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Poésie

Articles Tagués ‘éclairer’

Mal à l’homme (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



Gurbuz Dogan Eksioglu Turk 

Mal à l’homme

J’ai mal à la vie j’ai mal à l’homme
j’ai mal aux années que je n’ai pas vécues
j’ai mal à ma flamme moribonde
et aux hirondelles qui volent trop bas

J’ai mal à mes pavés qui ont des arêtes
aux vagabondages sans auberge
aux nuits qui n’éclairent pas leurs portes
et aux routes que barrent des écriteaux

J’ai mal aux bouches où s’égare le rire
aux chants qui cherchent des clairières
j’ai mal à la lourdeur de leurs pas
et à nos différences

J’ai mal à leurs ventres qui sont vides
j’ai mal aux creux qu’ils ont dans la joue
j’ai mal à notre liberté qui s’effile
à la haine qui va consumer
à l’amour aux rives du désert

J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas
j’ai mal aux frontières en uniforme
au répit qu’ils ne savent pas prendre
à la joie esseulée et folle sur terre
qui n’arrive pas à pavoiser leurs dents

J’ai mal au monde entier
qui oublie l’exemple des moissons
et la liesse des guirlandes
j’ai mal à toutes les vies
parce qu’elles sont coiffées de mort

J’ai mal à l’avenir coincé dans les cavernes
à mon âme qui n’accepte pas
à mon corps qui n’a pas tout son soûl
et à ceux qui vont venir
et à ceux qui vont partir

car ils laissent les champs aux broussailles
et les oiseaux avoir peur du ciel

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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Rendez-moi le cerisier porte-feu (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013



 

Fuyuko Matsui promenade

Rendez-moi le cerisier porte-feu riant de toutes ses braises,
ma grenouille verte et le cricri du logis.
Rendez-moi l’arc-en-ciel, le jet d’eau, l’hortensia et ses flammes corymbes.
Les yeux des pensées, les brugnons lumineux et la rose rouge
réchauffant son parfum dans le jour.
Rendez-moi le sens de ma floraison devant l’héliotrope.
Rendez-moi l’Enfant et la Vierge de lumière.
Rendez-moi le mimosa, la paix et l’arbre du Bien.
Rendez-moi le bengali dont les notes m’éclairent.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Fuyuko Matsui

 

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Une nuit je pris entre mes mains ton visage (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013



Une nuit je pris entre mes mains
ton visage. La lune l’éclairait.
Ô la plus insaisissable des choses
sous un excès de pleurs.

C’était presque un objet docile, simplement là,
calme comme une chose, à le tenir.
Et cependant il n’était pas, dans la froide
nuit, d’être qui m’échappât plus infiniment.

***

Einmal nahm ich zwischen meine Hände
dein Gesicht. Der Mond fiel darauf ein.
Unbegreiflichster der Gegenstände
unter überfließendem Gewein.

Wie ein williges, das still besteht,
beinah war es wie ein Ding zu halten.
Und doch war kein Wesen in der kalten
Nacht, das mir unendlicher entgeht.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Cette lumière (Adonis)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013


enfant

Cette lumière qui m’éclaire sans cesse
est toujours une enfant

(Adonis)

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Ecouter (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 4 mai 2013



 

Il y a ce qui rassure
et dort au coeur de la chose
on l’écoute
dans la boucle du fleuve
dans la houille éclairant
de ses brasiers
le corps de la jeune fille
qui s’expose à la vie
dans la ramure et le jour clair
ou dans la nuit poignante.

(Jean Follain)

 

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MA BIBLIOTHÈQUE (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Harriet Backer Bibliothèque  013

MA BIBLIOTHÈQUE

Que l’OEuvre n’ait pas conscience
d’elle-même ; qu’elle ne comprenne pas, ah,
sa beauté !

— Le soleil n’a pas non plus conscience de soi,
et envions-nous son immortalité ? —

Ah, livres
si seuls, quand je les abandonne
— seul les éclaire le soleil, lent et aveugle —
et que mes yeux ne les réunit plus!

***

BIBLIOTECA MÍA

¡Que la Obra no se sienta
a sí misma; que no comprenda ¡ay!
su hermosura!

—¿Tampoco el sol se siente,
y lo envidiamos inmortal?—

¡Ay,libros
solos, cuando me voy de ellos
—el sol se queda, lento y ciego, iluminándolos
y no los uno con mis ojos—!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Harriet Backer

 

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Choses que tu vas m’éclairer (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



rainbow-on-a-evening-shower-wallpaper

Choses que tu vas m’éclairer
— toujours vues, sans être vues — ;
choses que je dois voir
en toi, lumière de chaque jour !

***

¡Cosas que me has de alumbrar
—vistas siempre, sin ser vistas—;
cosas que tengo que ver
en ti, luz de cada día!

(Juan Ramón Jiménez)

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Je pleure les lèvres fanées (Maurice Maeterlinck)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Aaron Coberly 1971 - American Figurative Impressionist painter -   (5)

Je pleure les lèvres fanées
Où les baisers ne sont pas nés
Et les désirs abandonnés
Sous les tristesses moissonnées.

Toujours la pluie à l’horizon !
Toujours la neige sur les grèves !
Tandis qu’au seuil clos de mes rêves
Des loups couchés sur le gazon.

Observent en mon âme lasse.
Les yeux ternis dans le passé,
Tout le sang autrefois versé
Des agneaux mourants sur la glace.

Seule la lune éclaire enfin
De sa tristesse monotone,
Où gèle l’herbe de l’automne,
Mes désirs malades de faim.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Aaron Coberly

 

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Il n’est pas de geste plus pur que de jeter quelque chose au vide (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 1 avril 2013



Il ne reste plus rien où aller.
Sommes-nous jamais allés quelque part?

Il ne reste qu’à sortir chacun de soi.
Ou à entrer comme si on sortait.

Ou à élever une parole neuve,
à se hisser sur elle
en attendant que le courant l’emporte.

Et si le courant lui aussi
nulle part n’emporte,
à jeter la parole au vide,
comme un emblème
de tout ce qui n’existe pas.

Il n’est pas de geste plus pur
que de jeter quelque chose au vide.

Au surplus, divers degrés d’inexistence
en se rencontrant peuvent éclairer peut-être
un peu d’existence où aller.

(Roberto Juarroz)


Illustration

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Où (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 19 mars 2013



Où la lumière n’éclaire
plus qu’elle
où l’âme
s’abandonne à l’absence

Là où se tient
ce qui ne parle n’écrit
ni se tait
ne repousse ni fait signe


ce qu’on appelle amour
dérange sans fin
ce que la mort voulait
si bien ranger

(Werner Lambersy)


Illustration: Pascal Renoux

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