Zéphyre bien souvent de votre poil se joue,
Pillant sous ce prétexte un baiser amoureux :
Et des ondes qu’il fait flotter sur votre joue,
Un Pactole prend source en l’or de vos cheveux.
Cheveux petites rets, Cupidon vous avoue
De me prendre le coeur : que ce coeur est heureux
Alors que je vous baise, alors que je vous loue,
Cheveux qui l’achevez de le rendre amoureux.
Beaux cheveux, filets d’or, rayons d’ambre et de flamme,
Doux geôliers de mon coeur, doux chaînons de mon âme,
Si par travail s’acquiert votre riche toison :
Et aux feux et aux fers j’exposerai ma vie ;
Puis retournant vainqueur du dragon de l’envie,
Mériterai-je pas d’en être le Jason ?
Vois-tu venir sur le chemin la lente, l’heureuse,
celle que l’on envie, la promeneuse?
Au tournant de la route il faudrait qu’elle soit
saluée par de beaux messieurs d’autrefois.
Sous son ombrelle, avec une grâce passive,
elle exploite la tendre alternative:
s’effaçant un instant à la trop brusque lumière,
elle ramène l’ombre dont elle s’éclaire.
Ils m’ont menti, ceux qui m’ont dit un jour je serais plus tranquille.
Ils m’ont trompée.
Rien ne meurt avec l’âge.
Ni l’envie d’amour, ni celle des baisers.
Et mon coeur fou me fait parfois oublier ce corps encombrant alourdi par les ans.
Si facilement séduit pourtant, si passe de trop près, un homme aux yeux trop doux.
Et je tressaille du même désir, cent fois retrouvé, quand un danseur me chavire, ses doigts agrafés à mon cou.
Quelle chaleur soudain m’envahit à un éclat de rire?
Me donne envie de mordre à pleines dents ces lèvres heureuses?
Ils m’ont menti.
Je ne fais deuil de rien.
J’ai dans mes jambes des envies de courses à perdre haleine
dans les broussailles inondées de soleil, vert et ciel mélangés, cheveux défaits, épaules nues au vent.
Des envies de culbutes aux membres emmêlés.
De baisers dont la saveur serait celle de la pulpe des mangues, et m’empliraient la bouche de leur sirop de miel.
D’une langue qui aurait la fraîcheur de l’eau d’une fontaine.
J’ai des envies de sexes durs comme du verre.
Des envies de peau chaude et d’aisselles dont je lècherais le sel, et plus bas encore dans l’odeur de fougère.
Je rêve à la brûlure si douce du sable à la plante des pieds.
Du cri arraché au plaisir comme celui de l’oiseau soudain désencagé.
J’ai dans mes mains des envies de caresses, dans mes oreilles le doux gémir qui suit une nuque frôlée.
Et vous passez sans me voir, laissant flotter autour de moi votre parfum de bête libre.
Sans savoir que mes yeux vous ont déjà appuyé contre ce mur, et mes bras cadenassé votre corps.
Que je vous ai de la tête aux pieds, comme une menthe, sucé.
N’avez-vous pas senti mes doigts dans vos cheveux?
Et du plus loin que je me garde, très loin de vous, lorsque je vous regarde, ne sentez-vous pas cette jouissance qui roule en moi?
Vous ne savez donc pas qu’ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour, je serais plus tranquille?
Laissez les portes ouvertes,
cette nuit, s’il lui prend
l’envie, cette nuit, de venir,
car il est mort.
Que tout reste ouvert,
pour voir si nous ressemblons
à son corps ; voir si nous sommes
quelque chose de son âme,
livrés à l’espace tout entier ;
pour voir si le grand infini,
nous envahissant, nous rejette
hors de nous ; si nous mourons
un peu ici ; et si là, en lui,
nous vivons un peu.
Que reste ouverte
toute la maison, comme si
il était là, corps présent,
dans la nuit d’azur,
avec nous en guise de sang,
avec les étoiles pour fleurs !
***
Dejad las puertas abiertas,
esta noche, por si él
quiere, esta noche, venir,
que está muerto.
Abierto todo,
a ver si nos parecemos
a su cuerpo; a ver si somos
algo de su alma, estando
entregados al espacio;
a ver si el gran infinito
nos echa un poco, invadiéndonos,
de nosotros; si morimos
un poco aquí; y allí, en él,
vivimos un poco.
¡Abierta
toda la casa, lo mismo
que si estuviera de cuerpo
presente en la noche azul,
con nosotros como sangre,
con las estrellas por flores!
Peut-être que quelqu’un, que quelques-uns
veulent savoir
quelque chose de moi.
Je m’interdis
de parler de mes peines.
Encore jeune, presque vieux
et suivant mon chemin
je ne puis
sans
épines
couronner
mon coeur
qui a tant
travaillé,
mes yeux
qui ont exploré la tristesse
et sont revenus sans pleurs
des embarcations
et des îles.
Je vais vous raconter comment
quand je suis né
les hommes, mes amis,
aimaient
la solitude, l’air
le plus lointain,
et la vague aux sirènes.
Je suis revenu
des
archipels,
je suis revenu des jasmins,
du désert,
pour être,
être,
être,
avec d’autres êtres,
et quand j’ai été,
non pas ombre ni évadé,
un humain, j’ai reçu les chargements
du coeur humain,
les perfides cailloux
de l’envie,
l’ingratitude servile de chaque jour.
Reviens, Monsieur, susurrent
de plus en plus lointaines les sirènes :
elles fouettent l’écume
et coupent de leur queue
argentée
la transparente
mer
des souvenirs.
Nacre et lumière mouillées
comme des fruits jumeaux
à la clarté de la lune enivrante.
Ah! et je ferme les yeux.
Le murmure du ciel dit adieu.
Je vais à ma porte recevoir des épines.
L’envie vite
et fort
de hurler
presque vide
Pour retrouver
le poing serré
des poumons
Ce soleil enragé
qui ronge
l’ombre
où tu prononces
L’asparagus léger de l’air
entre les tiges droites
du parfum
Alors qu’il promène
sur l’eau mince du cou
ses mains qui te hissent
en cascades
Ta lenteur de perce-neige
enrochée
au vieux pan de mur
de mon visage
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Quand j’ai envie de rire
Oui je ris aux éclats
J’aime celui qui m’aime
Est-ce ma faute à moi
Si ce n’est pas le même
Que j’aime chaque fois
Je suis comme je suis
Je suis faite comme ça
Que voulez-vous de plus
Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire
Et n’y puis rien changer
Mes talons sont trop hauts
Ma taille trop cambrée
Mes seins beaucoup trop durs
Et mes yeux trop cernés
Et puis après
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Je suis comme je suis
Je plais à qui je plais
Qu’est-ce que ça peut vous faire
Ce qui m’est arrivé
Oui j’ai aimé quelqu’un
Oui quelqu’un m’a aimée
Comme les enfants qui s’aiment
Simplement savent aimer
Aimer aimer…
Pourquoi me questionner
Je suis là pour vous plaire
Et n’y puis rien changer.
Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour