Articles Tagués ‘(Jacques Rabemananjara)’
Publié par arbrealettres le 28 octobre 2012
Initiation
Dormeuse, te voici lourde de volupté.
Un fil de songerie erre au coin de ta bouche.
Je contemple parmi les trésors de ta couche
la chaste nudité du corps que j’ai sculpté.
Mes doigts vont effeuiller sur tes paupières closes
les multiples splendeurs de mon nouveau printemps.
Le mois de mai royal s’est couronné de roses
et des pétales d’or jonchent le clair étang.
L’aube nous surprendra dans l’heureuse défaite:
Immobile, le bras replié sur ta tête,
je n’invoquerai point la grâce du soleil.
Dors, ma Princesse, dors. Sur ta nuque d’ivoire
se déploie, impalpable, et la soie et la moire
que tisse entre nos corps le charme du sommeil.
(Jacques Rabemananjara)
Illustration: Théodore Chassériau
Publié dans poésie | Tagué: (Jacques Rabemananjara), bouche, charmé, couché, dormeuse, grâce, initiation, ivoire, moire, nudité, proncesse, rose, soleil, sommeil, songerie, splendeur, tisser, volupté | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 30 septembre 2012

RIEN QUE MESSAGE
Je t’apporte, Déesse, un salut blanc comme la neige.
Un salut nouveau comme le printemps.
Je te l’apporte
riche de tous mes souhaits, de tous mes voeux inavoués.
Mais quel message inédit
récitera l’Oracle du Nord ?
Chaque parole atteint mon coeur d’une lueur de certitude
Manne combien précieuse
dont comble l’affamé du désert ta bouche d’or,
ta bouche de miel
promise au seul baiser de l’extase…
Depuis avant l’aube,
l’attente de l’instant divin
ronge,
fait défleurir l’arbre de la solitude.
Le feu d’un lent tourment
monte de la racine au col des sommets.
L’incendie avance
aussi certain que la marée ;
et toute la plaine s’embrase
mouvante où souffle le Vent nouveau de la Frontière.
Depuis l’aube d’hier,
depuis les chants du Premier Jour,
la terre s’interroge : image de l’âme en éveil.
Et l’oeil hanté
du pâtre-errant a perdu le fil du sommeil.
Les pieds du pèlerin
saignent encore sur la ronce et les os durs des carrefours.
Les perfides poussières
en ont limé la force vive avant l’Etape.
Lassitude ! Lassitude !
Rien que lassitude
sur les sables blancs de l’étendue.
La mort
a d’une main sûre lancé la foudre en flamme,
lancé jusqu’au-delà de la prairie,
sur l’herbe rouge des savanes !
Et m’a ravi le brusque orage
comme l’Aigle la douce Colombe.
Et les ténèbres
ont englouti les cris de mon sang,
ont couvert l’abîme septuple
de l’Angoisse et de l’amertume.
Et j’ai dévoré mes larmes jusqu’à la source,
et j’ai dévoré mes doigts jusqu’aux ongles.
Qui n’a pas reconnu le mendiant,
l’Aveugle à la voix rauque,
assis aux bornes du sentier ?
Le mendiant d’Amour
qui s’en allait pieds nus à travers l’ortie et l’épine,
qui s’en allait quêter la joie au bras de l’horizon !
Voici
qu’au tournant de la nuit
le geste d’un dieu propice
suscite l’Archange clair au bord du précipice !
Et c’est toi que j’acclame, faste de l’aube seconde !
Azur frais et lisse d’un ciel lavé tes yeux d’iris et de béryl.
Plus fabuleux que l’or du Rhin,
que la perle rouge à Golconde !
Irrésistibles
comme l’appel de la magie ou le signe du destin !
[...]
(Jacques Rabemananjara)
Illustration: Andrzej Malinowski
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Publié par arbrealettres le 30 septembre 2012

ATTENTE
Je l’ai guetté, ton pas, sur les marches du temple.
Le moindre bruit lointain résonnait dans mon coeur.
Est-ce Elle qui s’avance au-devant de mon ample
désir impérial de la prendre en vainqueur !
Ta chair est dans ma chair ; ton sang est dans mon sang.
De la synthèse naît l’âme des ordalies.
La neige fond avec l’ébène incandescent.
Contraste harmonieux ! Hautes anomalies !
L’antithèse a charmé l’augure hypnotisé.
Les rites de l’épreuve ont tout exorcisé.
Je suis l’élan jailli du flanc noir des Tropiques
Et toi, la fleur de serre au long des blancs frimas :
Le miracle nous vient de nos propres climats
D’avoir eu la beauté des rêves utopiques.
*
Nous voici de nouveau face au lac de nos rêves.
Au silence s’unit un crépuscule pur.
Ma main cherche ta main par des caresses brèves.
La lune est pleine à faire éclater tout l’azur.
Quelles vagues d’extase ensemble nous soulèvent
et nous transportent jusqu’au champ des astres d’or.
Sur terre et dans les cieux, tous les amants sont morts :
Il nous revient, ce soir, d’assurer la relève.
L’héroïne, c’est toi dont j’annonce le titre
aux siècles éblouis par ta fière beauté.
Notre amour remplit seul tout le dernier chapitre
du livre que les dieux pour l’homme ont inventé ;
et pour nous être aimés comme jamais l’on aime
ils nous marquent du sceau de leur plus bel emblème !
(Jacques Rabemananjara)
Illustration: Sabin Balasa
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Publié par arbrealettres le 28 septembre 2012

Je mords ta chair vierge et rouge
avec l’âpre ferveur
du mourant aux dents de lumière,
Madagascar!
Un viatique d’innocence
dans mes entrailles d’affamé,
je m’allongerai sur ton sein avec la fougue
du plus ardent de tes amants,
du plus fidèle,
Madagascar!
(Jacques Rabemananjara)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 27 septembre 2012

[...]
Fais-moi danser,
Oh ! danser jusqu’au vertige, jusqu’au délire !
Fais danser mon coeur rouge,
mon coeur d’orage et de feu,
Prends-le fumant de fièvres dans tes poings,
dans l’ivresse de ton mystère.
sanglant trophée,
Elève mon coeur jusqu’au soleil, jusqu’au tonnerre
pour la gloire de tes jours, Diane-Fée !
Pour la surprise unique des Princes et des Dieux !
Pour l’éclatement suprême de la Terre !
Fais danser mon coeur rouge,
danser mon coeur d’orage et de feu !
Danser dans l’ivresse de ton mystère !
Mais quel message dira, ce soir,
l’Oracle des Vents du Nord ?
Aux portes du Temple fleurit,
beau comme la vie au seuil de la mort,
fleurit déjà le Grand Désir
au bourgeon pourpre et solitaire.
(Jacques Rabemananjara)
Illustration: Pierre Descldes
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Publié par arbrealettres le 27 septembre 2012

PRELUDE
Je me rappelle, Erica !
Je me rappelle
l’instant du miracle, la date lumineuse
d’hier.
Pas un geste, pas un cri
ne s’efface de ma mémoire.
Je me rappelle et, plus fier
que le guerrier de la légende ou de l’épopée,
j’avance dans la lice avec le front marqué du signe de ta gloire.
La grâce
a pénétré jusqu’au coeur de ma vie.
Lame de lumière dans le sous-bois.
Epée étincelante enfoncée à tes flancs,
Bel Archer de Minuit !
Et toi, Reine dernière,
La torche flambe dans ta main.
Une route de feu s’ouvre droit sur l’infini.
Il souffle, il souffle un vent étrange !
Tourne, tourne l’héliotrope de Midi !
Et tourne et tourne le sable rouge !
Et Toi et Moi, ce soir,
Nous ne serons plus que deux rêves,
Deux rêves enfouis dans la poitrine de l’ivresse.
Deux rêves vivants
comme arbres drus sur la dune,
Gonflés de sève et de mystère !
(Jacques Rabemananjara)
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Publié par arbrealettres le 10 septembre 2012

Intermèdes
Je rêve d’une vierge au profil de mystère
Dont les yeux inconnus neigent de bleus regrets.
Et, fleur de sang penchée au puits de mon parterre,
Ses lèvres écloront de sanglotants secrets.
Elle m’aura bercé comme un frère distrait
Dont le songe d’azur se fane sur la terre.
Mon cœur, jusqu’à la mort, aura gardé ses traits
Dans un rayonnement de beauté solitaire.
Elle m’aura caché dans sa virginité.
Et, sous les lourds manteaux des candeurs et des flammes
]’aurais vécu mille ans avec sérénité.
Quelquefois seulement, j’entendrai de ses blâmes,
Quand elle aura compris que, trop longtemps, mon âme
S’attarde sur ses seins pressant l’Eternité…
(Jacques Rabemananjara)
Illustration: Théodore Chassériau
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2012

Ma soeur, il se fait tard. Le jour devient timide.
La colline rosit, au loin… L’herbe est humide.
Ecoute… Les bouviers sur les pas des troupeaux
Troublent de leurs appels la sente et les coteaux.
Le lac prochain s’endort. Les sarcelles s’envolent.
Sur les roseaux pensifs, comme autant de corolles,
Les blancs oiseaux des Dieux songent avec ferveur…
Il se fait tard, ma soeur. La nuit et sa faveur
Nous ramènent bientôt aux soins de nos mystères.
C’est l’heure… Descendant aux jardins de la terre,
Les mânes protecteurs, les Esprits et les Morts
Viennent de leurs enfants apaiser les remords,
Exaucer des mortels les voeux et les offrandes,
Et sur nos mains verser des grâces odorantes.
Que le vent nous libère et chasse les hiboux
De l’ombre inviolée et chaste des bambous !
Mais déjà l’arc-en-ciel empourpre la savane
D’une splendeur au ton mystique et diaphane.
De la lune alahmade invoquant le flambeau,
Allons prier, ma soeur, prier sur les tombeaux…
(Jacques Rabemananjara)
Illustration: Géraldine Potron
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2012

Je t’ai faite, depuis, la reine de mes rêves.
Nulle frontière autour et le domaine est tel
qu’en face l’infini n’est qu’un simple archipel
dont la fine échancrure enfle d’un flot de sève.
Quelle semence d’or sur l’espace et le temps !
Déjà le grand pavot mystique nous embaume.
L’Eternité fleurit dans le coeur du royaume
et c’est toi le lotus lumineux de l’Etang.
Mais ton haut « ravenale » arborant sa verdure
déploie en éventail nos millions de désirs :
l’hivernage, trop long, a durci la nervure.
Quand donc retentiront, pour nos divins plaisirs,
et l’appel du printemps et le chant de la rose
et les cris d’abandon de ta nudité rose…
(Jacques Rabemananjara)
Publié dans poésie | Tagué: (Jacques Rabemananjara), abandon, appel, archipel, échancrure, éventail, désir, embaumer, fleurir, frontière, infini, mystique, nervure, nudité, or, printemps, rêve, reine, rose, semence, verdure | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011

De son museau mobile et rose
et l’oeil pétillant de mystère
La petite souris renifle
l’odeur de cadavre du temps
qui glisse
dans l’insatiable caveau
Les barreaux noirs ont clos les paupières
de tous les astres du firmament.
Seule une étoile, tout là-haut, pétille
sémillante
comme une goutte de champagne et de sang frais
dans l’immense coupe invisible de la nuit :
une seule étoile !..
Prison civile Tananarive,
31 décembre 1947.
(Jacques Rabemananjara)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Jacques Rabemananjara), étoile, cadavre, caveau, champagne, coupe, mobile, museau, mystère, odeur, oeil, paupière, pétiller, rose, souris, temps | Poster un commentaire »