Je t’aime et je ne sais pas ce que je voudrais,
Je voudrais me coucher et je m’endormirais…
La gentiane est bleue et noire à la forêt.
(Francis Jammes)
Publié par arbrealettres le 18 avril 2013
Je t’aime et je ne sais pas ce que je voudrais,
Je voudrais me coucher et je m’endormirais…
La gentiane est bleue et noire à la forêt.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 19 mars 2013

Elle était descendue au bas de la prairie,
et, comme la prairie était toute fleurie
de plantes dont la tige aime à pousser dans l’eau,
ces plantes inondées je les avais cueillies.
Bientôt, s’étant mouillée, elle gagna le haut
de cette prairie-là qui était toute fleurie.
Elle riait et s’ébrouait avec la grâce
dégingandée qu’ont les jeunes filles trop grandes.
Elle avait le regard qu’ont les fleurs de lavande.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 10 mars 2013
Lorsque je serai mort, toi qui as des yeux bleus
couleur de ces petits coléoptères bleu de feu
des eaux, petite jeune fille que j’ai bien aimée
et qui as l’air d’un iris dans Les fleurs animées,
tu viendras me prendre doucement par la main.
Tu me mèneras sur ce petit chemin.
Tu ne seras pas nue, mais, ô ma rose,
ton col chaste fleurira dans ton corsage mauve.
Nous ne nous baiserons même pas au front.
Mais, la main dans la main, le long des fraîches ronces
où la grise araignée file des arc-en-ciel,
nous ferons un silence aussi doux que du miel;
et, par moment, quand tu me sentiras plus triste,
tu presseras plus fort sur ma main ta main fine
- et, tous les deux, émus comme des lilas sous l’orage,
nous ne comprendrons pas… nous ne comprendrons pas…
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 7 janvier 2013
La maison serait pleine de roses et de guêpes.
On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres;
et les raisins couleur de pierre transparente
sembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.
Comme je t’y aimerais! Je te donne tout mon coeur
qui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,
mon orgueil et ma poésie de roses blanches;
et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.
Je sais seulement que, si tu étais vivante,
et si tu étais comme moi au fond de la prairie,
nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,
près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.
On n’entendrait que la chaleur du soleil.
Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,
puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,
pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire;
et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,
le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 8 décembre 2012
J’aime l’âne
J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.
Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.
Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.
Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète.
Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.
Jeune fille au doux coeur,
tu n’as pas sa douceur :
car il est devant Dieu
l’âne doux du ciel bleu.
Et il reste à l’étable,
résigné, misérable,
ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.
Il a fait son devoir
du matin jusqu’au soir.
Qu’as-tu fait jeune fille ?
Tu as tiré l’aiguille…
Mais l’âne s’est blessé :
la mouche l’a piqué.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.
Qu’as-tu mangé, petite ?
- T’as mangé des cerises.
L’âne n’a pas eu d’orge,
car le maître est trop pauvre.
Il a sucé la corde,
puis a dormi dans l’ombre…
La corde de ton coeur
n’a pas cette douceur.
Il est l’âne si doux
marchant le long des houx.
J’ai le coeur ulcéré :
ce mot-là te plairait.
Dis-moi donc, ma chérie,
si je pleure ou je ris ?
Va trouver le vieil âne,
et dis-lui que mon âme
est sur les grands chemins,
comme lui le matin.
Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris ?
Je doute qu’il réponde :
il marchera dans l’ombre,
crevé par la douleur,
sur le chemin en fleurs.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 17 octobre 2012
La Salle à manger
Il y a une armoire à peine luisante
qui a entendu les voix de mes grand-tantes,
qui a entendu la voix de mon grand-père,
qui a entendu la voix de mon père.
À ces souvenirs l’armoire est fidèle.
On a tort de croire qu’elle ne sait que se taire,
car je cause avec elle.
Il y a aussi un coucou en bois,
Je ne sais pourquoi il n’a plus de voix.
Je ne veux pas le lui demander.
Peut-être bien qu’elle est cassée,
la voix qui était dans son ressort,
tout bonnement comme celle des morts.
Il y a aussi un vieux buffet
qui sent la cire, la confiture,
la viande, le pain et les poires mûres.
C’est un serviteur fidèle qui sait
qu’il ne doit rien nous voler.
Il est venu chez moi bien des hommes et des femmes
qui n’ont pas cru à ces petites âmes.
Et je souris que l’on me pense seul vivant
quand un visiteur me dit en entrant:
– Comment allez-vous, monsieur Jammes ?
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 2 août 2012
Vol d’oiseau dans la matinée
La courbe que trace en l’air
la navette du pivert,
D’arbre en arbre semble tendre
Des guirlandes d’azur tendre.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 7 juillet 2012
J’aime dans le temps Clara d’Ellébeuse,
l’écolière des anciens pensionnats,
qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls
lire les magazines d’autrefois.
Je n’aime qu’elle, et je sens sur mon coeur
la lumière bleue de sa gorge blanche.
Ou est-elle? Où donc était ce bonheur?
Dans sa chambre claire il entrait des branches.
Elle n’est peut-être pas encore morte
— ou peut-être que nous l’étions tous deux.
La grande cour avait des feuilles mortes
dans le vent froid des fins d’été très vieux.
Te souviens-tu ces plumes de paon,
dans un grand vase, auprès des coquillages?…
on apprenait qu’on avait fait naufrage,
on appelait Terre-Neuve: le Banc.
Viens, viens, ma chère Clara d’Ellébeuse:
aimons-nous encore si tu existes.
Le vieux jardin a de vieilles tulipes.
Viens toute nue, ô Clara d’Ellébeuse.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 7 juillet 2012
Les dimanches, les bois sont aux vêpres.
Dansera-t-on sous les hêtres?
Je ne sais… Qu’est-ce que je sais?
Une feuille tombe de la croisée…
C’est tout ce que je sais ..
L’église. On chante. Une poule.
La paysanne a chanté, c’est la fête.
Le vent dans l’azur se roule.
Dansera-t-on sous les hêtres?
Je ne sais pas. Je ne sais.
Mon cœur est triste et doux
Dansera-t-on sous les hêtres?
Mais tu sais bien que, les dimanches, les bois sont aux vêpres.
Penser cela, est-ce être poète?
Je ne sais pas. Qu’est-ce que je sais?
Est-ce que je vis ? Est-ce que je rêve?
Oh! ce soleil et ce bon, doux, triste chien…
Et la petite paysanne
à qui j’ai dit : vous chantez bien…
Dansera-t-elle sous les hêtres?
Je voudrais être, voudrais être
celui qui lentement laisse tomber,
comme un arbre ses baies,
sa tristesse pareille, sa tristesse
pareille aux bois qui sont aux vêpres.
(Francis Jammes)
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Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012
Comme un chant de cloche pour les vêpres douces
s’arrête doucement sur la colline en mousse
près d’une tourterelle aux pattes roses,
mon âme qui chante auprès de vous se pose.
Comme un lis blanc au jardin du vieux presbytère
se parfume doucement par la douceur des pluies,
par votre douceur, qui est une rosée de taillis,
mon âme triste et douce comme un lis s’est parfumée.
Que la cloche, le lis, les pluies, la tourterelle
vous rappellent désormais un enfant un peu amer
qui passa près de vous en laissant tomber
à vos pieds son âme en roses trémières.
(Francis Jammes)
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