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Poésie

Articles Tagués ‘livre’

Vanessa passe (Marc Vaution)

Publié par arbrealettres le 17 juin 2013



Vanessa passe.
Elle distribue ses gestes
aux arbres de rencontre,
à ces gardiens silencieux
qui ne savent rien d’elle,
sinon que, tout à l’heure encore,
ils rediront son nom,
parce que c’est la voix de toute chose.
Elle se lève,
un bruissement d’eaux mortes la prolonge.

Elle parcourt les chemins d’eau,
les terres pâles des légendes,
ces landes où la joie s’accroche
aux pluies d’octobre.
Lointaine, quand le vent se pose,
elle parle de jours suspendus,
de rêves à fleur de regard.
Le feu fait éclater les pierres,
alors que,déjà,
les neiges sont venues habiter le silence.
Dans la cendre, elle lit, comme un livre,
l’écriture alchimique des pays
où vivre a la simplicité de l’air.

(Marc Vaution)


Illustration: Francine Van Hove

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Un arc de triomphe (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2013



 

hirondelles 2

Un arc de triomphe

Tout ce qu’ont dit les hirondelles
Sur ce colossal bâtiment,
C’est que c’était à cause d’elles
Qu’on élevait un monument.

Leur nid s’y pose si tranquille,
Si près des grands chemins du jour,
Qu’elles ont pris ce champ d’asile
Pour causer d’affaire, ou d’amour.

En hâte, à la géante porte,
Parmi tous ces morts triomphants,
Sans façon l’hirondelle apporte
Un grain de chanvre à ses enfants.

Dans le casque de la Victoire
L’une, heureuse, a couvé ses oeufs,
Qui, tout ignorants de l’histoire,
Eclosent fiers comme chez eux.

Voulez-vous lire au fond des gloires,
Dont le marbre est tout recouvert ?
Mille doux cris à têtes noires
Sortent du grand livre entr’ouvert.

La plus mince qui rentre en France
Dit aux oiseaux de l’étranger
"Venez voir notre nid immense.
Nous avons de quoi vous loger."

Car dans leurs plaines de nuages
Les canons ne s’entendent pas
Plus que si les hommes bien sages
Riaient et s’entr’aimaient en bas.

La guerre est un cri de cigale
Pour l’oiseau qui monte chez Dieu ;
Et le héros que rien n’égale
N’est vu qu’à peine en si haut lieu.

Voilà pourquoi les hirondelles,
A l’aise dans ce bâtiment,
Disent que c’est à cause d’elles
Que Dieu fit faire un monument.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

http://henriettel.canalblog.com/archives/2010/07/11/18545629.html

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Lettre à la nuit (Simone Schmitzberger)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013



A cause de vous,
J’ai eu zéro en géographie.
J’ai dit que je vous avais vue,
Ce matin, au saut du lit.
C’est vrai, vous étiez en chemise de nuit,
Et vous aviez encore vos bigoudis.
Vous m’avez même demandé,
D’aller vous chercher un croissant.
Comme tout était fermé,
J’ai dû aller jusqu’à la lune.
Cela m’a pris du temps,
Hélas, quand je suis revenu,
Vous aviez disparu !
La maîtresse ne m’a pas crue,
Il paraît que dans les livres,
On ne vous a jamais vue en bigoudis.
Moi, si, et cela m’a valu
Un zéro en géographie,
Pour avoir fait l’école buissonnière
Alors que j’étais endormie.

(Simone Schmitzberger)

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De manière obscure (Jorge Luis Borges)

Publié par arbrealettres le 12 juin 2013



 

De manière obscure
les livres, gravures et clefs
connaissent mon sort.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Je sais que c’est de la poésie (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 4 juin 2013



Si je lis un livre et qu’il rend mon corps entier si froid
qu’aucun feu ne pourra jamais me réchauffer,
je sais que c’est de la poésie.
Si je ressens physiquement
comme si le sommet de ma tête m’était arraché,
je sais que c’est de la poésie.
Ce sont les deux seules façons
que j’ai de le savoir.
Y en a-t-il d’autres ?

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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La Mort donne un sens à l’Objet (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 2 juin 2013



La Mort donne un sens à l’Objet
Sur quoi l’OEil eût glissé
A moins qu’un Être disparu
Tendrement nous supplie
De penser devant de petits ouvrages
Au Pastel – ou en laine -
«C’est le dernier qu’ont fait Ses doigts » —
Si diligents avant -

Que le Dé ne pèse trop lourd -
Que les points ne cessent – d’eux-mêmes -
Alors on l’a rangé parmi la Poussière
Sur les étagères du Placard -

J’ai un Livre – offert par un ami -
Dont le Crayon – ici et là -
A coché tel passage qu’Il aimait -
Au Repos – sont Ses doigts -

Aujourd’hui – je le lis – sans le lire -
Les Larmes m’interrompent -
Effacent les Gravures
À Réparer, hors de Prix -

***

Death sets a Thing significant
The Eye had hurried by
Except a perished Creature
Entreat us tenderly

To ponder little workmanships
In Crayon — or in wool —
With "This was last Her fingers did"—
Industrious until —

The Thimble weighed too heavy -
The stitches stopped — themselves —
And then ’twas put among the Dust
Opon the Closet shelves -

A Book I have – a friend gave -
Whose Pencil – here and there -
Had notched the place that pleased Him —
At Rest – His fingers are -

Now – when I read – I read not —
For interrupting Tears -
Obliterate the Etchings
Too Costly for Repairs -

(Emily Dickinson)

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Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée (Victor Hugo)

Publié par arbrealettres le 1 juin 2013



 

 

David Hockney  url

Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
Quand le bourdonnement de la ville insensée
Où toujours on entend quelque chose crier,

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
Le regard de mon âme à la terre tourné ;

Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
Qui l’égare au hasard et toujours la ramène,
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

Elle court aux forêts où dans l’ombre indécise
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
Trouve la rêverie au premier arbre assise,
Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois !

(Victor Hugo)

Illustration: David Hockney

 

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Loger la source (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2013


 


Igor Morski 5f5ea707 

Loger la source

Il avait lu — tant lu.
Un jour il gravit la montagne qui dominait la terre, il fut ému.
Mais il avait tant lu qu’il était comme un dos de livre.
De lui saillaient les feuilles, elles interceptaient, enfermaient,
froissaient toutes les sources et toutes les frondaisons.
Alors fut en lui une lente faim. Il se sentit pesant et aspira le vent.
Le vent l’effeuilla. Il se trouva comme le dos creux d’un livre sans pages.
Et dans ce long creux le fluent et le verdoyant vinrent s’y loger.
Il devint la source et la clairière.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Igor Morski

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Crâne crucifié (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2013


 


 

bibliothèque

Crâne crucifié
tu connais des histoires chancelantes
aux précipices de tes oreilles

Dans les nuits les bibliothèques verrouillent leurs portes
et les feuilles des livres chassent les doigts

(Guy Lévis Mano)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Parce qu’il y a certains livres (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 26 mai 2013


 


 

Francis Picabia -   (6)

Parce qu’il y a certains livres qui sont
étincelles de pain doré,
Parce que ce sont livres à longue saveur plus
longue que mon temps
Parce que ruminante est la connaissance du dévolu.

Parce que mon corps est pesant de mémoire
autant que de jours
et qu’étant plus pesant il a plus d’élan.

Parce que le dessin de ma bouche
est le dessin d’une autre bouche
parce que je suis étranger à mon passage
et immuable dans l’immuable quête…

Peut-être que l’immobilité a reçu message
des bords mordorés qui dévorent leurs couleurs
Peut-être que la pulsation qui fêle chaque seconde
naît des confins noirs des midis de nudité.

Ruée de ma rivière et de ton fleuve ignorant saules
et prés pour se confondre
et se consumer à l’embouchure
Et nous voici centre de vie pic et caverne
Ma langue est la bêche humide qui prépare le creux
de la fécondité…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Francis Picabia

 

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