Analogiste précis
l’imaginaire fut pris.
Antinomie de l’espace
tu regardes par contraste
la distance était le but :
le futur ne revint plus
Mes chants seront de forêt
et de mer qui reste à boire,
mes chants seront de mémoire
de bateaux et leurs agrès.
L’homme entre les deux silences
aura des mots pour l’oiseau,
j’aurai des chants de conscience
qui ne parlent pas très haut,
vole, vole ma parole
et disparaisse sans bruit
dans le monde de l’esprit
qui la couvre bénévole.
Où donc le regard fuit-il
captant l’objet d’avant dire ?
L’image d’un trait subtil
dicte ce qu’il faut écrire.
Comme dans le sommeil, quand tu passes
A l’autre éclat de la nuit.
Le corps, le vêtement, le fruit.
Comme dans le sommeil, comme en amour,
Quand tu t’abandonnes totalement.
Tu restes sans corps, nu.
Le jour, la nuit, le temps,
Une histoire imaginaire.
Comme si les murs s’ouvraient en dedans, comme
s’ils faisaient choir
Les miroirs trompeurs qui nous couvrent,
Nous passons à travers un rêve,
Un rêve incessant atteint par la nuit.
Sans cloche et sans réveil.
Comme si nous passions dans le cercle des
Incorporels
Dans un isolement parfaitement clos.
Comme une lampe, qu’on a oubliée
Dans une chambre vide et fermée,
Seule, toute seule dans la solitude.
Qui nous connaîtra, qui nous soupçonnera ?
D’autres yeux, d’autres secrets
Derrière ces murs
Derrière les gardiens.
D’autres ombres déambuleront dans les chambres
Frôlant les choses, nos choses
Plus fragiles et rendues plus denses par notre amour.
Habitués, obéissants, et à peine délaissés
Ils recherchent des mains serrées comme nos mains,
Ils recherchent nos yeux messagers.
Ainsi que des fruits, qui ont mûri
Et restent encore suspendus au soleil,
Attendant l’oiseau, la main et la faucille,
Ici, se tiendra l’arbre de la cour,
Seul, stérile, désespéré.
Sans ailes et sans pollen
Dans un calme terrible.
Ici se penchera la fenêtre dans le vide,
Comptant le vent : doit-il tomber, ne pas tomber,
Notre toit toujours frais, comme au printemps ?
Au-dessus de lui un ciel désertique.
Jusqu’à ce que vienne Avril en son lent avenir
Avec tout l’éclat et la gloire, jusqu’à ce que vienne Pâque la Grande
Avec les nouvelles jacynthes, avec les ressuscités.
Pour que je te pare de la pourpre royale dans ta grande fête,
Bijou de grand prix :
Afin que tu sois beau parmi les beaux.
Dans l’espace du cerveau, d’imaginaires roses livrent leur parfum,
des vols d’oiseaux, des vols d’étoiles, défient la tempête,
la pensée dessine le retour de l’instant unique.
Soudain, la peau et la toile de chair hurlent,
comme un nouveau-né, terrifié,
goulûment. Les tissus enflent pour devenir
l’humus de la mort, chair d’homme,
une vague opaque balaie les châteaux de sable
bâtis par les pensées.
Jamais le plus ardent des poèmes n’élucidera
l’aigre et furtive jouissance des sens.
Le poète s’insurgea
Contre les mots insipides
Sa langue se cabra
Força l’imaginaire
Rafla les fruits du verbe
Absorba suc et sèves
S’attacha au noyau
En tumulte d’amour
En tempête d’infini
L’enfant échappa
Aux refrains et aux cendres
De tant de rêves fourbus
Il ameuta son coeur
Interpella son âme
Pour traverser les murs
Qui verrouillaient la vie
Indomptable
La vie
Si le désir fermente
D’un savoir
D’un poème
D’une image
D’un récit
Désirable
La vie
Si l’ardeur caracole
Toujours à l’avant
Toujours inasservi.
Tout enfant, j’avais peur que le miroir
Me montre un autre visage ou un masque
Aveugle, impersonnel qui cacherait
Sans doute une chose atroce. J’avais
Peur que le temps silencieux du miroir
Ne se détourne du cours quotidien
Des heures de l’homme et qu’en ses confins
Vagues et imaginaires il ne renferme
Des êtres et des formes et des couleurs neuves.
(Nul ne l’a su; l’enfant est trop timide.)
J’ai peur à présent qu’au miroir n’habite
L’authentique visage de mon âme,
Tout déchiré par les ombres et les fautes,
Et que Dieu voit, et peut-être les hommes.
Tout comme nous supposons que le monde est tel que nous le voyons,
nous supposons naïvement que les gens sont tels que nous les imaginons…
Nous continuons de projeter notre psychologie personnelle sur nos semblables.
Ainsi chacun crée pour lui-même une série de relations plus ou moins imaginaires,
fondées essentiellement sur les projections.
J’écris dans les interstices du Temps.
Dans l’entre-deux
où l’objet et la parole se rencontrent ou seulement se croisent
– dans l’illusion de se confondre –
ou se devinent parallèles sans lien ni contact ?
J’écris dans un temps dérobé :
dérobé au Social, à la vie quotidienne – j’écris « à la dérobée » !
Le soir, après une journée de « travail », entre les « obligations » de la vie associative ou « professionnelle »,
sans disposer vraiment d’une « marge » pour ce « travail » et cette « obligation » :
écrire une parole poétique.
Devenir un individu. Devenir humain.
Écrire une « parole » – mieux :
casser l’écriture par l’irruption de la voix !
Comme un témoignage casse une « version » convenue d’un fait qui se donnait comme établi.
Écrire CONTRE – contre l’autorité de “l’écriture”
(au sens où elle se donne comme discours de pouvoir – sans discontinuer…)
et écrire pour la vérité, vers la vérité – vers la possibilité d’un « objet » à la parole…
Écrire une parole – pour laisser une trace
– une trace de qui s’évade sans fin –
ou sans recours. Dilapidée aussitôt :
la parole.
J’écris même quand la vie passe devant moi et que tout me manque (papier et stylo) pour écrire…
J’écris même quand je rêve soudain une parole intense et signifiante et que le réveil m’en prive.
J’écris même quand je traverse les épreuves de ma vie, de mes choix et que tout me manque (force et volonté)…
J’écris même lorsque l’Indicible impose à ma vue un horizon sans limites…
J’ÉCRIS DANS LES INTERSTICES DU TEMPS INVENTE PAR LA SOCIÉTÉ HUMAINE.
DANS L’ENTRE-DEUX OU L’OBJET EST ABSENT, ÉLOIGNE, INACCESSIBLE ET LA PAROLE ILLUSOIRE, INCERTAINE, INADÉQUATE
– ET OU POURTANT ILS SE RENCONTRENT, ICI ET MAINTENANT ou un jour prochain dans le cœur de l’autre –
qui est leur but et leur lieu, leur seuil imaginaire, transitoire mais voué à la seule chance d’une TRANSMISSION.