Articles Tagués ‘femme’
Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Locutions des Pierrots
Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme?
Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon coeur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.
Ah! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’monde!
(Jules Laforgue)
Illustration: Raphaël
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Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Notre petite compagne
Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner;
Je ne la fais pas à la pose;
Je suis la Femme, on me connaît.
Bandeaux plats ou crinière folle,
Dites? quel Front vous rendrait fou?
J’ai l’art de toutes les écoles,
J’ai des âmes pour tous les goûts.
Cueillez la fleur de mes visages,
Buvez ma bouche et non ma voix,
Et n’en cherchez pas davantage…
Nul n’y vit clair; pas même moi.
Nos armes ne sont pas égales,
Pour que je vous tende la main.
Vous n’êtes que de naïfs mâles,
Je suis l’Éternel Féminin!
Mon But se perd dans les Étoiles!…
C’est moi qui suis la Grande Isis!
Nul ne m’a retroussé mon voile.
Ne songez qu’à mes oasis…
Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner;
Je ne la fais pas à la pose:
Je suis La Femme! on me connaît.
(Jules Laforgue)
Illustration: Pierre-Yves Vigneron
Publié dans poésie | Tagué: fleur, visage, main, femme, air, école, éternel, folle, connaître, art, posé, féminin, mâle, goût, oasis, compagne, arme, naïf, (Jules Laforgue), retrousser, se gêner | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 22 mai 2013

Maussaderie
A notre époque froide, on ne fait plus l’amour.
Loin des bois endormeurs et loin des femmes nues
Les pauvres vont, cherchant ces sommes inconnues
Que cachent les banquiers, inquiets nuit et jour.
C’était bien bon l’odeur des pains sortant du four,
C’était bien beau, dans l’ouest, l’éclat doré des nues,
Quand les brumes d’automne étaient déjà venues,
Alors qu’on ramenait les boeufs las du labour !
Les aspirations n’étaient pas étouffées,
Et dans la ville heureuse on voyait des trophées,
On entendait sonner la victoire au tambour.
On rêvait d’or, d’azur, de fêtes à la cour,
Et du prince Charmant, filleul des belles fées.
A notre époque froide, on ne fait plus l’amour !
(Charles Cros)
Illustration: Carlo Carra
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Charles Cros), amour, automne, éclat, époque, banquier, bois, brume, endormeur, faire l'amour, fée, femme, filleul, four, froide, inquiet, maussaderie, nue, odeur, pain, somme, sonner, tambour, trophée, victoire, voir | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 22 mai 2013

Moi, je vis la vie à côté
Sonnet
Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : "Comme il est bête !"
En somme, je suis mal coté.
J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.
Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.
J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !
(Charles Cros)
Illustration: Berit Kruger Johnsen
Publié dans poésie, méditations | Tagué: poète, beauté, aimer, feu, femme, temps, vie, marcher, rose, pleurer, allumer, mal, été, pays, vivre, fête, pas, normal, bête, bien, à côté, (Charles Cros), usine, étudier, pitre | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 20 mai 2013

Un couple peuple la berge
C’est l’heure où sur les quais de la Seine
les livres dorment dans les boîtes cadenassées et rêvent de lecteurs aux mains coupées
Un couple s’en va deux longues jambes de femme et nous immobiles et tendus
et nous mâles en chômage avec l’imagination en érection…
(Guy Lévis Mano)
Illustration: Jean-Jacques Venturini
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2013

Dieu tu m’as donné la voix,
Dieu c’était pour m’en servir,
si j’ai trop parlé parfois
c’était de choses à dire.
qui pourrait y contredire ?
J’ai parlé selon ma foi.
Engageons-nous dans l’humain,
tout le reste est comédie,
dans la dangereuse vie
marchons la main dans la main.
La mère donne le sein
à l’image de Marie
et c’est la source de vie
c’est la source du matin.
J’en reviens toujours à l’âme :
qui peut dire ce qu’elle est
et qui peut dire son drame ?
Nous sommes les fils des femmes
dans un Monde imaginé.
Qui connaît l’autre côté ?
(Georges Libbrecht)
Illustration: Siegfried Zademack
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Georges Libbrecht), comédie, connaître, contredire, dangereuse, Dieu, donner, drame, femme, fils, foi, image, imaginé, main, marcher, mère, monde, parler, s'en revenir, s'engager, sein, servir, source, vie, voix | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 13 mai 2013

La femme qui tremble
[...]
Le moi est plus vaste que le narrateur qui dit Je.
Autour et en dessous de l’île de ce narrateur conscient de lui-même,
s’étend un vaste océan d’inconscient
— fait de ce que nous ne savons pas ou que nous avons oublié.
Une vérité étonnante faite de brume et de brouillard
et du fantôme non reconnaissable de la mémoire et du rêve —
une vérité qui ne peut être tenue dans mes mains,
car elle est toujours en train de s’envoler et de s’échapper,
et je ne peux pas dire si c’est quelque chose ou rien.
Je la poursuis avec des mots.
Même si elle ne peut être capturée.
Et parfois, de temps en temps,
j’imagine que je m’en suis approchée.
[...]
(Siri Hustvedt)
Illustration: Alice Pike Barney
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Siri Hustvedt), étonnante, brouillard, brume, capturée, conscient, fantôme, femme, imaginer, inconscient, je, mémoire, moi, narrateur, poursuivre, quelque chose, rêve, rien, s'échapper, s'envoler, trembler, vaste, vérité | 1 commentaire »
Publié par arbrealettres le 12 mai 2013

Femmes aux frontières
Le soir qui les grandit tombe sur leur destin
Héroïnes sans noms d’obscures épopées
Elles vont frêles leurs enfants enveloppés
Scandant leur marche aux coups de tirs lointains
De temps en temps parmi la violence intense
Jaillit d’un gosier jeune un chant sonore et clair
Dont vibre longuement l’atrocité de l’air
Et le refrain en choeur des poitrines s’élance
Elles rentrent ainsi sous les cieux assoupis
Et toutes par degrés sont bientôt confondues
Au vague demi-jour des pâles étendues
Sous leur double fardeau de misère alanguie
(Elvire Maurouard)
Illustration: Harding Meyer
Publié dans poésie | Tagué: (Elvire Maurouard), alanguie, atrocité, épopée, étendue, chant, destin, enfant, fardeau, femme, frêle, frontière, grandir, héroïne, jaillir, misère, obscur, pâle, refrain, rentrer, scander, soir, sonore, tir, vague, vibrer, violence | 1 commentaire »
Publié par arbrealettres le 11 mai 2013
Le Masque
Ce matin, en entrant dans ma chambre,
j’avais oublié ta présence:
masque de femme orientale
fait par un grand sculpteur.
Frayeur sacrée de trouver là
où on se croit seul plus que figure.
Et de sentir que la mienne
te contemplant,
face comblée,
ne saurait t’égaler.
(Rilke)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 10 mai 2013

Je ne veux pas de ces masques à moitié creux,
autant la marionnette.
Elle, du moins, est pleine.
Je souffrirai sa carcasse,
le fil aussi
et même son visage de pur semblant.
Ici je suis en face.
Même si s’éteignent les lampes,
même si j’entends dire : fin
– même si, de la scène le vide vient à moi
dans le gris courant d’air,
même si, de mes silencieux ancêtres,
aucun n’est plus assis à mes côtés, aucune femme,
pas même le garçon à l’œil brun qui louchait;
je resterai.
Il y a toujours à voir.
(Rainer Maria Rilke)
Illustration: Andrzej Malinowski
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