Articles Tagués ‘lumière’
Publié par arbrealettres le 18 juin 2013

Que la vie en vaut la peine
C’est une chose étrange à la fin que le monde
Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit
Ces moments de bonheur ces midis d’incendie
La nuit immense et noire aux déchirures blondes.
Rien n’est si précieux peut-être qu’on le croit
D’autres viennent. Ils ont le cœur que j’ai moi-même
Ils savent toucher l’herbe et dire je vous aime
Et rêver dans le soir où s’éteignent des voix.
D’autres qui referont comme moi le voyage
D’autres qui souriront d’un enfant rencontré
Qui se retourneront pour leur nom murmuré
D’autres qui lèveront les yeux vers les nuages.
II y aura toujours un couple frémissant
Pour qui ce matin-là sera l’aube première
II y aura toujours l’eau le vent la lumière
Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.
C’est une chose au fond, que je ne puis comprendre
Cette peur de mourir que les gens ont en eux
Comme si ce n’était pas assez merveilleux
Que le ciel un moment nous ait paru si tendre.
Oui je sais cela peut sembler court un moment
Nous sommes ainsi faits que la joie et la peine
Fuient comme un vin menteur de la coupe trop pleine
Et la mer à nos soifs n’est qu’un commencement.
Mais pourtant malgré tout malgré les temps farouches
Le sac lourd à l’échine et le cœur dévasté
Cet impossible choix d’être et d’avoir été
Et la douleur qui laisse une ride à la bouche.
Malgré la guerre et l’injustice et l’insomnie
Où l’on porte rongeant votre cœur ce renard
L’amertume et Dieu sait si je l’ai pour ma part
Porté comme un enfant volé toute ma vie.
Malgré la méchanceté des gens et les rires
Quand on trébuche et les monstrueuses raisons
Qu’on vous oppose pour vous faire une prison
De ce qu’on aime et de ce qu’on croit un martyre.
Malgré les jours maudits qui sont des puits sans fond
Malgré ces nuits sans fin à regarder la haine
Malgré les ennemis les compagnons de chaînes
Mon Dieu mon Dieu qui ne savent pas ce qu’ils font.
Malgré l’âge et lorsque, soudain le cœur vous flanche
L’entourage prêt à tout croire à donner tort
Indifférent à cette chose qui vous mord
Simple histoire de prendre sur vous sa revanche.
La cruauté générale et les saloperies
Qu’on vous jette on ne sait trop qui faisant école
Malgré ce qu’on a pensé souffert les idées folles
Sans pouvoir soulager d’une injure ou d’un cri.
Cet enfer. Malgré tout cauchemars et blessures
Les séparations les deuils les camouflets
Et tout ce qu’on voulait pourtant ce qu’on voulait
De toute sa croyance imbécile à l’azur.
Malgré tout je vous dis que cette vie fut telle
Qu’à qui voudra m’entendre à qui je parle ici
N’ayant plus sur la lèvre un seul mot que merci
Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.
(Louis Aragon)
Illustration: Gustav Klimt
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Louis Aragon), aimer, échine, étrange, belle, bonheur, chaîne, coeur, court, cri, cruauté, déchirure, dévasté, enfant, flancher, guerre, imbécile, injure, injustice, insomnie, lumière, malgré, maudit, nuage, passant, précieux, rêver, renard, rencontre, revanche, ride, s'en aller, saloperie, souffrir, soulager, sourire, toucher, valoir, venir, vent, vie, voyage | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 18 juin 2013
Bacchus
L’hyacinthe de la mer chavire tous les coeurs,
Les nuages de terre emportent les poussières
De la mythologie vers les eaux des lumières
Où l’Iacchus Eternel a épousé nos fleurs :
Hélianthe, Jacinthe, Ciguë et Ortie Jaune.
Ce paradis d’ivresse est coloré des Dieux.
Et un grand bruissement orange, rouge et jaune
Monte comme un poison vers les prairies des Cieux
Enivrant notre âme du vin charnel céleste.
Et toi Homme épouse nos Fleurs Saintes et reste
Dans ce beau et saint lieu : cet enfer de plaisirs,
Ce paradis brûlant de joies et de désirs.
- Nous voulons respirer les encens de l’Eglise
Au goût alcoolisé – Pour que l’âme s’enlise.
(David Marino)
Illustration: Caravage
Publié dans poésie | Tagué: (David Marino), âme, église, épouser, éternel, Bacchus, charnel, chavirer, coeur, désir, eau, encens, fleur, hyacinthe, ivresse, joie, lumière, mer, mythologie, nuage, paradis, plaisir, poussière, s'enliser, terre, vin | 4 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 17 juin 2013
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Dimitri T.Analis), lumière, sel, vide | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
Je suis colombe lâchée hors de l’arche
En vain mon aile errante parcourt les eaux sans fin
Mon âme pleure, nul ne l’entend
Mon Dieu devant toi oubliée
Dans d’épaisses ténèbres reléguée
Je me languis de toi et je te recherche
Et j’espère qu’au fin fond de la fosse
Poindra en moi la lumière
(Haviva Pedaya)
Illustration
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Haviva Pedaya), aile, arche, âme, épaisse, colombe, Dieu, entendre, errante, espérer, fossé, lumière, parcourir, pleurer, poindre, rechercher, sans fin, se languir, ténèbres | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
Veillée
Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.
Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.
Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant : " D’où sommes-nous venus ? "
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor : " Non, tout n’est pas malheur ! "
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Wilhelm Hammershoi
Publié dans poésie | Tagué: étoile, regarder, inconnu, lumière, peur, aile, terre, cieux, maison, lune, mer, voile, éternelle, hiver, éblouir, vitre, scintiller, malheur, vaisseau, divine, rayonner, veillée, passager, (Marceline Desbordes-Valmore) | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

Toi !
De Thomas Moore.
Du frais matin la brillante lumière,
L’ardent midi, l’adieu touchant du jour,
La nuit qui vient plus douce à ma paupière
Pâle et sans bruit rêver avec l’amour,
Le temps jaloux qui trompe et qui dévore,
L’oiseau captif qui languit près de moi,
Tout ce qui passe, et qu’à peine je vois,
Me trouve seul… seul ! Mais vivant encore
De toi !
Des arts aimés quand l’essaim m’environne,
L’ennui secret les corrompt et m’atteint.
En vain pour moi la fête se couronne :
La fête pleure et le rire s’éteint.
L’unique asile où tu me sois restée,
Le sanctuaire où partout je te vois,
Ah ! C’est mon âme en secret visitée
Par toi !
La gloire un jour a distrait mon jeune âge ;
En te cherchant j’ai perdu son chemin.
Comme à l’aimant je vais à ton image ;
L’ombre est si belle où m’attire ta main !
Ainsi qu’aux flots les barques se balancent,
Mes ans légers ont glissé loin de moi ;
Mais à présent dans tout ce que je vois,
Mes yeux, mon coeur, mes voeux, mes pas s’élancent
Vers toi !
Je dis ton nom dans ma gaîté rendue,
Je dis ton nom quand je rapprends les pleurs ;
Dans le désert la colombe perdue
Ne sait qu’un chant pour bercer ses douleurs.
Égide chère à ma vie embrasée,
Le monde en vain jette ses maux sur moi ;
Mon âme un jour sera calme ou brisée
Par toi !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Yoshiro Tachibana
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), adieu, amour, ardent, barque, bercer, brise, calme, chemin, corrompre, distraire, douleur, ennui, essaim, fêter, gaîté, image, languir, lumière, passer, paupière, pleurer, rêver, s'élancer, secret, tromper | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
Au bois joli
L’arbre ne va pas à l’école
L’arbre ne va pas à la guerre
L’arbre se plaît là où il est
L’arbre ne fait pas de tourisme
L’arbre ne va pas au travail
L’arbre ne prend pas de vacances
Il accepte le temps qu’il fait
L’arbre prend le temps comme il vient
Et l’arbre ne se plaint de rien.
L’arbre monte à la lumière et creuse vers l’antipode.
Ni maître, ni disciple, ni patron, c’est l’arbre.
Arbre appelle oiseau, nid, hamac, écureuil.
L’automne le décoiffe, il se découvre même pour saluer
l’hiver.
On s’imagine qu’il a élu là sa racine de toute éternité.
On pense toujours qu’il ne passera pas l’hiver.
Mais il n’empêche, c’est lui qui nous enterre.
L’arbre, il lui faut un siècle pour se faire.
Au bipède déprédateur, il suffit d’une minute pour
l’assassiner, d’un déjeuner d’affaires, d’un conseil
d’administration pour organiser le massacre des arbres.
Si les hommes savaient comme il s’en moque, l’arbre !
Lui qui fera de l’ombre sur leurs marbres.
L’arbre ne fait pas le mal, l’arbre ne fait pas d’argent,
l’arbre ne fait pas d’histoire, l’arbre ignore la colère,
la fatigue, le sommeil.
Flammèches chlorophyliennes, éphéméride végétal,
confident du temps.
Philosophie de son mutisme, lui le télépathe du ciel, le
vigilant guetteur des vents.
Arbre mon ami, arbre au coeur secret, mon voisin discret,
il faut te couper pour savoir ton âge.
Arbre du cercueil, ta sève vaut notre sang.
L’arbre est innocent.
Même si l’animal vertical l’a destiné aux bois de justice,
aux croix, aux poteaux d’exécution, aux gibets, aux pals,
aux garrots, aux cages, aux clôtures, aux piloris, aux
crosses, aux échafauds, aux miradors, aux palissades,
aux bâtons, aux triques, aux baguettes de tambour, aux
matraques, aux carcans.
Ô la tristesse des feux de joie !
L’arbre est éponge, humus, poumon, calendrier, livre,
ombre et lyre.
L’arbre habille le globe de sa robe oxygène.
L’arbre c’est la paix, la fidélité, froufrou du silence, un
bloc de patience, la stabilité, le gnomon des jours.
L’arbre fait la vie.
Et l’arbre sait se taire.
L’arbre
libre.
(Bernard Lorraine)
Publié dans poésie | Tagué: (Bernard Lorraine), accepter, antipode, arbre, argent, école, éternité, bois, cage, carcan, disciple, enterrer, fidélité, gibet, guerre, hamac, hiver, libre, lumière, maître, marbre, massacre, ombre, patience, patron, racine, se décoiffer, se moquer, se plaindre, temps, travail, vacances | 4 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
Vois-tu, dans ces silences en lesquels les choses
s’abandonnent et semblent tout près
de trahir leur ultime secret,
parfois on s’attend
découvrir un défaut de la Nature,
le point mort du monde, le chaînon qui ne tient,
le fil à débrouiller qui enfin nous conduise
au centre d’une vérité.
Le regard fouille à l’entour,
l’esprit enquête, accorde, sépare
dans le parfum qui sans cesse gagne
lorsque le jour se fait plus languissant.
Ce sont les silences où l’on voit
dans chaque ombre humaine qui s’éloigne
quelque Divinité surprise.
Mais l’illusion cède, et nous ramène le temps
dans les cités bruyantes où l’azur se montre
par morceaux seulement, tout en haut, entre les cimaises.
La pluie fatigue la terre, ensuite; et s’accumule
la tristesse de l’hiver sur les maisons;
la lumière se fait avare — amère l’âme.
Quand, un jour, d’un porche mal clos,
entre les arbres d’une cour,
nous apparaît le jaune des citrons;
et voici fondre le gel du coeur
et faire en nous ruisseler
leurs chants
les trompes d’or de la solarité.
***
Vedi, in questi silenzi in cui le cose
s’abbandonano e sembrano vicine
a tradire il loro ultimo segreto,
talora ci si aspetta
di scoprire uno sbaglio di Natura,
il punto morto del rondo, l’anello ehe non tiene,
il filo da disbrogliare che finalmente ci metta
nel mezzo di una verità.
Lo sguardo fruga d’intorno,
la mente indaga accorda disunisce
nel profumo che dilaga
quando i1 giorno più languisce.
Sono i silenzi in cui si vede
in ogni ombra umana che si allontana
qualche disturbata Divinità.
Ma l’illusione manca e ci riporta il tempo
nelle città rumorose dove l’azzurro si rostra
soltanto a pezzi, in alto, tra le cimase.
La pioggia stanca la terra, di poi; s’affolta
il tedio dell’inverno sulle case,
la luce si fa avara – amara l’anima.
Quando un giorno da un malchiuso portone
tra gli alberi di una corte
ci si mostrano i gialli dei limon;
e il gelo del cuore si sfa,
e in petto ci scrosciano
le loro canzoni
le trombe d’oro della solarità.
(Eugenio Montale)
Publié dans poésie | Tagué: (Eugenio Montale), avare, chaînon, cimaise, citron, coeur, cour, défaut, fouiller, gel, illusion, languissant, lumière, nature, ombre, or, parfum, pluie, regard, ruisseler, s'abandonner, s'accumuler, secret, silence, solarité, surprise, trahir, trompe, ultime | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
Il marche à l’heure vague où le jour tombe. Il marche,
Portant ses hauts bâtons. Et, double ogive, l’arche
Du pont encadre l’eau, couleur plume de coq.
il a chaud et n’a pas le sou pour prendre un bock.
Mais partout où ses pas résonnent, la lumière
Brille. C’est l’allumeur humble de réverbère
Qui, rentrant pour la soupe, avec sa femme assis,
L’embrasse, éclairé par la chandelle des six,
Sans se douter – aucune ignorance n’est vile -
Qu’il a diamanté, simple, la grande ville.
(Charles Cros)
Publié dans poésie | Tagué: (Charles Cros), arche, chandelle, diamanter, eau, lumière, marcher, rentrer, ville | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
Le plafond s’envole
La fillette dans la maison en pierre regardait vers le haut et
voyait le plafond s’éloigner chaque jour un peu plus.
C’est une erreur a dit la mère.
Mais le plafond s’envole.
Pourquoi es-tu venu ? A demandé la fillette au ciel rentré à
l’intérieur avec ses rebords tigrés pour l’éternité.
Retire-toi de la lumière, ont dit les barreaux du ciel, à cause de
toi on a fait tomber une maille dans le vêtement de solitude.
Ils ont poussé la fillette dans le trou du néant.
Vous avez peut-être vu ici un plafond ? A demandé la fillette
aux chevaux galopant les narines crachant de l’écume.
Retire-toi de la ligne, tu nous empêches de défaire les distances.
Et ils l’ont poussée dans la source de pluie, là se trouvait le plafond.
Que fais-tu ici. C’était une erreur de ta part de t’envoler a dit la fillette.
L’horizontal, c’est faire bonne figure, a dit le plafond
Erreur de ta part de croire que tu as une figure, a dit la fillette.
Erreur aussi qu’une fillette puisse voir un plafond s’envoler.
Pour celui qui aime faire bonne figure, je ne suis pas une enfant
a dit la fillette et a poussé le plafond vers le bas.
A la maison la mère a dit — recouvre le plafond, je lui ai tricoté un chandail.
Se trompe celui qui pense que l’on peut recouvrir la plaie de la solitude.
(Nurith Zarchi)
Publié dans poésie | Tagué: (Nurith Zarchi), chandail, chevaux, ciel, erreur, fillette, lumière, maison, mère, plafond, plaie, pluie, s'envoler, solitude, source | Poster un commentaire »