule,
Tombe sous son doux fardeau,
Comme les branches du saule
Sous le poids d’un passereau ;
Ton sein, que l’oeil voit à peine
Soulevant à chaque haleine
Le poids léger de ton coeur,
Est comme deux tourterelles
Qui font palpiter leurs ailes
Dans la main de l’oiseleur.
Tes deux mains sont deux corbeilles
Qui laissent passer le jour ;
Tes doigts de roses vermeilles
En couronnent le contour.
Sur le gazon qui l’embrasse
Ton pied se pose, et la grâce,
Comme un divin instrument,
Aux sons égaux d’une lyre
Semble accorder et conduire
Ton plus léger mouvement.
(Alphonse de Lamartine)
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2013
Crâne crucifié
tu connais des histoires chancelantes
aux précipices de tes oreilles
Dans les nuits les bibliothèques verrouillent leurs portes
et les feuilles des livres chassent les doigts
(Guy Lévis Mano)
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2013
Si tu as touché mon corps
draine dans tes doigts beaucoup de lumière
ne t’en va pas avec le désir
alourdissant tes reins comme une obsession de plomb
si tu as touché mon corps
éteins tes prunelles et laisse vierge le silence
celles qui sont parties sans rien dire
avec leurs mains chaudes et humides
ont eu autre chose que mon sourire
(Guy Lévis Mano)
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Publié par arbrealettres le 10 mai 2013
Tu ouvres une porte
sachant qu’il n’y aura pas de mystères
seulement entendre craquer l’ombre
et voir s’allumer entre les doigts
une lampe ou un rouge-gorge.
(Christian Viguié)
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Publié par arbrealettres le 5 mai 2013
Les oiseaux du désert
les oiseaux du désert ont goûté dans mes mains
et mon rêve défunt
s’effrite entre mes doigts
encore j’aurais voulu pour le sel de ce rêve
chanter tes yeux d’oiseau
la vie m’a refusé cette joie ce bonheur
pour naître à ton soleil et manger à la table
où s’accoude mon coeur
et je n’aurai d’autres yeux d’autres mains
d’autres lèvres que les tiens mon amour
or ton absence saigne sur mon âme blessée
en vain je fuis les ombres qui me cachent ta vue
de moi la vie s’épuise à ne rien dire ou taire
mon amour qui voulus me donner ton soleil
(Jacqueline Beaugé-Rosier)
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Publié par arbrealettres le 23 avril 2013
Je l’ai prise dans mes bras,
La petite sirène
Aux yeux éblouis.
Et voici qu’en chantant, ce soir, je la promène
En mon beau paradis.
Comme la lune sur la mer,
Sa longue chevelure bleue
Se mêle à la mienne,
Qui est d’or.
Sa belle queue
Traîne
Parmi les fleurs.
Comme elle a peur,
Comme son coeur bat sur mon coeur !
Je ne sais pas ce qu’elle pense.
Elle me regarde en silence,
De ses pâles yeux pleins d’effroi,
Où quelque étrange songe sommeille.
De la terre ils ne veulent
Rien voir que moi ;
Pour Elle, j’en suis la grande merveille,
Et le mystère.
Mais, parfois,
Elle étend les doigts,
Et touche l’air illuminé qui tremble,
Car la lumière et l’air ressemblent à la mer.
Et elle est triste, et parfois pleure.
Je veux la déposer, doucement, dans le fleuve,
Mon beau fleuve d’Eden, dont les divines eaux
S’en retournent parmi la chanson des roseaux
Vers la mer infinie, afin qu’il la ramène,
Heureuse et consolée, à ses soeurs les sirènes,
Et qu’elle joue encor, devant son miroir bleu,
A peigner en chantant ses longs et beaux cheveux,
Qu’ont effleurés, ce soir, quelques roses mortelles,
Et ces baisers humains que mes lèvres y mêlent.
(Charles Van Lerberghe)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2013
Parmi les marronniers…
Parmi les marronniers, parmi les
Lilas blancs, les lilas violets,
La villa de houblon s’enguirlande,
De houblon et de lierre rampant.
La glycine, des vases bleus pend ;
Des glaïeuls, des tilleuls de Hollande.
Chère main aux longs doigts délicats,
Nous versant l’or du sang des muscats,
Dans la bonne fraîcheur des tonnelles,
Dans la bonne senteur des moissons,
Dans le soir, où languissent les sons
Des violons et des ritournelles.
Aux plaintifs tintements des bassins
Sur les nattes et sur les coussins,
Les paresses en les flots des tresses.
Dans la bonne senteur des lilas
Les soucis adoucis, les coeurs las
Dans la lente langueur des caresses.
(Jean Moréas)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2013

Les roses que j’aimais …
Les roses que j’aimais s’effeuillent chaque jour ;
Toute saison n’est pas aux blondes pousses neuves ;
Le zéphyr a soufflé trop longtemps ; c’est le tour
Du cruel aquilon qui condense les fleuves.
Vous faut-il, allégresse, enfler ainsi la voix,
Et ne savez-vous point que c’est grande folie,
Quand vous venez sans cause agacer sous mes doigts
Une corde vouée à la mélancolie ?
(Jean Moréas)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2013

Au temps de ma jeunesse …
Au temps de ma jeunesse, harmonieuse lyre,
Comme l’eau sous les fleurs, ainsi chantait ta voix ;
Et maintenant, hélas ! C’est un sombre délire :
Tes cordes en vibrant ensanglantent mes doigts.
Le calme ruisselet traversé de lumière
Reflète les oiseaux et le ciel de l’été,
Ô lyre, mais de l’eau qui va creusant la pierre
Au fond d’un antre noir, plus forte est la beauté.
(Jean Moréas)
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