Arbrealettres

Poésie

Articles Tagués ‘insaisissable’

Combien obscurs les Hommes, les Pléiades (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 2 juin 2013



Combien obscurs les Hommes, les Pléiades,
Avant qu’un ciel soudain
Révèle qu’à jamais l’Un d’eux
Est soustrait à la vue —

Membres de l’Invisible, ils existent,
Sous nos yeux écarquillés,
Dans l’Immensité du Possible,
Insaisissables, comme l’Air —

Pourquoi ne pas Les avoir retenus?
Les Cieux en souriant,
Frôlent nos Têtes désappointées,
Sans une syllabe —

***

How noteless Men, and Pleiads, stand
Until a sudden sky
Reveals the fact that One is rapt
Forever from the eye —

Members of the Invisible,
Existing; while we stare,
In Leagueless Opportunity,
O’ertakeless, as the Air —

Why did’nt we detain Them?
The Heavens with a smile,
Sweep by our disappointed Heads,
Without a syllabe —

(Emily Dickinson)


Illustration: William Blake

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Une nuit je pris entre mes mains ton visage (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013



Une nuit je pris entre mes mains
ton visage. La lune l’éclairait.
Ô la plus insaisissable des choses
sous un excès de pleurs.

C’était presque un objet docile, simplement là,
calme comme une chose, à le tenir.
Et cependant il n’était pas, dans la froide
nuit, d’être qui m’échappât plus infiniment.

***

Einmal nahm ich zwischen meine Hände
dein Gesicht. Der Mond fiel darauf ein.
Unbegreiflichster der Gegenstände
unter überfließendem Gewein.

Wie ein williges, das still besteht,
beinah war es wie ein Ding zu halten.
Und doch war kein Wesen in der kalten
Nacht, das mir unendlicher entgeht.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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COUCHANTS (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 28 avril 2013



 

Xiao Huang

COUCHANTS

Ciel en toi, cristal ; plus ciel
que le ciel, parce que je ne peux
saisir en ton vert écho,
le vrai insaisissable !

***

PONIENTES

iCielo en ti, cristal; más cielo
que el cielo, porque no puedo
cojerte en tu verde eco,
lo incojible verdadero!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Xiao Huang

 

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Oh ! mes chers (Giorgo Caproni)

Publié par arbrealettres le 16 avril 2013



 

Jeanie Tomanek amongus

Oh ! mes chers

Ils apparaissaient tous
en transparence.
Tous
en âme.
Tous
dans l’insaisissable essence
de l’ombre.

Mais vivants.

Vivants dans la mort
comme vivants sont les morts
dans la vie.

Je cherchai
à les compter.

Le nombre
se perdait dans le vide
comme dans le vent le nombre
des feuilles.

Oh mes chers.
Oh ! odieux.

Je pleurai.
d’amour et de rage.

Je pensai
à mon esprit aveuglé.

Je fermai la fenêtre.

Mon coeur.

La porte.

À double tour.

(Giorgo Caproni)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Insaisissable conjuration (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 1 mars 2013


014

 

Pour se réchauffer
par le froid ils rassemblent leurs doigts
soufflent sur eux
qui deviennent des os seuls

(Jean Follain)

Illustration

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Tu sais trop qu’on te préfère (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 20 février 2013



Mais tu sais trop qu’on te préfère,
que ceux qui t’ont quittée

Te trouvent dans les blés,
Te recherchent dans la pierre,
Insaisissable.

(Guillevic)

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Je suis entré en retraite avec mon Aimé (Ibn Fârid)

Publié par arbrealettres le 9 février 2013



 

Je suis entré en retraite avec mon Aimé
et il y a entre nous un secret plus insaisissable
que la brise lorsqu’elle passe.

(Ibn Fârid)

Illustration

 

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Absence (Paul Géraldy)

Publié par arbrealettres le 9 janvier 2013



Absence

Ce n’est pas dans le moment
où tu pars que tu me quittes.
Laisse-moi, va, ma petite,
il est tard, sauve-toi vite !
Plus encore que tes visites
j’aime leurs prolongements.
Tu m’es plus présente, absente.
Tu me parles. Je te vois.
Moins proche, plus attachante,
moins vivante, plus touchante,
tu me hantes, tu m’enchantes !
Je n’ai plus besoin de toi.
Mais déjà pâle, irréelle,
trouble, hésitante, infidèle,
tu te dissous dans le temps.
Insaisissable, rebelle,
tu m’échappes, je t’appelle.
Tu me manques, je t’attends !

(Paul Géraldy)


Illustration

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Chaque poème, chaque phrase est Tout (Michel Leiris)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2012



 

Gustav Klimt arbre de vie  tree-of-life-klimt-lg

Pareil effacement (le nôtre) ici, également, est exigé.
Quelles traces, qui ne se brouillent ?
Quel itinéraire, qui ne se perde dans le labyrinthe de la lecture ?
Parole hypocrite (la mienne) qui ne s’accepterait comme seuil.
Qui n’aurait autre but que de faire le silence.

Des débris, des miettes.
Le souffle du poème, le vertige de la phrase balaient glose, arguties.
L’intelligence est décimée.

Miraculeusement, la nuit elle-même éclairant
(insaisissable, muette évidence),
chaque poème, chaque phrase est Tout.

(Michel Leiris)

Illustration: Gustav Klimt

 

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Reste l’amour (Christian Bobin)

Publié par arbrealettres le 21 novembre 2012



 

Reste l’amour qui nous enlève de tout sans nous sauver de rien.

La solitude est en nous comme une lame, profondément enfoncée dans les chairs.
On ne pourrait nous l’enlever sans nous tuer aussitôt.
L’amour ne révoque pas la solitude. Il l’a parfait. il lui ouvre tout un espace pour brûler.

L’amour n’est rien de plus que cette brûlure, comme au blanc d’une flamme.
Une éclaircie dans le sang. Une lumière dans le souffle. Rien de plus.
Et pourtant il me semble que toute une vie serait légère penchée sur ce rien.
Légère, limpide : l’amour n’assombrit pas ce qu’il aime.
Il ne l’assombrit pas parce qu’il ne cherche pas à le prendre. il le touche sans le prendre.
Il le laisse aller et venir. Il le regarde s’éloigner, d’un pas si fin qu’on ne l’entend pas mourir :
éloge du peu, louange du faible.

L’amour s’en vient, l’amour s’en va. Toujours à son heure, jamais à la nôtre.
Il demande, pour venir, tout le ciel, toute la terre, toute la langue.
Il ne saurait tenir dans l’étroitesse d’un sens.
Il ne saurait même pas se se contenter d’un bonheur.

L’amour est liberté.
La liberté ne va pas avec le bonheur. Elle va avec la joie.
La joie est comme une échelle de lumière dans notre coeur.
Elle mène à bien plus, plus haut que nous, à bien plus haut qu’elle :
là où plus rien n’est à saisir, sinon l’insaisissable.

(Christian Bobin)

Illustration: Bill Viola

 

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