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Poésie

Articles Tagués ‘immense’

Bouffée de printemps (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Bouffée de printemps

Tout poudroie au soleil, l’air sent bon le printemps.
Les femmes vont, au Bois sous leurs ombrelles claires.
Chiens, bourgeois et voyous, chacun a ses affaires.
Tout marche. Les chevaux de fiacre « ont vingt ans ».

Dans les jardins publics Guignol parle aux enfants
Aux tremblants crescendos des concerts militaires
Que viennent écouter de jaunes poitrinaires
Frissonnant aux éclats des cuivres triomphants.

Aux magasins flambants les commis font l’article,
Derrière les comptoirs des hommes à l’air fin
Pour vérifier un compte ont chaussé leur bésicle,

Chacun trime, rit, flâne ou pleure, vit enfin!
Seul, j’erre à travers tout, la lèvre appesantie
Comme d’une nausée immense de la vie.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Séparation (Ida Faubert)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter -   (8)

Séparation

Et puis, tu t’en iras. Je te verrai partir
Et je suivrai des yeux la voile qui t’emmène,
Retenant mes sanglots pour ne pas défaillir
Sous le poids accablant de mon immense peine.

Tu t’en iras! Nos mains se désenlaceront,
Et nous ne vivrons plus les minutes divines,
Où, si près l’un de l’autre et ton front sur mon front,
Nous entendions nos coeurs bondir dans nos poitrines.

Et devant ma douleur tu seras impuissant,
Toi, qui fus mon amour, ma joie et ma folie,
Et tu vas emporter la chaleur de mon sang,
Car je t’ai tout donné de ce qui fut ma Vie !

(Ida Faubert)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

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Il en fut comme d’un crépuscule (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Christophe Hohler

Il en fut comme
d’un crépuscule immense d’or allègre,
qui se serait, soudain, éteint tout entier
en un nuage de cendre.

— Il m’en resta cette tristesse
des désirs brûlants, quand ils doivent
s’enfermer dans la geôle
de la vérité quotidienne ; ce chagrin
des jardins aux couleurs idéales
qu’efface une lumière sale de pétrole —.

Et je ne m’y résignais pas.
Je le pleurai ; je l’obligeai. Je vis la ridicule
injustice de cette candide fraternité
de l’homme et de la vie,
de la mort et de l’homme.

Et me voici, vivant ridicule, attendant,
mort ridicule, la mort!

***

Fue lo mismo
que un crepúsculo inmenso de oro alegre,
que, de repente, se apagara todo,
en un nublado de ceniza.

—Me dejó esa tristeza
de los afanes grandes, cuando tienen
que encerrarse en la jaula
de la verdad diara; ese pesar
de los jardines de colores ideales,
que borra una luz sucia de petróleo—.

Yo no me resignaba.
Le lloré; le obligué. Vi la ridícula
sinrazón de esta cándida hermandad
de hombre y vida,
de muerte y hombre.

¡Yaqui estoy, vivo ridículo, esperando,
muerto ridículo, a la muerte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Christophe Hohler

 

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LA MUSIQUE (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 29 avril 2013



 

Dariusz Branski

LA MUSIQUE

Non, ne la fais pas naître,
car elle a un corps et une âme,
comme une femme ; ne crée pas
la mort en la créant ; laisse
sa nudité dans la sérénité
— sans existence — du piano !

Non, non ; qu’elle ne dresse pas
son beau corps sur le crépuscule,
pour retomber ensuite, sous l’immense
noirceur de sa chevelure libre !

***

LA MÚSICA

¡No la hagas nacer,
que tiene cuerpo y alma,
igual que una mujer; no seas
creador de la muerte con crearla; deja
su desnudez en la serenidad
—no existente— del piano!

¡No, no; que no levante
su cuerpo hermoso en el crepúsculo,
para luego caer, bajo la inmensa
negrura de su abierta callebera!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dariusz Branski

 

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INSOMNIE (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 27 avril 2013



 

Irina Kotova

INSOMNIE

La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.

***

DESVELO

Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Irina Kotova

 

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Ecritures dispersées (Bartolo Cattafi)

Publié par arbrealettres le 19 avril 2013



 

Page-blanche

Jamais

Ecritures dispersées
encres malmenées
pattes
de mouche partout perchées
occasions manquées
d’absence, de silence…
Au pied de la plus belle
page
blanche vide parfaite
jamais vous ne verrez la croix
la sapience, la gloire immense de l’analphabète.

(Bartolo Cattafi)

 

 

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CORPS ET STATUE (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 15 avril 2013



 

Édouard Joseph Dantan Une-restauration-1891-Edouard-Joseph-Dantan

CORPS ET STATUE

Dénudant le corps et la statue
De son ombre épaisse, de sa réverbération,
De son vêtement terrien, de son enveloppe trompeuse,
Cherchant la chair et le fruit,

La plaie la plus profonde á la racine de la plaie.

Des doigts sont parvenus jusqu’au coeur,
Jusqu’au feu secret de la pierre,

Ma privation fut comme une lame.

Mon amour tel un massacre caché.

Mon rêve un grenier immense.

J’ai frôlé, aimé, creusé,
J’ai récolté du chagrin et me suis rempli de bruit.

(Georges Themelis)

Illustration: Édouard Joseph Dantan

 

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Je suis tout petit je le sais bien (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 11 avril 2013



Je suis tout petit
Je le sais bien,

Et toi tu es grande,
je dirai immense
Si j’aimais les adjectifs.

Je suis petit,
Ca ne fait rien,

Ce n’est pas une question
De dimension,

C’est une question de force,
Une question de besoin.

Je ne me sens pas
Perdu en toi,

Mais voguant en nous,
En cette sphère que nous créons.

(Guillevic)

Illustration

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COMMENT PEUX-TU (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 4 avril 2013



 

Adam Tan

COMMENT PEUX-TU

Comment peux-tu t’enfermer
Dans l’insignifiance
A étendre la solitude infinie
Dans une poitrine
Un coeur qui lance des étincelles

Tu as soif, tu as froid
Tu as une faim de souffrance
Qui nourrisse la tienne

Je ne puis porter aucune, ombre
Marcher nu
Parmi les fantômes

Image confuse — vaisseau perdu
Qui surprend les vents
Je cherche un soleil
Un visage effacé
Dans toutes les nuits

Je ne puis me rappeler
En portant top terrible amour
Comment un ciel antérieur
S’ouvre sur l’abîme
Des oiseaux et de la mer

Comment les anges se brisent
Au contact de l’immense liberté

(Georges Themelis)

Illustration: Adam Tan

 

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Enfer (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 16 mars 2013



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
A l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller le troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux destins éphémères,
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères,
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Jerome Bosch

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