Métaphore, image, son,
l’âme et la chair se concertent,
au loin on entend le Verbe
et l’écho redit son nom.
Cimetière des saisons
le printemps fait de beaux morts,
en l’honneur de ces garçons
battons les cymbales d’or.
(Georges Libbrecht)
Publié par arbrealettres le 21 mars 2013
Illustre calcédoine,
honneur du ciel,
délicate,
ovale, claire, entière,
ressuscitée,
je célèbre la douceur de ton feu,
la dureté sincère
de l’hommage dans l’anneau frais
de la jeune fille, tu n’es pas
l’enfer hors de prix du rubis,
la personnalité de l’émeraude.
Tu es plutôt la pierre des chemins,
toute simple comme le chien,
opaque dans la migration sans fin
de l’eau,
proche du bois
et de l’odeur de la forêt,
la fille des racines
de la terre.
(Pablo Neruda)
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Publié par arbrealettres le 11 février 2013
L’HOMME QUI DEVIENT
Son oeil fréquente les ombres
Il a la pierre de l’être
La fleur contradictoire est en sa main
Et le coeur inversé comme un voilier de fête
Il a appris puis désappris tout l’univers
Il a connu les pas des grands malades
L’horizon sans honneur
Les villes de l’âpreté
La terre meuble qui défaille sous les maisons antiques
Et les jours inclinés entre leurs sept miroirs
Il a la pierre de l’être
Son corps pousse des racines
Par hommage il quitta les femmes au genou d’or
La Mort portant sa grâce et l’Amour sa couronne
Il sait que ceux qui rêvent ont toute raison.
(Andrée Chedid)
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Publié par arbrealettres le 21 janvier 2013
Honneur des Hommes, Saint LANGAGE,
Discours prophétique et paré,
Belles chaînes en qui s’engage
Le dieu dans la chair égaré,
Illumination, largesse!
Voici parler une Sagesse
Et sonner cette auguste Voix
Qui se connaît quand elle sonne
N’être plus la voix de personne
Tant que des ondes et des bois!
(Paul Valéry)
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Publié par arbrealettres le 7 décembre 2012
L’OARISTYS
DAPHNIS.
Hélène daigna suivre un berger ravisseur
Berger comme Pâris, j’embrasse mon Hélène.
NAÏS.
C’est trop t’enorgueillir d’une faveur si vaine.
DAPHNIS.
Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur.
NAÏS.
Tiens ; ma bouche essuyée en a perdu la trace.
DAPHNIS.
Eh bien ! d’autres baisers en vont prendre la place,
NAÏS.
Adresse ailleurs ces voeux dont l’ardeur me poursuit :
Va, respecte une vierge.
DAPHNIS.
Imprudente bergère,
Ta jeunesse te flatte ; ah ! n’en sois point si fière :
Comme un songe insensible elle s’évanouit.
NAÏS.
Chaque âge a ses honneurs, et la saison dernière
Aux fleurs de l’oranger fait succéder son fruit.
DAPHNIS.
Viens sous ces oliviers ; j’ai beaucoup à te dire.
NAÏS.
Non ; déjà tes discours ont voulu me tenter.
DAPHNIS.
Suis-moi. sous ces ormeaux ; viens de grâce écouter
Les sons harmonieux que ma flûte respire :
J’ai fait pour toi des airs, je te les veux chanter ;
Déjà tout le vallon aime à les répéter.
NAÏS.
Va, tes airs langoureux ne sauraient me séduire.
DAPHNIS.
Eh quoi ! seule à Vénus penses-tu résister ?
NAÏS.
Je suis chère à Diane ; elle me favorise.
DAPHNIS.
Vénus a des liens qu’aucun pouvoir ne brise.
NAÏS.
Diane saura bien me les faire éviter.
Berger, retiens ta main… ; berger, crains ma colère.
DAPHNIS.
Quoi ! tu veux fuir. l’amour ! l’amour à qui jamais
Le coeur d’une beauté ne pourra se soustraire ?
NAÏS.
Oui, je veux le braver… Ah !… si je te suis chère…
Berger…, retiens ta main…, laisse mon voile en paix.
DAPHNIS.
Toi-même, hélas ! bientôt livreras ces attraits
A quelque autre berger bien moins digne de plaire.
NAÏS.
Beaucoup m’ont demandée, et leurs désirs confus
N’obtinrent, avant toi, qu’un refus pour salaire.
DAPHNIS.
Et je ne dois comme eux attendre qu’un refus.
NAÏS.
Hélas ! l’hymen aussi n’est qu’une loi de peine ;
Il n’apporte, dit-on, qu’ennuis et que douleurs.
DAPHNIS.
On ne te l’a dépeint que de fausses couleurs :
Les danses et les jeux, voilà ce qu’il amène.
NAÏS.
Une femme est esclave.
DAPHNIS.
Ah ! plutôt elle est reine.
NAÏS.
Tremble près d’un époux et n’ose lui parler.
DAPHNIS.
Eh ! devant qui ton sexe est-il fait pour trembler ?
NAÏS.
A des travaux affreux Lucine nous condamne.
DAPHNIS.
Il est bien doux alors d’être chère à Diane.
NAÏS.
Quelle beauté survit à ces rudes combats ?
DAPHNIS.
Une mère y recueille une beauté nouvelle :
Des enfants adorés feront tous tes appas ;
Tu brilleras en eux d’une splendeur plus belle.
NAÏS.
Mais, tes voeux écoutés, quel en serait le prix ?
DAPHNIS.
Tout : mes troupeaux, mes bois et ma belle prairie ;
Un jardin grand et riche, une maison jolie,
Un bercail spacieux pour tes chères brebis ;
Enfin, tu me diras ce qui pourra te plaire ;
Je jure de quitter tout pour te satisfaire :
Tout pour toi sera fait aussitôt qu’entrepris.
NAÏS.
Mon père…
DAPHNIS.
Oh ! s’il n’est plus que lui qui te retienne,
Il approuvera tout dès qu’il saura mon nom.
NAÏS.
Quelquefois il suffit que le nom seul prévienne :
Quel est ton nom ?
DAPHNIS.
Daphnis ; mon père est Palémon.
NAÏS.
Il est vrai : ta famille est égale à la mienne.
DAPHNIS.
Rien n’éloigne donc plus cette douce union.
NAÏS.
Montre-les moi ces bois qui seront mon partage.
DAPHNIS.
Viens ;. c’est à ces cyprès de leurs fleurs couronnés.
NAÏS.
Restez chères brebis ; restez sous cet ombrage.
DAPHNIS.
Taureaux, paissez en paix ; à celle qui m’engage
Je vais montrer les biens qui lui sont destinés.
NAÏS.
Satyre, que fais-tu ? Quoi ! ta main ose encore…
DAPHNIS.
Eh ! laisse-moi toucher ces fruits délicieux…
Et ce jeune duvet…
NAÏS.
Berger…, au nom des dieux…
Ah !… je tremble…
DAPHNIS.
Et pourquoi ? que crains-tu ? Je t’adore.
Viens.
NAÏS.
Non ; arrête… Vois, cet humide gazon
Va souiller ma tunique, et je serais perdue ;
Mon père le verrait.
DAPHNIS.
Sur la terre étendue
Saura te garantir cette épaisse toison.
NAÏS.
Dieux ! quel est ton dessein ? Tu m’ôtes ma ceinture.
DAPHNIS.
C’est un don pour Vénus ! vois, son astre nous luit.
NAÏS.
Attends… ; si quelqu’un vient… Ah dieux ! j’entends du bruit.
DAPHNIS.
C’est ce bois qui de joie et s’agite et murmure.
NAÏS.
Tu déchires mon voile !… Où me cacher ! Hélas !
Me voilà nue ! où fuir !
DAPHNIS.
A ton amant unie,
De plus riches habits couvriront tes appas.
NAÏS.
Tu promets maintenant… Tu préviens mon envie ;
Bientôt à mes regrets tu m’abandonneras.
DAPHNIS
Oh non ! jamais… Pourquoi, grands dieux ! ne puis-je pas
Te donner et mon sang, et mon ame, et ma vie.
NAÏS.
Ah… Daphnis ! je me meurs… Apaise ton courroux,
Diane.
DAPHNIS.
Que crains-tu ? L’amour sera pour nous.
NAÏS.
Ah ! méchant, qu’as-tu fait ?
DAPHNIS.
J’ai signé ma promesse.
NAÏS.
J’entrai fille en ce bois, et chère à ma déesse.
DAPHNIS.
Tu vas en sortir femme, et chère à ton époux.
(André Chénier)
Publié dans poésie | Tagué: (André Chénier), adoré, adorer, air, amour, appas, approuver, astre, attraits, écouter, époux, éviter, beauté, bercail, berger, bois, bouche, braver, brebis, briller, briser, ceinture, chère, colère, combat, condamner, craindre, danse, Daphnis, déesse, délicieux, dessein, Diane, digne, discours, douceur, douleur, doux, duvet, embrasser, ennui, esclave, femme, fière, fille, fleur, fruit, fuir, harmonieux, honneur, insensible, jeu, jeunesse, joie, jurer, langoureux, méchant, murmurer, Naïs, nue, oaristys, paix, partage, perdu, plaire, pouvoir, prix, promesse, promettre, ravisseur, résister, recueillir, respecter, retenir, séduire, sexe, signer, songe, splendeur, suivre, toison, trace, trembler, tunique, Vénus, vierge, voeux, voile | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 13 novembre 2012

LA PERDRIX ET LES COQS
Parmi de certains Coqs incivils, peu galants,
Toujours en noise et turbulents,
Une Perdrix était nourrie.
Son sexe et l’hospitalité,
De la part de ces Coqs peuple à l’amour porté
Lui faisaient espérer beaucoup d’honnêteté :
Ils feraient les honneurs de la ménagerie.
Ce peuple cependant, fort souvent en furie,
Pour la Dame étrangère ayant peu de respect,
Lui donnait fort souvent d’horribles coups de bec.
D’abord elle en fut affligée ;
Mais sitôt qu’elle eut vu cette troupe enragée
S’entre-battre elle-même, et se percer les flancs,
Elle se consola : "Ce sont leurs moeurs, dit-elle,
Ne les accusons point ; plaignons plutôt ces gens.
Jupiter sur un seul modèle
N’a pas formé tous les esprits :
Il est des naturels de Coqs et de Perdrix.
S’il dépendait de moi, je passerais ma vie
En plus honnête compagnie.
Le maître de ces lieux en ordonne autrement.
Il nous prend avec des tonnelles,
Nous loge avec des Coqs, et nous coupe les ailes :
C’est de l’homme qu’il faut se plaindre seulement."
(Jean de la Fontaine)
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Publié par arbrealettres le 7 novembre 2012

TROISIÈME CHANSON DE LA DAME
Quand toi et mon fidèle amant serez ensemble
Et qu’il jouera ses airs entre tes jambes,
Ne va pas médire de l’âme
Ni croire que le corps soit tout,
Car moi qui suis sa dame de jour,
Je sais bien pire à propos du corps;
Mais, selon l’honneur, divise son amour,
Jusqu’à ce que l’un et l’autre, et ni l’un ni l’autre, n’ayiez assez,
Afin que j’entende, quand nous nous embrasserons,
Un serpent qui siffle en contrepoint de nos baisers,
Et toi, quand sa main explorera ta cuisse,
Tous les cieux en travail qui soupirent.
***
THE LADY’S THIRD SONG
When you and my true lover meet
And he plays tunes between your feet,
Speak no evil of the soul,
Nor think that body is the whole,
For I that am his daylight lady
Know worse evil of the body;
But in honour split his love
Tilleither neither have enough,
That I may hear if we should kiss
A contrapuntal serpent hiss,
You, should hand explore a thigh,
All the fabouring heavens sigh.
(William Butler Yeats)
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Publié par arbrealettres le 2 juillet 2012

Présence de l’absence
Tu es né mêlé à moi comme à l’archaïque lumière les eaux sans pesanteur,
Tu es né loin de moi comme au bout du soleil les terres noyautées de feu,
Tu nais sans cesse de moi comme les mille bras des vagues courant sur la mer toujours étrangère;
C’est moi ce charroi d’ondes pour mûrir ton destin comme midi au sommet d’une cloche;
Cette gorgée d’eau qui te livre la cime du glacier, c’est mon silence en toi,
Et c’est le sillage de mon défi cette odeur qui t’assujettit à la rose;
Cette pourpre dont tu fais l’honneur de ton manteau, c’est le deuil violent de mon départ;
C’est moi l’amour sans la longue, la triste paix possessive…
Moi, je suis en toi ce néant d’écume, cette levure pour la mie de ton pain;
Toi, tu es en moi cette chaude aimantation et je ne dévie point de toi;
C’est moi qui fais lever ce bleu de ton regard et tu couvres les plaies du monde.
C’est moi ce remuement de larmes et tout chemin ravagé entre les dieux et toi.
C’est moi l’envers insaisissable du sceau de ton nom.
Si ton propre souffle te quittait, je recueillerais pour toi celui des morts dérisoires;
Si quelque ange te frustrait d’un désir, ce serait moi la fraude cachée dans la malédiction.
Toi, tu nais sans cesse de moi comme d’une jeune morte, sans souillure de sang;
De ma fuite sont tes ailes, de ma fuite la puissance de ton planement;
De moi, non point l’hérédité du lait, mais cette lèvre jamais sauve du gémissement.
Je suis l’embrasement amoureux de l’absence sans la poix de la glutineuse présence.
(Rina Lasnier)
Publié dans poésie | Tagué: (Rina Lasnier), absence, aile, aimantation, amoureux, archaïque, écume, étrangère, charroi, cloche, courant, dévier, destin, deuil, embrasement, fraude, fuite, hérédité, honneur, lèvre, malédiction, mûrir, néant, onde, pesanteur, planement, poix, présence, puissance, regard, souffle, vague | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 1 juin 2012

LE CHANSONNIER
Cherche qui veut les grands honneurs, les pompes,
Les hauts monuments, les places, les temples,
Les plaisirs, les trésors, accompagnés
De cent dures pensées, de cent douleurs.
Un petit pré vert, plein de belles fleurs,
Un ruisselet, qui arrose l’herbette,
Un oiselet, que fait Amour se plaindre,
Peuvent bien mieux apaiser mes ardeurs,
Et les bois ombreux, les rocs, les hauts monts,
Les antres noirs, les bêtes fugitives,
Avec quelque jolie nymphe craintive.
Là-bas je vois en mes pensées errantes
Les beaux yeux tels que s’ils étaient vivants;
Ici m’en prive une chose ou une autre.
***
CANZONIERE
Cerchi chi vuol le pompe e gli alti onori,
Le piazze, i templi e gli edifizi magni,
Le delizie e il tesor, quale accompagni
Mille duri pensier, mille dolori.
Un verde praticel piem di be’ fiori,
Un rivo che l’erbetta intorno bagni,
Un augelletto che d’amor si lagni,
Acqueta molto meglio i nostri ardori;
L’ombrose selve, i sassi e gli alti monti,
Gli antri oscuri e le fère fuggitive,
Qualche leggiadra ninfa paurosa:
Quivi vegg’io con pensier vaghi e pronti
Le belle luci come fussin vive,
Qui me le toglie or una or altra cosa.
(Lorenzo De Medici)
Publié dans poésie | Tagué: (Lorenzo De Medici), amour, antre, apaiser, ardeur, chansonnier, chercher, douleur, fleur, honneur, monument, nymphe, pensée, plaisir, pompe, pré, priver, ruisselet, temple, trésor, vivant, yeux | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 22 mai 2012

Tu savais bien, Saha Jehan, Empereur des Indes,
que vie jeunesse honneur richesse sont balayés par le Temps.
Aussi tu t’efforças de faire que l’agonie de ton âme
survécût aux gloires de l’Empereur.
La force de diamant de ta souveraineté
peut disparaître comme l’éclat du couchant derrière le rideau du sommeil;
Un seul petit soupir de l’âme
étendra pour toujours sa couleur sur le ciel —
car immense était le désir de ton coeur.
Oui, la splendeur des gemmes et pierreries peut s’évanouir entièrement,
les pleurs tombés un jour subsisteront toujours,
éternellement purs, brillant limpides au front du Temps,
et c’est le Taj-Mahal!
Et le nom par lequel tu nommas ta Bien-Aimée,
dans le solitaire amour de ton temple, baigné par la lumière de la lune,
Le murmure amoureux, tu l’as laissé ici, dans l’oreille de l’éternité.
L’infinie délicatesse de l’amour fleurit pour toi en merveilleuses fleurs
sur le coeur du marbre paisible
Et ce fut ton rêve de marbre :
Taj-Mahal!
(Rabindranath Tagore)
Publié dans poésie | Tagué: (Rabindranath Tagore), agonie, amour, âme, éternité, balayé, bien-aimée, brillant, ciel, délicatesse, désir, diamant, empereur, fleur, force, gloire, honneur, Indes, jeunesse, marbre, oreille, paisible, pur, rêve, richesse, sommeil, soupir, subsister, survivre, Taj-Mahal, temps, vie | 2 Commentaires »