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Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire? (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 23 mai 2013



Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire?
Sa hanche au grand contour, les globes de ses seins ?
Son crâne a-t-il encor cette crinière noire
Que l’orgie autrefois couronnait de raisins ?

Et son ventre, son dos ? Oh ! que sont devenues
Surtout, par les hasards de l’insensible azur,
Ces épaules cold-cream? et ces lèvres charnues
Où mes dents mordillaient comme dans un fruit mûr?

Et ces cuisses que j’ai fait craquer dans les miennes?
Et ce col délicat, ce menton et ce nez,
Ces yeux d’enfer pareils à ceux des Bohémiennes
Et ses pâles doigts fins aux ongles carminés ?

Il n’y a que l’échange universel des choses,
Rien n’est seul, rien ne naît, rien n’est anéanti,
Et pour les longs baisers de ses métamorphoses,
Ce qui fut mon épouse au hasard est parti!

Parti pour les sillons, les forêts et les sentes,
Les mûres des chemins, les prés verts, les troupeaux,
Les vagabonds hâlés, les moissons d’or mouvantes,
Et les grands nénuphars où pondent les crapauds,

Parti pour les cités et leurs arbres phtisiques,
Les miasmes de leurs nuits où flambe le gaz cru,
Les bouges, les salons, les halles, les boutiques,
Et la maigre catin et le boursier ventru.

Parti… fleurir peut-être un vieux mur de clôture
Par-dessus qui, dans l’ombre et les chansons des nids,
Deux voisins s’ennuyant en villégiature
Échangeront un soir des serments infinis !

(Jules Laforgue)


Illustration: Niklaus Manuel Deutsch

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En toi la terre (Pablo Neruda)

Publié par arbrealettres le 17 mai 2013



En toi la terre

Petite
rose,
rose menue,
parfois,
minuscule et nue,
on dirait
que tu tiens
dans une seule de mes mains,
que je vais t’y emprisonner
et à ma bouche te porter,
mais
soudain
mes pieds touchent tes pieds et ma bouche tes lèvres,
tu as grandi,
tes épaules s’élèvent comme deux collines
et voici que tes seins se promènent sur ma poitrine,
mon bras parvient à peine à entourer la mince ligne,
le croissant de nouvelle lune de ta taille :
dans l’amour tu t’es déchaînée comme l’eau de la mer :
je mesure à peine les yeux les plus vastes du ciel
et je me penche sur ta bouche pour embrasser la terre.

(Pablo Neruda)


Illustration: Anne-Marie Zilberman

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VERLAINE (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 2 mai 2013



 

Dorina Costras glissando_pictura_inset

VERLAINE

La chanson
que jamais je ne dirai
s’est assoupie sur mes lèvres.
La chanson
que jamais je ne dirai.

Parmi le chèvrefeuille
était un ver luisant
et d’un de ses rayons
la lune perçait l’eau.

Ce fut alors que je rêvai
la chanson
que jamais je ne dirai

chanson pleine de lèvres
et de canaux lointains

chanson de longues heures
dans l’ombre gaspillées

chanson d’étoile vive
sur un jour éternel.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Dorina Costras

 

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N’est-il une chose au monde, Chère, à la face du ciel (Francis Vielé-Griffin)

Publié par arbrealettres le 25 avril 2013



 

Nicholas Roerich . Song of Shambhala

« N’est-il une chose au monde,
Chère, à la face du ciel
- un rire, un rêve, une ronde,
Un rayon d’aurore ou de miel

N’est-il une chose sacrée
- un livre, une larme, une lèvre,
Une grève, une gorge nacrée,
Un cri de fierté ou de fièvre

N’est-il une chose haute,
Subtile et pudique et suprême
- Une gloire, qu’importe! une faute,
Auréole ou diadème

Qui soit comme une âme en notre âme,
Comme un geste guetté que l’on suive,
Et qui réclame, et qui proclame,
Et qui vaille qu’on vive?… »

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Nicholas Roerich

 

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Tu n’as rien pris de mon âme que je ne te l’aie donné (Francis Vielé-Griffin)

Publié par arbrealettres le 24 avril 2013



 

Albert Asensio   3

Tu n’as rien pris de mon âme
Que je ne te l’aie donné;
Mon rêve est tendre et calme
De l’oeuvre de ma journée;

Je n’ai rien pris de ta lèvre
Qu’un baiser et qu’un refrain;
Le soir vient, je me lève,
Et je reprends le chemin;

Je te quitte, tu me laisses aller
- Toi, sans regrets, moi sans remords
Aussi bien il le fallait
Selon la vie et le sort.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Albert Asensio

 

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C’est le premier matin du monde (Charles Van Lerberghe)

Publié par arbrealettres le 21 avril 2013



 

C’est le premier matin du monde.
Comme une fleur confuse exhalée de la nuit,
Au souffle nouveau qui se lève des ondes,
Un jardin bleu s’épanouit.

Tout s’y confond encore et tout s’y mêle,
Frissons de feuilles, chants d’oiseaux,
Glissements d’ailes,
Sources qui sourdent, voix des airs, voix des eaux,
Murmure immense,
Et qui pourtant est du silence.

Ouvrant à la clarté ses doux et vagues yeux,
La jeune et divine Ève
S’est éveillée de Dieu.
Et le monde à ses pieds s’étend comme un beau rêve.

Or Dieu lui dit : Va, fille humaine,
Et donne à tous les êtres
Que j’ai créés, une parole de tes lèvres,
Un son pour les connaître.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Lucien Levy Dhurmer

 

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Keepsake (Albert Samain)

Publié par arbrealettres le 21 avril 2013



 

Alberto Galvez

Keepsake

Sa robe était de tulle avec des roses pâles,
Et rose pâle était sa lèvre, et ses yeux froids,
Froids et bleus comme l’eau qui rêve au fond des bois.
La mer Tyrrhénienne aux langueurs amicales.

Berçait sa vie éparse en suaves pétales.
Très douce elle mourait, ses petits pieds en croix ;
Et, quand elle chantait, le cristal de sa voix
Faisait saigner au coeur ses blessures natales.

Toujours à son poing maigre un bracelet de fer,
Où son nom de blancheur était gravé "Stéphane",
Semblait l’anneau rivé de l’exil très amer.

Dans un parfum d’héliotrope diaphane
Elle mourait, fixant les voiles sur la mer,
Elle mourait parmi l’automne… vers l’hiver…

Et c’était comme une musique qui se fane…

(Albert Samain)

Illustration: Alberto Galvez

 

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Bouche à bouche esquissé (Michel Gay)

Publié par arbrealettres le 14 avril 2013



Bouche à bouche esquissé
dans le concert des langues
quand le mot se suspend
sous le baillon des lèvres

(Michel Gay)

Illustration: Gustav klimt

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LES VOIX (Georges Themelis)

Publié par arbrealettres le 13 avril 2013



 

Odd Nerdrum_sleeping_couple

LES VOIX

Les voix qu’on avait entendues reviennent
Des lamentations et des bruissements remplissent l’air.

Le printemps vient et revient
Des arbres comme pétrifiés dans une lumière dure.

La lumière est rude et nous change,
Brûle le visage, dévore la peau.

La pluie arrive et tombe dans la mémoire,
Murs mouillés et moisis.
La chair se mouille en dedans, l’âme se mouille.

La fontaine où nous buvions ne coule pas.
Tu distingues le bruit, tu vois l’eau
Suspendue se penche vers la terre,
Comme d’un arbre une branche sèche.

Tu écoutes les rossignols que tu écoutais, ils ne s’arrêtent point
Dans l’ouïe attentive, dans les forêts attardées dans l’obscurité.
Tu dégustes les paroles de la nuit.
Mains que j’ai gardées dans les miennes,
Mains, doigts dans les doigts,
Vous êtes restées au toucher comme les taches
Qui ne disparaissent pas, comme du sang sur les habits.
Lèvres sur mes lèvres,
Ame sur mon âme.

Mer résonnant dans le sommeil. Vaste mer.

(Georges Themelis)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Le colibri (Charles Leconte de Lisle)

Publié par arbrealettres le 9 avril 2013



 

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Le colibri

Le vert colibri, le roi des collines,
Voyant la rosée et le soleil clair
Luire dans son nid tissé d’herbes fines,
Comme un frais rayon s’échappe dans l’air.

Il se hâte et vole aux sources voisines
Où les bambous font le bruit de la mer,
Où l’açoka rouge, aux odeurs divines,
S’ouvre et porte au coeur un humide éclair.

Vers la fleur dorée il descend, se pose,
Et boit tant d’amour dans la coupe rose,
Qu’il meurt, ne sachant s’il l’a pu tarir.

Sur ta lèvre pure, ô ma bien-aimée,
Telle aussi mon âme eût voulu mourir
Du premier baiser qui l’a parfumée !

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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