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Poésie

Articles Tagués ‘faim’

Chanson de l’attente (Bernard Lorraine)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Chanson de l’attente

Chaque arbre attend un oiseau
Chaque fontaine une soif
Chaque bouche espère une eau
L’angoisse appelle une angoisse.

Chaque cave attend son vin
Chaque aurore son soleil
Chaque main cherche une main
Chaque parole une oreille.

Moi qui attendais si peu
Moi qui n’espérais plus rien
Tu m’as donné mes seuls biens:
Ta faim ta soif et ton feu.

(Bernard Lorraine)


Illustration: Tamara Lunginovic

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Le laboureur du soleil (Tahar Bekri)

Publié par arbrealettres le 12 mai 2013




Le laboureur du soleil

J’ai pris
tes cheveux un à un
j’ai tissé une barque

Dans la brise de tes yeux
j’ai navigué vers les îles
aux tulipes bleues

Il neigeait
sur les coquelicots
de tes lèvres

Triste
était l’enfant
qui avait faim

Il pleuvait
des étoiles
sur le toit de mon coeur

J’ai pris
ta main de lune
et j’ai fait un pain

(Tahar Bekri)

 

 

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Plus compagne que son vêtement (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013


 


 

Akzhan Abdalieva -  (37)

… plus compagne que son vêtement
Elle était en candeur avec sa foulée
Elle était son jardin refuge et son jardin limpide des confins
Et elle comprenait qu’il avait faim au-delà du pain

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Akzhan Abdalieva

 

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Je pleure les lèvres fanées (Maurice Maeterlinck)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Aaron Coberly 1971 - American Figurative Impressionist painter -   (5)

Je pleure les lèvres fanées
Où les baisers ne sont pas nés
Et les désirs abandonnés
Sous les tristesses moissonnées.

Toujours la pluie à l’horizon !
Toujours la neige sur les grèves !
Tandis qu’au seuil clos de mes rêves
Des loups couchés sur le gazon.

Observent en mon âme lasse.
Les yeux ternis dans le passé,
Tout le sang autrefois versé
Des agneaux mourants sur la glace.

Seule la lune éclaire enfin
De sa tristesse monotone,
Où gèle l’herbe de l’automne,
Mes désirs malades de faim.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: Aaron Coberly

 

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Le Dragon bouge (Victor Segalen)

Publié par arbrealettres le 17 avril 2013



Le Dragon bouge:
le brouillard aussitôt crève
et je jour croît.
Une rosée nourrissante remplit la faim.
On s’extasie comme à l’orée d’un printemps
inespérable.

(Victor Segalen)

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Peindre le désert (Simone Dufay)

Publié par arbrealettres le 14 avril 2013



Peindre le désert
le silence des caravanes
sans soif ni faim
en marche
plus loin…

(Simone Dufay)

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HYMENES (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 13 avril 2013



 

Renata Ratajczyk_Celestial_Ecstasy___1-cr

HYMENES

Dense, inévitable, parfaite destinée de l’amour
Et de la mort : conquête au début et puis abandon
Montée au début, descente après
Chute du corps et tristesse de l’âme,
Lorsque la solitude s’ouvre et qu’elle avale
Des os humiliés, entassés,

L’amour vient et se joue de nous,
Comme un dieu ou un démon.
ll nous déshabille sans honte et sans peur,
Il nous laisse nus pour que nous ayons froid
A jeune pour que nous ayons faim,
Comme au jugement dernier.

Nous avons faim de sa faim, froid de sa nudité.

L’amour arrive et nous transforme.

Ombre dans l’ombre
Silence dans un autre silence.

Nos lèvres sentent le printemps
Une odeur de terre, nos poitrines la pomme mûre.

L’amour émerge des jardins des morts.

Nos membres tremblent comme nos entrailles
Ils ont une fièvre d’incendie.
Celle des vols effrayés, des animaux qui courent,
Et la palpitation d’une mer agitée
Des vagues de fond remodelées
Et la nage nocturne du poisson dans les abîmes.

Les cheveux resplendissent sur les oreillers,
Les mains brillent dans l’ivresse de l’amour,
Des doigts palpent aveuglement la chair.

L’amour s’élève jusqu’au niveau des âmes
De poitrine en poitrine, comme sur une échelle
Les âmes ne peuvent point parler,
Elles n’ont pas de langage, mais du silence,
Etonnement secret et tristesse,
Souvenir et terreur du vide.

Elles ne peuvent que refléter,
Mouvoir les doigts,
Entr’ouvrir les yeux et les lèvres.

Se contempler l’une l’autre,comme dans un miroir.

(Georges Themelis)

Illustration: Renata Ratajczyk

 

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NOUS NE NOUS ASSOUVIRONS… (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 13 avril 2013



 

Olivier Valsecchi  1

NOUS NE NOUS ASSOUVIRONS…

Nous ne nous assouvirons jamais, mon âme,
De pain et lumière, de sommeil et d’amour.
La lumière insatiable, l’amour inassouvi.
Nous ne rassasierons jamais la privation,
Nous mangerons et nous aurons faim, puis nous aurons soif.

Nos arbres seront pareils à des corps
Mutilés, chétifs, à demi éclairés,
Partagés entre ténèbres et lumière,
Entre la négation et l’affirmation.

Comme s’ils cherchaient encore plus de lumière dans la lumière.

Notre demeure sera à demi obscurcie
Dans l’immobile infini du temps.
Comme si elle n’était pas comblée de son et de mémoire
Comme si elle n’était pas rassasiée de tout le sommeil
Dans le sommeil où nous avons dormi

Nous ne nous assouvirons jamais, mon âme.

(Georges Themelis)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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QUAND J’OUVRE LES YEUX (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 13 avril 2013



 

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QUAND J’OUVRE LES YEUX

Quand j’ouvre les yeux, je vois mes yeux,
Quand je remue les mains, je les gouverne
Mes vrais yeux et mes vraies mains.

Je lave et baigne tout ton corps.
Je l’enroule dans un drap blanc et propre.
Je l’oins de parfums, d’huiles aromatiques
Pour que soit moins sensible la terrible odeur,
La mauvaise odeur de la mort quotidienne.

Si le vent t’éblouit, si le soleil te brunit,
Je prends de l’eau et lave ton visage.
J’en fais un miroir, je le pare de lumière, je lui ferme
les lèvres
Avec un sourire, avec le silence.

Avec des fleurs j’ornerai tes habits de mort,
Avec des gémissements je te pleurerai.

Pour te vêtir, je n’ai pas de manteau royal,
De brillants ornements de pourpre et de prix.

Je te mets mes chaussures pour que tu ne sois pas
Pieds nus sur la terre, pour qu’on entende nos pas
Résonner, qu’on entende notre fuite dans la nuit.

Je t’habille avec mes vêtements et mes chemises
Pour que tu sois vêtue et sembles exister
Pour que nous voyions et qu’on nous regarde, pour
que nous soyons beaux et purs.

Comme fard je te mets le mien : honte et chagrin.

Si ma mine ne te va pas, je la changerai,
Je me farderai les joues, je me ferai d’autres yeux.
Si elles ne te vont pas, je me couperai les mains.

Si mon coeur est gênant, je l’enlèverai,
Je le placerai afin qu’il batte différemment.

Tu n’es pas une bête et pourtant tu as faim.
Tu n’es pas un Ange et pourtant tu sens
Que tu as de grandes ailes, une beauté infinie.

Nous avons l’air d’avoir faim et soif
Naissance et mort nous séparent
Et les animaux nous entraînent ; les vents nous soufflent.

Nous sommes d’ombre et de lumière, de terre et de curiosité.

Tu es forcé de marcher et de ne t’arrêter
Nulle part, de traverser le vide et le néant.
Tu es forcé de fermer ta porte à la nuit,
De douter de ta propre chair, de crier.

Tu es forcé d’affirmer ton visage sur le miroir.

Personne ne peut me toucher, je suis impalpable.
Personne ne peut me refuser, rendre mon visage inutile,
Me couper la chair ou tuer mon âme.

(Georges Themelis)

 

 

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Le Voyage (Baudelaire)

Publié par arbrealettres le 9 avril 2013



Le Voyage

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !

Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où !
Où l’Homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l’œil ! »
Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
« Amour… gloire… bonheur ! » Enfer ! c’est un écueil !

Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.

Ô le pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis ;
Son œil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Dites, qu’avez-vous vu ?

« Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos cœurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

Les plus riches cités, les plus beaux paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !

— La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? — Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !

Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;

Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. »

Et puis, et puis encore ?

« Ô cerveaux enfantins !

Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché :

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
« Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! »

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
— Tel est du globe entier l’éternel bulletin. »

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d’autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le cœur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : « Par ici ! vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé ! c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! »

À l’accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
« Pour rafraîchir ton cœur nage vers ton Électre ! »
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

(Baudelaire)

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