Le sol est dur. L’hiver
le baigne d’un soleil
très blanc.
Il est des mots
qu’on aimerait
éprouver ainsi.
Infracassables
après le retrait du poème.
(Michel Dugué)
Publié par arbrealettres le 18 mai 2013
Le sol est dur. L’hiver
le baigne d’un soleil
très blanc.
Il est des mots
qu’on aimerait
éprouver ainsi.
Infracassables
après le retrait du poème.
(Michel Dugué)
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Publié par arbrealettres le 17 mai 2013
LES TRIANGLES
Trois triangles d’oiseaux ont traversé
le ciel sur l’énorme océan
allongé dans l’hiver comme une bête verte.
Tout n’est qu’inertie de mort, le silence,
le déploiement gris, la lourde clarté
de l’espace, la terre intermittente.
Au-dessus de tout est passé
un vol
et puis un autre vol
d’oiseaux noirs, de corps hivernaux,
triangles tremblants dont les ailes
battant à peine
transportent d’un endroit à l’autre
des côtes du Chili
le froid gris, les jours désolés.
Je suis ici tandis que le tremblotement
des oiseaux migrateurs glissant de ciel en ciel
me laisse plongé en moi et en ma matière
comme en un puits d’éternité
creusé par une spirale immobile.
Ils ont maintenant disparu :
plumes noirâtres de la mer,
métalliques oiseaux
de rocs et de falaises,
maintenant, à midi
me voici face au vide : c’est l’espace
de l’hiver déployé
et la mer a posé
sur son visage bleu
un masque d’amertume.
(Pablo Neruda)
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Publié par arbrealettres le 12 mai 2013
II y a seulement le moment auquel nous ne prêtons
pas attention, le moment à l’intérieur et à l’extérieur du temps,
l’accès de distraction, perdu dans un rayon de lumière du soleil,
le thym sauvage non vu, ou l’éclair de l’hiver,
ou la chute d’eau, ou la musique entendue si profondément
qu’elle n’est pas entendue du tout, mais tu es la musique
tant que dure la musique.
(Thomas Stearns Eliot)
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Publié par arbrealettres le 7 mai 2013
La feuille tremble encor aux rameaux verts de l’arbre,
Mais le ciel gris et lourd dort comme un ciel de marbre.
Nous sommes en été, mais la mort est dans l’air :
J’ai froid. Tout me paraît pauvre, usé : c’est l’hiver,
L’hiver du désespoir qui m’est entré dans l’âme !
Quel printemps, échappé des regards d’une femme,
Reviendra sur ce sol, glacé par la douleur,
D’une asphodèle même entr’ouvrir la pâleur ?
Du même hiver que moi la terre est poursuivie :
Un mensonge de moins dépeuple donc la vie !
L’amour, en s’éloignant, ôte à l’infortuné
Plus de bonheur encor qu’il n’en avait donné :
Sur tout ce qui console il faut qu’il jette un voile.
Il nous éteint le ciel, étoile par étoile,
Et nous laisse à la fin, quand il a tout détruit,
Seuls, avec la mémoire, habiter dans la nuit.
C’est là qu’il faut languir, ou se tordre à demeure,
Ne vivant seulement que pour sentir qu’on meure,
Se tuant en détail pour renaître en entier.
Au bec de ce vautour demandez donc quartier !
(Jules-Lefèvre Deumier)
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Publié par arbrealettres le 4 mai 2013

L’hiver la terre a sa belle voix
commémorante et haute ou sourde
comme alors elle abrite
le son clair des sabots
la jaune lanterne et la vierge alertée
dans la région bleue.
C’est la voix de traduction précise et simple.
(Jean Follain)
Publié dans poésie | Tagué: (Jean Follain), abriter, alerte, bleu, clair, commérant, hiver, lanterne, précise, sabot, simple, terre, traduction, vierge, voix | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 26 avril 2013

UNE PETITE FILLE PERDUE
Enfants de l’âge futur,
Lisant ces vers indignés,
Apprenez que, fut un temps,
Amour, le doux amour, fut tenu pour un crime.
Dans le temps de l’Âge d’Or,
Du froid de l’hiver exempts,
Gars et filles, rayonnant
Á la lumière sacrée,
S’ébattent nus aux rayons du soleil.
Un jour un couple de jeunes,
Empli du plus doux souci,
Se rencontre au beau jardin
Où la lumière sacrée
Venait d’ouvrir les rideaux de la nuit.
Là, dans le jour qui se lève,
Ils jouent tous les deux dans l’herbe ;
Les parents étaient au loin,
Aucun étranger ne vint,
Et la vierge eut tôt fait d’oublier ses frayeurs.
Puis, repus de doux baisers,
Ils se donnent rendez-vous
A l’heure où, au ciel profond,
Le sommeil sans bruit déferle,
Où pleure le voyageur épuisé.
Et la fille, radieuse,
Vint à son père tout blanc,
Mais l’amour lu dans ses yeux
Fit, comme le Livre Saint,
Trembler d’effroi ses membres délicats.
« Ona, faible et pâle,
A ton père parle.
Quelle peur tremblante,
Quel affreux souci
Secouent les fleurs de ma tête blanchie. »
***
A LITTLE GIRL LOST
Children of the future age,
Reading this indignant page,
Know that in a former time
Love, sweet love, was thought a crime.
In the Age of Gold,
Free from winter’s cold,
Youth and maiden bright
To the holy light,
Naked in the sunny beams delight.
Once a youthful pair,
Filled with softest care,
Met in garden bright,
Where the holy light
Had just removed the curtains of the night.
There in rising day
On the grass they play;
Parents were afar,
Strangers came not near,
And the maiden soon forgot her fear.
Tired with kisses sweet,
They agree to meet
When the silent sleep
Waves o’er heaven’s deep,
And the weary tired wanderers weep.
To her father white
Came the maiden bright,
But his loving look,
Like the Holy Book,
All her tender limbs with terror shook.
`Ona, pale and weak,
To thy father speak.
Oh, the trembling fear,
Oh, the dismal care,
That shakes the blossoms of my hoary hair.’
(William Blake)
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Publié par arbrealettres le 26 avril 2013

Un ami Frais – pour les jours Torrides -
Est plus facile à trouver -
Qu’un ami de plus haute température
Pour l’Hiver – de l’Esprit -
La Girouette pointant un peu vers l’Est -
Effraie – les âmes de Mousseline -
Si les Coeurs de Drap sont plus solides -
Que ceux en Organdi -
A qui la faute ? Au Tisserand?
Ah, quel fil déroutant!
Les Tapisseries du Paradis -
Sont d’une main – si obscure!
(Emily Dickinson)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2013

De ce tardif avril …
De ce tardif avril, rameaux, verte lumière,
Lorsque vous frissonnez,
Je songe aux amoureux, je songe à la poussière
Des morts abandonnés.
Arbres de la cité, depuis combien d’années
Nous nous parlons tout bas !
Depuis combien d’hivers vos dépouilles fanées
Se plaignent sous mes pas !
(Jean Moréas)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2013
Chênes mystérieux, forêt de la Grésigne
Chênes mystérieux, forêt de la Grésigne,
Qui remplissez le gouffre et la crête des monts,
J’ai vu vos clairs rameaux sous la brise bénigne
Balancer doucement le ciel et ses rayons.
Ah ! Dans le sombre hiver, pendant les nuits d’orage,
Lorsqu’à votre unisson lamentent les corbeaux,
Lorsque passe l’éclair sur votre fier visage,
Chênes que vous devez être encore plus beaux !
(Jean Moréas)
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Publié par arbrealettres le 21 avril 2013
Ce n’est pas vers l’azur …
Ce n’est pas vers l’azur que mon esprit s’envole :
Je pense à toi, plateau hanté des chevriers.
Aux pétales vermeils, à la blanche corolle,
Je préfère le deuil de tes genévriers.
Noir plateau, ce qui berce une audace rendue,
Ce n’est point le zéphyr sur les flots de la mer,
C’est la plainte du vent sur ta morne étendue
Où je voudrais songer prisonnier de l’hiver.
(Jean Moréas)
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