Articles Tagués ‘(Georges Rodenbach)’
Publié par arbrealettres le 8 avril 2013

Le ciel est gris; mon âme est grise;
Elle se sent toute déprise,
Elle se sent un parloir nu;
Car le soir, ce soir, m’est venu
Comme un commencement de crise.
La pendule ourle de minutes
Le silence de la maison;
O soir, quel est donc le poison
Que parmi tes crêpes tu blutes,
Pour que j’aie encor ces rechutes ?
Couchant de cendre refroidie;
Crépuscule d’âme indistinct;
Mal du soir qui si mal m’atteint
Que c’est comme une maladie,
Et rien d’humain n’y remédie.
(Georges Rodenbach)
Illustration: Andrew Wyeth __ Christina’s World
Publié dans poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), âme, cendre, ciel, crépuscule, crêpes, crise, déprise, gris, grise, humain, maladie, parloir, pendule, poison, rechute, remédier, silence | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 2 avril 2013

CHOSES FATALES
L’ai-je jamais aimée ou n’est-ce qu’un léger
Caprice qui m’a fait un moment fleurir l’âme ?
Ainsi dans les jardins, sous le soleil en flamme,
Les floraisons d’avril que le vent fait neiger.
Est-ce elle que j’aimais ou l’amour? Que m’importe,
Si j’ai senti mon coeur pavoisé d’un drapeau,
Si j’ai pendant un jour trouvé le ciel plus beau
Et joui des chansons qu’on chantait à ma porte
L’Ame est un palais noir où l’on va tâtonnant,
Où, sans rien pénétrer, on s’ignore soi-même;
Est-ce qu’on sait qu’on croit? Est-ce qu’on sait qu’on aime?
Sur le plateau sans fleurs où je suis maintenant,
Je songe en revoyant la montagne gravie :
Est-ce qu’on vit son rêve, ou rêve-t-on sa vie?
(Georges Rodenbach)
Illustration: David Caspar Friedrich
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), aimer, amour, âme, caprice, chanson, chanter, chose, ciel, coeur, drapeau, fatale, fleur, fleurir, floraison, gravie, jardin, jouir, montagne, neiger, palais, pavoisé, plateau, rêver, songer, vent, vie, vivre | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 3 octobre 2012

PREMIER AMOUR
Premier amour ! Parfum de la nouvelle rose !
Sur le clavier du coeur premiers accords plaqués
Par une main de femme insaisissable et rose;
Premiers souffles du vent sur la voile morose
Qui devine la mer dans le calme des quais.
Premières floraisons dans le verger de l’âme,
Premiers jets d’eau montant au milieu des jardins
Où des noces en blanc chantent l’épithalame;
Premiers regards qu’on jette à l’horizon de flamme
Où les palais du rêve étagent leurs gradins.
Premier amour ! Souffrance heureuse ! Désirs vagues
De lui prendre les mains, plus douces que des fleurs,
A celle dont les yeux ont la couleur des vagues,
Et, feignant d’admirer le chaton de ses bagues,
De rafraîchir sa lèvre à ses doigts cajoleurs.
Délices, au milieu des fêtes et des danses,
De ressembler pour elle aux galants d’éventail;
Puis, quand on reste seul, sous les ramures denses,
Charme de chuchoter de longues confidences
A la Lune qui rit comme au fond d’un vitrail.
C’est le moment de joie unique où l’on épie
Les yeux encor voilés d’une fausse rigueur,
Où, sans s’imaginer que tout bonheur s’expie,
On tire fil à fil, comme de la charpie,
L’aveu qui guérira la blessure du coeur.
Ce qu’on aime à vingt ans, c’est la tiède atmosphère
Des premiers abandons sous un ciel vierge et bleu;
Qu’importe la liqueur, ce qu’on veut c’est le verre;
C’est le mal glorieux de monter au Calvaire,
Car on a Véronique et l’on se sent un Dieu!
Ce qu’on aime surtout, c’est bien l’amour lui-même;
On aime sans savoir ni pourquoi, ni comment !
Mais on veut être ainsi, si c’est ainsi qu’on aime
Et l’on sent à jamais que c’est le bien suprême
Et que le plus suave est le commencement !
Qu’importe son visage ou son âme ! Qu’importe
Ce qu’elle a de frivole ou de spirituel!
Aimer, c’est croire ! Aimer, cela vous réconforte,
Et quel que soit l’autel où le hasard vous porte
C’est du ciel qu’il s’agit dans chaque rituel.
Qu’importe à ce moment quelle Madone on prie.
On est assez heureux de murmurer : Je crois !
Dans l’église d’amour résonnante et fleurie
Où, parmi l’encens pâle, une vierge Marie
Vous sourit et vous tend ses bras comme une croix !
(Georges Rodenbach)
Illustration: Rémy Disch
Publié dans poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), accord, admirer, aimer, amour, église, bleu, cajoleur, calme, calvaire, ciel, clavier, commencement, confidence, croix, désir, Dieu, doigt, douce, encens, expier, femme, flamme, fleur, fleurie, hasard, heureuse, jardin, lèvre, liqueur, madone, main, mer, murmurer, palais, parfum, premier, résonnante, regard, rituel, rose, souffle, souffrance, sourire, suave, verger, verre, vierge, vitrail, voile | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 22 septembre 2012

BÉGUINAGE FLAMAND
I
Au loin, le Béguinage avec ses clochers noirs,
Avec son rouge enclos, ses toits d’ardoises bleues
Reflétant tout le ciel comme de grands miroirs,
S’étend dans la verdure et la paix des banlieues.
Les pignons dentelés étagent leurs gradins
Par où monte le Rêve aux lointains qui brunissent,
Et des branches parfois, sur le mur des jardins,
Ont le geste très doux des prêtres qui bénissent.
En fines lettres d’or, chaque nom des couvents
Sur les portes s’enroule autour des banderoles,
Noms charmants chuchotés par la lèvre des vents :
La maison de l’Amour, la maison des Corolles.
Les fenêtres surtout sont comme des autels
Où fleurissent toujours des géraniums roses,
Qui mettent, combinant leurs couleurs de pastels,
Comme un rêve de fleurs dans les fenêtres closes.
Fenêtres des couvents ! attirantes le soir
Avec leurs rideaux blancs, voiles de mariées
Qu’on voudrait soulever dans un bruit d’encensoir
Pour goûter vos baisers, lèvres appariées !
Mais ces femmes sont là, le coeur pacifié,
La chair morte, cousant dans l’exil de leurs chambres;
Elles n’aiment que toi, pâle Crucifié,
Et regardent le Ciel par les trous de tes membres !
Oh ! le silence heureux de l’ouvroir aux grands murs,
Où l’on entend à peine un bruit de banc qui bouge,
Tandis qu’elles sont là, suivant, de leurs yeux purs,
Le sable en ruisseaux blonds sur le pavement rouge.
Oh ! le bonheur muet des vierges s’assemblant !
Et comme si leurs mains étaient de candeur telle
Qu’elles ne peuvent plus manier que du blanc,
Elles brodent du linge ou font de la dentelle.
C’est un charme imprévu de leur dire « ma soeur »
Et de voir la pâleur de leur teint diaphane
Avec un pointillé de taches de rousseur
Comme un camélia d’un blanc mat qui se fane.
Rien d’impur n’a flétri leurs flancs immaculés,
Car la source de vie est enfermée en elles
Comme un vin rare et doux dans des vases scellés
Qui veulent, pour s’ouvrir, des lèvres éternelles !
II
Cependant, quand le soir douloureux est défunt,
La cloche lentement les appelle à complies
Comme si leur prière était le seul parfum
Qui pût consoler Dieu dans ses mélancolies !
Tout est doux, tout est calme au milieu de l’enclos;
Aux offices du soir la cloche les exhorte,
Et chacune s’y rend, mains jointes, les yeux clos,
Avec des glissements de cygne dans l’eau morte.
Elles mettent un voile à longs plis; le secret
De leur âme s’épanche à la lueur des cierges
Et quand passe un vieux prêtre en étole, on croirait
Voir le Seigneur marcher dans un jardin de Vierges !
III
Et l’élan de l’extase est si contagieux,
Et le coeur, à prier, si bien se tranquillise,
Que plus d’une, pendant les soirs religieux,
L’été répète encore les Ave de l’église.
Debout à sa fenêtre ouverte au vent joyeux
Plus d’une, sans ôter sa cornette et ses voiles,
Bien avant dans la nuit, égrène avec ses yeux
Le rosaire aux grains d’or des priantes étoiles !
(Georges Rodenbach)
Illustration: Winston Churchill
Publié dans poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), amour, autel, ave, élan, étoile, baiser, béguinage, bonheur, charmé, clocher, consoler, corolle, couvent, crucifié, cygne, Dieu, douloureux, doux, encensoir, extase, fenêtre, fleur, fleurir, jardin, joyeux, lèvres, paix, pastel, pur, rêve, religieux, rideaux, rosaire, rouge, secret, seigneur, soeur, vent, vierge, voile | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 20 février 2012
Dans l’âtre noirci
Le bois pétille, gaîment flambe
(Dans mon coeur aussi);
Il ajoute sa flamme à la lampe
Et les ombres sur le plafond,
En dansant, s’en vont…
(Georges Rodenbach)
Publié dans poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), âtre, coeur, danser, flamber, flamme, lampe, noirci, ombre, pétiller, s'en aller | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 20 février 2012
Sur le ciel immuable ont flotté des nuages,
Tissus à la dérive et parure changeante;
O nuages, partis pour de lointains voyages,
Entrant soudain dans mon âme qui s’en argente;
Et je suis dans mon âme, où, calmes, ils s’en vont,
Les nuages qui se défont et se refont.
(Georges Rodenbach)
Illustration: Lalie Douglas
Publié dans poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), âme, calme, ciel, dérive, immuable, nuage, parure, s'argenter, se défaire, se refaire, voyage | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 20 février 2012

Dans les yeux, rien de leur histoire ne s’efface;
Rien n’est soluble; tout s’avère à leur surface…
Ainsi tels yeux ont l’air pauvres dorénavant
Pour avoir médité d’entrer en un couvent;
Tels sont en fleur pour avoir vu des orchidées;
D’autres sont nus de tant de fautes regardées;
On y perçoit des courtisanes se baignant
Et par leurs fards perdus l’eau des yeux est nacrée;
D’autres, pour être nés près d’un canal stagnant,
Portent un vaisseau noir qu’aucun marin ne grée
Et qui semble, dans eux, captif en des glaçons…
Prolongement sans fin ! Survie ! Aubes lointaines !
Ciel qui met dans les puits de bleus caparaçons !
Nuages habitant les prunelles humaines !
Tout le passé qui s’y garde, remémoré !
Tout ce qui s’y trahit qu’on croyait ignoré :
Les voeux qu’on viola; les seins que nous fleurîmes;
Et le regard qu’on eut en pensant à des crimes;
Et le regard qu’on eut, pris d’un dessein vénal,
Fût-ce un instant, jadis, devant des pierreries
– Trésor qu’on troquerait contre ses chairs fleuries –
Et qui fait à jamais, de 1′oeil, l’écrin du Mal.
Car tout s’y fige, y dure, et tout s’y perpétue
Désirs, mouvements d’âme, instantané décor,
Tout ce qui fut, rien qu’un moment, y flotte encor;
Dans l’air des yeux aussi survit la cloche tue,
Et l’on voit, dans des yeux qui se croient gais et beaux,
D’anciens amours mirés comme de grands tombeaux !
(Georges Rodenbach)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), amour, canal, captif, chair, cloche, courtisane, dessein, durer, fard, faute, fleur, glaçon, histoire, nacrée, nuage, orchidée, pierrerie, prunelle, s'avérer, s'effacer, se figer, se perpétuer, soluble, surface, survivre, tombeau, trésor, troquer, yeux | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 20 février 2012

L’amour ? Frivole jeu! Vain espoir d’être aimé !
Vouloir toujours dans son âme le temps de mai !
Comme on s’acharne après cette folle chimère
De se sentir, avec un autre, congénère,
De ne plus être seul, ni deux, mais un enfin…
Rêve illusoire ! On est deux miroirs face à face
Se renvoyant quelques reflets à leur surface…
Ah ! s’être, fût-ce un jour, réalisé divin !
Avoir enclos l’éternité dans des minutes !
Mais c’était se vouer à d’impossibles luttes,
Car on ne peut pas faire avec deux corps un coeur,
On n’entre pas de force ainsi dans le bonheur !
Vanité que tous ces essais de bucolique,
Ces fièvres, ces baisers, ces brèves pâmoisons,
D’où l’on sort vide et vraiment trop mélancolique.
Quant aux quotidiens conquérants de toisons,
Futile aussi, leur appétit de renommée.
(La gloire ? écrire un peu son nom dans la fumée!)
Ah ! combien vains tous ces ambitieux cabrés
Pour être les chevaux vainqueurs dans la revue
Est-ce la peine aussi ? Vaut-il qu’on s’évertue
Vers des arcs de triomphe aussitôt délabrés ?
L’orgueil, l’amour, autant d’inutiles trophées
Dont se faire un moment des tombes attifées.
(Georges Rodenbach)
Illustration
Publié dans méditations | Tagué: (Georges Rodenbach), aimé, ambitieux, amour, arc de triomphe, attifée, âme, éternité, bonheur, chimère, coeur, conquérant, corps, divin, espoir, force, frivole, inutile, orgueil, réaliser, reflet, s'acharner, toison, tombe, trophée | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 20 février 2012
Toutes ces mains : les mains des morts enfin inertes
Qui tiennent droit un vieux crucifix comme une arme,
Ou bien parfois quelques violettes de Parme;
Et d’autres mains, les mains d’amants qui sont expertes
A manier la chevelure d’une amante,
A la bien partager en deux sur chaque épaule,
A l’agiter comme le feuillage d’un saule
Qui, dans le vent changeant, s’étrécit ou s’augmente.
Mains des fermes vendangeant les grappes du lait;
Mains des berceaux dépliant leurs roses trémières;
Et les mains des couvents en qui le chapelet
Est un silencieux écheveau de prières;
Toutes les mains s’évertuant vers des bonheurs,
Mains mystiques, mains guerrières, si variées :
Les mains, couleur de la lune, des mariées;
Les mains, couleur de grand soleil, des moissonneurs
Toutes : celles semant du grain ou des idées;
Accouchant le bloc de marbre, de la statue,
Ou la mère, de l’enfant qui la perpétue;
Toutes les mains, jeunes, vieilles, lisses, ridées,
Toutes ont pour tourment caché ces lignes fines,
Ces méandres de plis, cet enchevêtrement;
Or on dirait des cicatrices de racines,
Nos racines que nous portons, secrètement.
C’est là, nous le sentons, que gît l’essentiel;
Ces lignes sont vraiment les racines de l’être;
Et c’est par là, quand nous commençâmes de naître,
Que nous avons été déracinés du ciel.
La main en a gardé la preuve indélébile;
Et c’est pourquoi, malgré bonheurs, bijoux, baisers,
Elle souffre de tous ces fils entrecroisés
Qui font pleurer en elle une plaie immobile.
(Georges Rodenbach)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), amant, baiser, chapelet, ciel, crucifix, déraciné, enchevêtrement, essentiel, grain, grappe, immobile, indélébile, inerte, lune, main, moissonneur, mort, mystique, naître, plaie, prière, s'augmenter, souffrir, tourment, vieux | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 18 février 2012

Joyaux!
Yeux!
Qui dira vos clairs antécédents?
(Georges Rodenbach)
Publié dans poésie | Tagué: (Georges Rodenbach), antécédents, clair, joyaux, yeux | Poster un commentaire »