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Articles Tagués ‘embellir’

Rêve d’une femme (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2013



 

John Byam Liston Shaw  1

Rêve d’une femme

Veux-tu recommencer la vie ?
Femme, dont le front va pâlir,
Veux-tu l’enfance, encor suivie
D’anges enfants pour l’embellir ?
Veux-tu les baisers de ta mère
Echauffant tes jours au berceau ?
- "Quoi ? mon doux Eden éphémère ?
Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau !"

Sous la paternelle puissance
Veux-tu reprendre un calme essor ?
Et dans des parfums d’innocence
Laisser épanouir ton sort ?
Veux-tu remonter le bel âge,
L’aile au vent comme un jeune oiseau ?
- "Pourvu qu’il dure davantage,
Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau !"

Veux-tu rapprendre l’ignorance
Dans un livre à peine entr’ouvert :
Veux-tu ta plus vierge espérance,
Oublieuse aussi de l’hiver :
Tes frais chemins et tes colombes,
Les veux-tu jeunes comme toi ?
- "Si mes chemins n’ont plus de tombes,
Oh ! oui, mon Dieu ! rendez-les moi !"

Reprends-donc de ta destinée,
L’encens, la musique, les fleurs ?
Et reviens, d’année en année,
Au temps qui change tout en pleurs ;
Va retrouver l’amour, le même !
Lampe orageuse, allume-toi !
"- Retourner au monde où l’on aime…
O mon Sauveur ! éteignez-moi !"

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: John Byam Liston Shaw

 

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Les regrets (Nicolas-Germain Léonard)

Publié par arbrealettres le 5 juin 2013



Carry Akroyd river-landscape

Les regrets

Pourquoi ne me rendez-vous pas
Les doux instants de ma jeunesse ?
Dieux puissants ! ramenez la course enchanteresse
De ce temps qui s’enfuit dans la nuit du trépas !
Mais quelle ambition frivole !
Ah ! dieux ! si mes désirs pouvaient être entendus,
Rendez-moi donc aussi le plaisir qui s’envole
Et les amis que j’ai perdus !

Campagne d’Arpajon ! solitude riante
Où l’Orge fait couler son onde transparente !
Les vers que ma main a gravés
Sur tes saules chéris ne sont-ils plus encore ?
Le temps les a-t-il enlevés
Comme les jeux de mon aurore ?
Ô désert ! confident des plus tendres amours !
Depuis que j’ai quitté ta retraite fleurie,
Que d’orages cruels ont tourmenté mes jours !

Ton ruisseau dont le bruit flattait ma rêverie,
Plus fidèle que moi, sur la même prairie,
Suit constamment le même cours :
Ton bosquet porte encore une cime touffue
Et depuis dix printemps, ma couronne a vieilli,
Et dans les régions de l’éternel oubli
Ma jeune amante est descendue.

Quand irai-je revoir ce fortuné vallon
Qu’elle embellissait de ses charmes ?
Quand pourrai-je sur le gazon
Répandre mes dernières larmes ?
D’une tremblante main, j’écrirai dans ces lieux
" C’est ici que je fus heureux ! "

Amour, fortune, renommée,
Tes bienfaits ne me tentent plus ;
La moitié de ma vie est déjà consumée,
Et les projets que j’ai conçus
Se sont exhalés en fumée :
De ces moissons de gloire et de félicité
Qu’un trompeur avenir présentait à ma vue,
Imprudent ! qu’ai-je rapporté ?
L’empreinte de ma chaîne et mon obscurité :
L’illusion est disparue ;

Je pleure maintenant ce qu’elle m’a coûté ;
Je regrette ma liberté
Aux dieux de la faveur si follement vendue.
Ah ! plutôt que d’errer sur des flots inconstants,
Que n’ai-je le destin du laboureur tranquille !
Dans sa cabane étroite, au déclin de ses ans,
Il repose entouré de ses nombreux enfants ;
L’un garde les troupeaux ; l’autre porte à la ville
Le lait de son étable, ou les fruits de ses champs,
Et de son épouse qui file
Il entend les folâtres chants.

Mais le temps même à qui tout cède
Dans les plus doux abris n’a pu fixer mes pas !
Aussi léger que lui, l’homme est toujours, hélas !
Mécontent de ce qu’il possède
Et jaloux de ce qu’il n’a pas.
Dans cette triste inquiétude,
On passe ainsi la vie à chercher le bonheur.
A quoi sert de changer de lieux et d’habitude
Quand on ne peut changer son coeur ?

(Nicolas-Germain Léonard)

Illustration: Carry Akroyd

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Dialogue (Adamis Jamyn)

Publié par arbrealettres le 3 juin 2013



 

Adamov Alexey

Dialogue

Où sont tant de beautés que le printemps avait,
Ornement des jardins et des molles prairies ?
Où sont toutes les fleurs des campagnes fleuries ?
Où est le temps serein qui les coeurs émouvait ?

Où est le doux plaisir qui dans l’âme pleuvait
Durant les jeunes mois ? par qui les fantaisies
Des esprits généreux célestement nourries
Admiraient les effets que nature pouvait ?

Ces beautés maintenant mortes dessus la terre
Vivent en Artémis, qui les garde et les serre
Pour embellir ce tout de mille biens divers :

La face du printemps de là se renouvelle,
Le soleil y emprunte une clarté plus belle,
Et c’est le paradis de ce grand univers.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Adamov Alexey

 

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APPROCHES (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 20 février 2013



 

Alberto Donaire doza-ana

APPROCHES

La poésie n’est pas une manière d’embellir l’existence.
Elle répugne à ce qui est mièvre, ou de l’ordre de la joliesse et de l’ornement.
Elle n’est pas simple divertissement, bien qu’elle concerne
aussi le « Jeu » ; mais là où les mots « jouent » à bousculer nos ancrages.
Là où « jouer » inverse ou renverse l’apparence, la fait pivoter.

*

Il faut au poète une fenêtre sur l’inconnu, un espace que ne gouverne
aucune structure rigide, aucun dogme.
Un regard qui embrasse de vastes et multiples horizons.

*

Définir la poésie est hors de question. Avec sa charge de réel et d’irréel,
son poids de rêve et de quotidien, celle-ci nous devancera toujours.

*

À la question : « Pourquoi écrivez-vous ? »,
Saint-John Perse répond : « Pour mieux vivre. »
C’est ainsi que je le ressens. La poésie multiplie nos chemins ;
nous donne à voir, à respirer, à espérer. Nous offre à la fois
nudité, profondeur et largesse.

(Andrée Chedid)

Illustration: Alberto Donaire

 

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Constatation (Esther Granek)

Publié par arbrealettres le 6 février 2013



 

Cayetano de Arquer 29_n

Constatation

Je n’ai que moi
En chaque jour
Pour accueillir l’aube nouvelle
Mais dès qu’au songe je m’attèle
Je n’ai que toi

Je n’ai que moi
Pour encaisser
De toute la vie les escarres
Mais dès qu’en rêve je m’égare
Je n’ai que toi

Je n’ai que moi
Lorsque j’épie
De l’avenir l’heure qui chante
Mais dans mes prières ardentes
Je n’ai que toi

Je n’ai que toi
Pour m’éblouir
Et pour embellir les images
Mais dès que j’ai tourné les pages
Je n’ai que moi

(Esther Granek)

Illustration: Cayetano de Arquer

 

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UN BEAU POÈME (Maurice Couquiaud)

Publié par arbrealettres le 10 janvier 2013



 

UN BEAU POÈME

Un beau poème peut offrir aux murs de la réalité le pouvoir
des mots grimpants.
C’est sa façon de les embellir qui aide à les franchir.

*

Si je pouvais glisser un message dans le poème,
ce serait celui d’un charme secrètement inclus
dans la beauté du geste qu’il ne peut faire,
… mais qu’il suggère.

*

La vérité est rarement nue.
Elle aime les vêtements régionaux et les modes historiques.
C’est en tressant des ombres qu’elle habille nos certitudes.

*

S’attacher au néant, c’est, par méconnaissance, refuser
d’accorder plusieurs pentes à l’avenir.

*

Les gestes et les mots peuvent avoir une lointaine portée d’ogive.
L’amour est une arme de construction massive.

(Maurice Couquiaud)

 

 

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Vers moi-même (Léa Goldberg)

Publié par arbrealettres le 26 mai 2012



 

Vers moi-même

Les années ont fardé mon visage
avec la mémoire des amours
et elles ont paré ma tête de tendres fils d’argent
jusqu’à m’embellir si fort.

Dans mes yeux se reflètent
les paysages.
Et les chemins que j’ai traversés
ont rendu droit mes pas
fatigués et beaux.

Si tu me voyais maintenant
tu ne reconnaîtrais plus les jours d’avant -
je vais vers moi-même
avec mon visage que tu recherchais en vain
quand je suis venue chez toi.

(Léa Goldberg)

Illustration: Victor Bauer

 

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L’Etoile de Vénus (José-Maria de Heredia)

Publié par arbrealettres le 25 avril 2012



Contre l’amour on déclame aujourd’hui
Laissons gronder la vieillesse morose:
Vit-on jamais le printemps sans la rose? -
L’étoile d’or a brillé dans la Nuit.

Son doux rayon plus doux qu’une caresse
Fait oublier le monde et son ennui -
- C’est le regard de ma blonde maîtresse -
Vénus amie à l’horizon a lui.

La clarté pure embellit toute chose
Et quand ma belle entre mes bras repose
Toute mon âme en longs baisers s’enfuit.

Enivrons-nous de l’amoureuse ivresse,
Mordons aux fruits dorés de la jeunesse,
L’amour est tout, car tout nous vient de lui.

(José-Maria de Heredia)

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Prière au Printemps (René-François Sully Prudhomme)

Publié par arbrealettres le 8 novembre 2011




Prière au Printemps

Toi qui fleuris ce que tu touches,
Qui, dans les bois, aux vieilles souches
Rends la vigueur,
Le sourire à toutes les bouches,
La vie au cœur ;

Qui changes la boue en prairies,
Sèmes d’or et de pierreries
Tous les haillons,
Et jusqu’au seuil des boucheries
Mets des rayons !

Ô printemps, alors que tout aime,
Que s’embellit la tombe même,
Verte au dehors,
Fais naître un renouveau suprême
Au cœur des morts !

Qu’ils ne soient pas les seuls au monde
Pour qui tu restes inféconde,

Saison d’amour !
Mais fais germer dans leur poussière
L’espoir divin de la lumière
Et du retour !

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Il s’offre de temps en temps (Jean Aron)

Publié par arbrealettres le 8 septembre 2011


Jérôme Bosch Le vagabond (le fils perdu)

 

Il s’offre de temps en temps
quelque beau pan de ciel
qu’il décroche des nuages,
il embellit ainsi
le chemin caillouteux
de son errance.

(Jean Aron)

 

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