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Poésie

Articles Tagués ‘ferveur’

O Jean mon captif tiède d’usure (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2013



 

Sarolta Bán h-01

O Jean mon captif tiède d’usure
Tu n’as même pas assisté au départ de ta jeunesse
quand elle lia avec des cheveux noirs sournoisement volés à ta tête
le reste de ta fraîcheur le reste de ta ferveur et de ta joie d’entreprendre
et partit sans laisser d’adresse
comme une amante fatiguée de toujours réconforter

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Sarolta Bán

 

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Ton feu traverse les yeux (Zéno Bianu)

Publié par arbrealettres le 14 avril 2013



haut désordre
laisse prise au dépourvu

invite la mort
à ton corps acquiesçant

pigments de ferveur
dans un jour dévasté

ton feu
traverse les yeux

(Zéno Bianu)


Illustration: Léonard de Vinci

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Une étrange boutique (Umberto Saba)

Publié par arbrealettres le 22 janvier 2013



 

vieux livres

Une étrange boutique où l’on vend de vieux livres
donne sur une rue écartée de Trieste.
Les ors variés d’anciennes reliures
réjouissent les yeux errant sur les rayons.

C’est dans cet air que vit tranquille un poète.
Dans ce vivant tombeau des morts
il remplit sa tâche honnête et joyeuse,
songeant d’amour, inconnu, solitaire.

Mourir brisé d’une ferveur secrète,
tel est son voeu ; sur les écrits aimés
fermer ses yeux qui ont tant contemplé.

Ce qu’il n’a pas connu du temps ni de l’espace,
l’art le peignit pour lui de plus belles couleurs,
et le chant lui donna plus de douceur encore.

(Umberto Saba)

 

 

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Une sphère de pur Amour (Zéno Bianu)

Publié par arbrealettres le 3 décembre 2012



C’est l’instant, par excellence.
Chute du jour, tombée du monde.

Où le regard devient une énergie.
Le jour se noie dans la nuit pleine.

Entre le chien du rêve et le loup de l’éveil.
Décline, tombe, disparais.

C’est l’heure tardive.
C’est à la brune anéantie.

C’est où l’esprit respire.
Le partage d’abîmes.

C’est l’instant d’une présence organique.
L’encre de la solitude.

Où les mots portent les choses.
L’instant où l’on se dépeuple.

Où l’on de dépasse d’un cran.
Où l’on s’offre à l’inconnaissance.

La lueur touchée juste.
La parole du monde en creux.

L’instant du surgi.
De la pure mise à nuit.

Où l’on arpente la ferveur.
Du plus haut abandon.

Le ciel intérieur.

(Zéno Bianu)


Illustration

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De l’autre côté de la nuit (Sylvestre Clancier)

Publié par arbrealettres le 23 novembre 2012



De l’autre côté de la nuit,
il y a cette présence et ce silence
espérés,
de ce côté, l’attente
et cette lancinante question.

De l’autre côté du jour,
il y a les chimères de la vie,
une ferveur inassouvie,
de ce côté, l’interminable fuite
des jours et des nuits.

(Sylvestre Clancier)

Illustration

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Toute poésie vient de la rencontre avec la beauté (Kenneth White)

Publié par arbrealettres le 22 novembre 2012



 

Toute poésie vient
de la rencontre avec la beauté

toute ferveur vient
de la vie dans la nudité

toute vie nue
vient de la vacuité

***

All poetry comes
from facing a loveliness

all love comes
from living in nakedness

all naked life
comes from the nothingness

(Kenneth White)

 

 

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L’ordre logique s’effondra (Vénus Khoury-Ghata)

Publié par arbrealettres le 13 octobre 2012



 

L’ordre logique s’effondra avec le toit
nous applaudissions les pluies entre nos murs
rapiécions avec ferveur les accrocs des toiles d’araignée
Nous étions fétichistes
irrévérencieux
ma mère tirait les cartes aux merles moqueurs
mon père frappait le sable
frappait Dieu
à la saignée des nuages
sur le dos courbé de l’air
Notre salut viendrait de la nature
nous attraperions les rousseurs des automnes
le dénuement de l’hiver
nous finirions en sarments
en fagots
pour affronter les colères brèves des résineux.

(Vénus Khoury-Ghata)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Hans Thoma

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Je mords ta chair (Jacques Rabemananjara)

Publié par arbrealettres le 28 septembre 2012




Je mords ta chair vierge et rouge
avec l’âpre ferveur
du mourant aux dents de lumière,
Madagascar!

Un viatique d’innocence
dans mes entrailles d’affamé,
je m’allongerai sur ton sein avec la fougue
du plus ardent de tes amants,
du plus fidèle,
Madagascar!

(Jacques Rabemananjara)

Illustration

 

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Les Sens (Paul Eluard)

Publié par arbrealettres le 24 septembre 2012


matin

Rien sinon cette clarté
La clarté de ce matin
Qui te mènera sur terre

La clarté de ce matin
Une aiguille dans du satin
Une graine dans le noir
Œil ouvert sur un trésor

Sous les feuilles dans tes paumes
Le jeu grisant des aumônes
Chaudes
Le grand risques des refus
Blêmes

Sur les routes du hasard
Le mur dur perdra ses pierres

La clarté de ce matin
Dévêtus de tous mes regards tes seins
Tous les parfums d’un bouquet
De la violette au jasmin
En passant par le soleil
En passant par la pensée

Le bruit de la mer le bruit des galets
La mousse et l’odeur de la fleur du bois
Le miel l’odeur du pain chaud
Duvet des oiseaux nouveaux

La clarté de ce matin
La flamme qui t’enfanta
Qui naît bleue et meurt en herbe
Premier regard premier sang

Dans un champ de chair touchante
Les premiers mots du bonheur
Rafraîchissent leur ferveur
Sous des voiles de rosée
Et le ciel est sur tes lèvres.

(Paul Eluard)

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After Glow (Renée Vivien)

Publié par arbrealettres le 14 août 2012



After Glow

JE poursuis mon chemin vers le havre inconnu.
Les Femmes de Désir ont blessé mon coeur nu.

Dans la perversité de leur inquiétude
Elles ont outragé ma calme solitude.

Elles n’ont respecté ni l’ordre ni la loi
Que j’observais, avec un très exact effroi.

Obéissant au cri de leurs aigres colères,
Elles ont arraché mes prunelles trop claires.

Et, voyant que j’étais debout en mon orgueil,
Elles ont déchiré mes vêtements de deuil.

*

Entrelaçant pour moi les lys de la vallée,
Les Femmes de Douceur m’ont enfin consolée.

Elles m’ont rapporté la ferveur et l’espoir
Dans leur robe, pareille à la robe du soir.

Je sens mourir en moi la tristesse et la haine,
En écoutant leur voix murmurante et lointaine.

Voyant planer sur moi l’azur des jours meilleurs,
Je les suivrai, j’irai selon leurs voeux, ailleurs.

Puisque ces femmes-là sont la rançon des autres,
Quels jours dorés et quels soirs divins seront nôtres !…

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandru Darida

 

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