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Poésie

Articles Tagués ‘étranger’

Rêve (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Rêve

Oh ! la fleur de lys !
La noble fleur blanche,
La fleur qui se penche
Sur nos fronts pâlis !

Son parfum suave
Plus doux que le miel
Raconte le ciel,
Console l’esclave.

Son luxe éclatant
Dans la saison douce
Pousse, pousse, pousse.
Qui nous orne autant ?

La rose est coquette ;
Le glaïeul sanglant
Mais le lys est blanc
Pour la grande fête.

Oh! le temps des rois,
Des grands capitaines,
Des phrases hautaines
Aux étrangers froids !

Le printemps s’apprête ;
Les lys vont fleurir.
Oh ! ne pas mourir
Avant cette fête.

(Charles Cros)

 

 

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Parfois, je sens comme la rose que je serai un jour (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 28 avril 2013



 

Júlia Fernández Sánchez 0723

Parfois, je sens
comme la rose
que je serai un jour, comme l’aile
que je serai un jour ;
et un parfum m’enveloppe, étranger et mien,
mien et de rose ;
et me prend une errance, étrangère et mienne,
mienne et d’oiseau.

***

A veces, siento
como la rosa
que seré un día, como el ala
que seré un día;
y un perfume me envuelve, ajeno y mío,
mío y de rosa;
y una errancia me coje, ajena y mía,
mía y de pájaro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Júlia Fernández Sánchez

 

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Parfois, je sens (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 27 avril 2013



 

Jeanie Tomanek kore

Parfois, je sens
comme la rose
que je serai un jour, comme l’aile
que je serai un jour;
et un parfum m’enveloppe, étranger et mien,
mien et de rose;
et me prend une errance, étrangère et mienne,
l’errance d’un oiseau.

***

A veces, siento
como la rosa
que seré un día, como el ala
que seré un día;
y un perfume me envuelve, ajeno y mío,
mío y de rosa;
y una errancia me coje, ajena y mía,
mía y de pájaro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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UNE PETITE FILLE PERDUE (William Blake)

Publié par arbrealettres le 26 avril 2013




UNE PETITE FILLE PERDUE

Enfants de l’âge futur,
Lisant ces vers indignés,
Apprenez que, fut un temps,
Amour, le doux amour, fut tenu pour un crime.

Dans le temps de l’Âge d’Or,
Du froid de l’hiver exempts,
Gars et filles, rayonnant
Á la lumière sacrée,
S’ébattent nus aux rayons du soleil.

Un jour un couple de jeunes,
Empli du plus doux souci,
Se rencontre au beau jardin
Où la lumière sacrée
Venait d’ouvrir les rideaux de la nuit.

Là, dans le jour qui se lève,
Ils jouent tous les deux dans l’herbe ;
Les parents étaient au loin,
Aucun étranger ne vint,
Et la vierge eut tôt fait d’oublier ses frayeurs.

Puis, repus de doux baisers,
Ils se donnent rendez-vous
A l’heure où, au ciel profond,
Le sommeil sans bruit déferle,
Où pleure le voyageur épuisé.

Et la fille, radieuse,
Vint à son père tout blanc,
Mais l’amour lu dans ses yeux
Fit, comme le Livre Saint,
Trembler d’effroi ses membres délicats.

« Ona, faible et pâle,
A ton père parle.
Quelle peur tremblante,
Quel affreux souci
Secouent les fleurs de ma tête blanchie. »

***

A LITTLE GIRL LOST

Children of the future age,
Reading this indignant page,
Know that in a former time
Love, sweet love, was thought a crime.

In the Age of Gold,
Free from winter’s cold,
Youth and maiden bright
To the holy light,
Naked in the sunny beams delight.

Once a youthful pair,
Filled with softest care,
Met in garden bright,
Where the holy light
Had just removed the curtains of the night.

There in rising day
On the grass they play;
Parents were afar,
Strangers came not near,
And the maiden soon forgot her fear.

Tired with kisses sweet,
They agree to meet
When the silent sleep
Waves o’er heaven’s deep,
And the weary tired wanderers weep.

To her father white
Came the maiden bright,
But his loving look,
Like the Holy Book,
All her tender limbs with terror shook.

`Ona, pale and weak,
To thy father speak.
Oh, the trembling fear,
Oh, the dismal care,
That shakes the blossoms of my hoary hair.’

(William Blake)

Illustration: Raphaëlle Zecchiero

 

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Le temps viendra (Derek Walcott)

Publié par arbrealettres le 20 avril 2013


 


Sylvie Lemelin _Danse Arlequinweb

 

Le temps viendra
où, avec allégresse,
tu t’accueilleras toi-même, arrivant
à ta propre porte
et chacun sourira et souhaitera la bienvenue à l’autre
et dira, assieds-toi là. Mange.
Tu aimeras à nouveau l’étranger que tu étais.
Donne du vin. Donne du pain. Redonne ton coeur
à toi-même, à l’étranger qui t’a aimé
toute ta vie, que tu as ignoré
qui te connaît par coeur.
Assieds-toi, Fais-toi une fête de ta vie.

(Derek Walcott)

Illustration: Sylvie Lemelin

 

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Pour écouter les choses lentes (Jean-Claude Pirotte)

Publié par arbrealettres le 17 avril 2013



pour écouter les choses lentes
l’homme abandonne ses lunettes
sur la table ferme les yeux
et renonce à invoquer Dieu

il est tout entier dans l’attente
du seul instant miraculeux
le pur silence où la musique
des vieux objets se laisse entendre

et s’élève roseau si tendre
dans la poussière famélique
et familière de la chambre

et tournoie comme un air de bal
que le feutre du temps dépose
dans la mémoire, pieux bocal

l’homme abandonne ses lunettes
sur le sable ferme les yeux
et renonce à prier le diable
trop étranger aux choses lentes

autour de lui sont les mouettes
crieuses comme à la marée
les harengères patoisantes
aux mains noires et lumineuses

les enfants désertent la plage
le soir vient (et le vent du large)
l’homme attend son regard aveugle

est l’image de son attente
il attend que les choses lentes
de la nuit naissent dans son coeur

(Jean-Claude Pirotte)

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NOUS SOMMES DES ETRANGERS (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 13 avril 2013



Jeanie Tomanek becomebecoming

 

NOUS SOMMES DES ETRANGERS

Personne ne te connais ici où tu es revenu,
Personne ne t’a vu, tu as disparu,
Comme un mort parmi les morts.

Le visage d’un mort est étrange.

Des ombres passent et nous touchent,
Elles nous dépassent, profils, réverbérations,
Comme en une nuit diaphane et éclairée,
Comme dans l’Hadès où passent les âmes.

Je n’ai point de visage pour paraître,
Je n’ai pas de lumière ; ils n’ont point d’yeux pour me voir,
Ils se penchent sur leur tristesse, regardent
Au-dedans leur tristesse, et sourient.

Nous n’avons pas mis sur notre visage de la fumée noire
Pour ne pas être reconnus être sombres.
Nous n’avons pas nié notre âme.
Nous sommes des étrangers et des inconnus. Des coupables.

Nous sommes faits d’ombre et ne le paraissons pas.

(Georges Themelis)

Illustration: Jeanie Tomanek

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Comme je suis un étranger dans notre vie (Philippe Jaccottet)

Publié par arbrealettres le 4 avril 2013



 

Alberto Donaire 623

Comme je suis un étranger dans notre vie,
je ne parle qu’à toi avec d’étranges mots,
parce que tu seras peut-être ma patrie,
mon printemps, nid de paille et de pluie aux rameaux,

ma ruche d’eau qui tremble à la pointe du jour,
ma naissante Douceur-dans-la-nuit … (Mais c’est l’heure
que les corps heureux s’enfouissent dans leur amour
avec des cris de joie, et une fille pleure

dans la cour froide. Et toi ? Tu n’es pas dans la ville,
tu ne marches pas à la rencontre des nuits,
c’est l’heure où seul avec ces paroles faciles

je me souviens d’une bouche réelle … ) Ô fruits
mûrs, source des chemins dorés, jardins de lierre,
je ne parle qu’à toi, mon absente, ma terre …

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Alberto Donaire

 

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L’ÉTRANGER (Gilles Vigneault)

Publié par arbrealettres le 3 avril 2013



 

L’ÉTRANGER

Ce sont vos bagages
Qui font nos voyages
Nous restons toujours
Dans le lit des jours
L’âme sédentaire
Rivée à la terre
N’y échappe point
Nous n’allons pas loin

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Planètes permises
Faites vos valises
Rien n’est plus ailleurs
Que l’intérieur
Entre neige et pluie
J’ai cherché ma Vie
Des siècles des mois
Elle était chez moi

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Seule à sa fenêtre
A regarder naître
D’octobre en avril
Les fleurs du grésil

Vivante d’attendre
La flamme est à vendre
Me voici songeur
Pauvre voyageur…

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Était-ce une femme
Était-ce ton âme
En tous ses atours
Guettant ton retour
Et ce coeur nomade
Qui bat la chamade
Au moindre départ
Est-il en retard ?

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Amour est mon guide
J’arrive mains vides
J’arrive de nuit
Mûri comme un fruit
Tombé des étoiles
J’arrive à la voile
Le coeur en danger
Comme un étranger

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond de ton soulier

(Gilles Vigneault)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Rien n’obscurcira la beauté de ce monde (Ilarie Voronca)

Publié par arbrealettres le 16 mars 2013




Rien n’obscurcira la beauté de ce monde
Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance
Peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret,
L’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre,
La lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu
Le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami
Et les veilles auprès du mourant. Et le retour
Vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse
Abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger,
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner
Mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? »
Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles
Sombres, recouvraient les jardins à mon approche
La femme aimée tournait de loin sa face aveugle
Mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres,
La charrue dans le champ comme un soleil levant,
Félicité, rivière glacée, qui au printemps
S’éveille et les voix. chantent dans le marbre
En haut des promontoires flotte le pavillon du vent
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper,
Si l’on se donne au désarroi on est perdu.
Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle.

Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant,
Rappelle-toi les douces rencontres, les serments,
Car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

Il faudra jeter bas le·masque de la douleur,
Et annoncer le temps de l’homme, la bonté,
Et les contrées du rire et la quiétude
Joyeux; nous marcherons vers la dernière épreuve
Le front dans la clarté, libation de l’espoir,
Rien n’obscurcira la beauté de ce monde.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Gilbert Garcin

Emprunté chez Lara, merci pour la découverte ici

 

 

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