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Poésie

Articles Tagués ‘magie’

Dire la Beauté (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 26 avril 2013



Dire la Beauté serait affadir
Déchoir qu’exprimer la magie
Il est un Océan sans syllabes
Dont elles sont les signes
Ma volonté en cherche le vocable,
Échoue, mais goûte
Une Extase comme de Legs —
De mines introspectives —

***

To tell the Beauty would decrease
To state the spell demean
There is a syllableless Sea
Of which it is the sign
My will endeavors for it’s word
And fails, but entertains
A Rapture as of Legacies —
Of introspective mines —

(Emily Dickinson)

Illustration: Clark Little

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Le menacé (Jorge Luis Borges)

Publié par arbrealettres le 13 mars 2013



Le menacé

C’est l’amour. Je devrais me cacher ou fuir.

Les murs de ma prison grandissent, comme en un rêve atroce.
Le beau masque a changé, mais comme toujours c’est le seul.
De quoi peuvent me servir mes talismans :
l’exercice des lettres, la vague érudition,
l’apprentissage des mots dont l’âpre Nord se servit pour chanter ses mers et ses épées,
la sereine amitié, les galeries de la Bibliothèque, les choses courantes, les coutumes,
le jeune amour de ma mère, l’ombre militaire de mes morts, la nuit intemporelle, la saveur du sommeil ?

Etre avec toi ou ne pas être avec toi est la mesure de mon temps.

Déjà la cruche se brise sur la fontaine, déjà l’homme se lève à la voix de l’oiseau,
déjà s’assombrissent ceux qui regardent aux fenêtres mais l’ombre n’a pas apporté la paix.

C’est, je le sais bien, l’amour : le désir anxieux d’entendre sa voix,
l’attente et la mémoire, l’horreur de vivre dans la succession.

C’est l’amour avec ses mythologies, avec ses petites magies inutiles.

Il y a un coin de rue où je n’ose passer.

Déjà les armées m’encerclent, les hordes.

(Cette chambre est irréelle, elle ne l’a pas vue.)

Le nom d’une femme me dénonce.

J’ai mal à une femme dans tout mon corps.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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POUR CECILIA GUTIERREZ NAJERA Y MAILLEFERT (José Marti)

Publié par arbrealettres le 27 février 2013



 

Berthe Morisot Le Berceau

POUR CECILIA GUTIERREZ NAJERA Y MAILLEFERT

Dans le berceau sans pareil naquit la divine
Enfant aux yeux profonds et à la démarche légère,
Son père le tissa pour elle de merveilleuse
Musique d’azur et d’oeillets de neige.

Du soleil vorace et de la cime andine,
Apportant de la myrrhe nouvelle, le cortège de bardes
Vint répandre sur le berceau fragile
Un parfum de myosotis et une clarté de nards.

Aux ailes pâles de l’arpège,
Enlacé au berceau tressé,
Le barde royal accrocha une liane fine
De doux opale et clair de lune.

Dans les mains tremblantes et anxieuses
De l’heureuse mère, comme premier collier,
Le barde créateur versa la chaste perle
Et l’iris de son écrin idéal.

De son petit palais étincelant
Sortit la mystique enfant, comme s’élève
Blanche et bleue, dans l’espace solennel,
Le sein rempli de larmes, la nuée.

Ils sont verts les yeux de l’ensorceleuse
Enfant et le regard y tremble
Comme l’onde vierge de la mer voyageuse
Surprise en sa course dans un coquillage nacré.

Fine et sévère comme l’art austère,
Elle pose sur l’existence un pied ailé,
Elle a le chant et l’inquiétude d’un oiseau
Et sa main est le creux d’un bijou.

Enfant, si le monde infidèle au barde divin
Dérobe les magies dont il ourla ton berceau,
Toi tu lui orneras à nouveau le merveilleux
Vers de doux opale et clair de lune.

(José Marti)

Illustration: Berthe Morisot

 

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La splendeur de la vie (Kafka)

Publié par arbrealettres le 18 janvier 2013



 

vie

Il est parfaitement concevable
que la splendeur de la vie se tienne prête
à côté de chaque être et toujours
dans sa plénitude,
mais qu’elle soit voilée,
enfouie dans les profondeurs,
invisible, lointaine.
Elle est pourtant là,
ni hostile, ni malveillante, ni sourde;
qu’on l’invoque par le mot juste,
par son nom juste,
et elle vient.
C’est là l’essence de la magie,
qui ne crée pas,
mais invoque.

(Kafka)

 

 

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Peuple des nuages (J.M.G. Le Clézio)

Publié par arbrealettres le 1 janvier 2013



Peuple des nuages,
inaccessible et qui passe,
qui s’en va.

Ils naissent à l’horizon,
au-dessus de la mer.
Ils apparaissent par magie,
comme s’ils n’avaient jamais cessé d’exister.

Je les regarde et je sens au fond de moi
quelque chose de doux et de léger qui gonfle,
qui traverse mon corps.

Je sens sur la peau de mon visage
les taches claires et sombres qui bougent.
C’est en regardant les nuages qu’on devine le bonheur.

On ne possède plus rien,
mais on est abandonné, et on vole.
Mouvement de balancier de la mer,
frémissant des feuilles des arbres,
mouvement des pluies et reptation de l’eau des fleuves,

il y a tout cela dans le simple passage des nuages.

(J.M.G. Le Clézio)

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Mon Âme est gourde (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 13 décembre 2012



J’ai lâché mon Cerveau – Mon Âme est gourde -
Les Veines qui jadis coulaient
S’arrêtent, figées – Paralysie
Mieux rendue dans la pierre -

Vitalité Sculptée et froide -
Mon nerf gît dans du marbre -
Femme Respirante
Hier – dotée de Paradis.

Non muette — quelque chose bougeait —
Un Sens en éveil, en émoi -
Des instincts de Danse — un art de pirouette -
Une Aptitude d’Oiseau —

Qui a fait oeuvre de Carrare en moi
Et buriné mon chant
Que ce soit magie – que ce soit la Mort -
Si j’ai une chance de tendre

À l’Être, quelque part – au Mouvement – au Souffle -
Fût-ce par-delà les Siècles,
Et chaque limite une Décennie -
Je frémirai, comblée.

***

I’ve dropped my Brain – My Soul is numb —
The Veins that used to run
Stop palsied – ’tis Paralysis
Done perfecter in stone -

Vitality is Carved and cool —
My nerve in marble lies —
A Breathing Woman
Yesterday – endowed with Paradise.

Not dumb – I had a sort that moved -
A Sense that smote and stirred —
Instincts for Dance – a caper part —
An Aptitude for Bird -

Who wrought Carrara in me
And chiselled all my tune
Were it a witchcraft – were it Death -
I’ve still a chance to strain

To Being, somewhere – Motion – Breath -
Though Centuries beyond,
And every limit a Decade -
I’ll shiver, satisfied.

(Emily Dickinson)


Illustration: Odilon Redon

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Fausse est la magie (Kabîr)

Publié par arbrealettres le 16 novembre 2012



Fausse est la magie, vrai le Magicien,
telle est la pensée des saints:
Dit Kabîr, selon qu’on l’a compris ou non,
on trouve ou non le salut…

(Kabîr)


Illustration

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LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE (Jean de la Fontaine)

Publié par arbrealettres le 13 novembre 2012



 

LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE

Une Souris tomba du bec d’un Chat-Huant :
Je ne l’eusse pas ramassée ;
Mais un Bramin le fit ; je le crois aisément :
Chaque pays a sa pensée.
La Souris était fort froissée :
De cette sorte de prochain
Nous nous soucions peu : mais le peuple bramin
Le traite en frère ; ils ont en tête
Que notre âme au sortir d’un Roi,
Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête
Qu’il plaît au Sort. C’est là l’un des points de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère.
Sur un tel fondement le Bramin crut bien faire
De prier un Sorcier qu’il logeât la Souris
Dans un corps qu’elle eût eu pour hôte au temps jadis.
Le sorcier en fit une fille
De l’âge de quinze ans, et telle, et si gentille,
Que le fils de Priam pour elle aurait tenté
Plus encor qu’il ne fit pour la grecque beauté.
Le Bramin fut surpris de chose si nouvelle.
Il dit à cet objet si doux :
"Vous n’avez qu’à choisir ; car chacun est jaloux
De l’honneur d’être votre époux.
- En ce cas je donne, dit-elle,
Ma voix au plus puissant de tous.
- Soleil, s’écria lors le Bramin à genoux,
C’est toi qui seras notre gendre.
- Non, dit-il, ce nuage épais
Est plus puissant que moi, puisqu’il cache mes traits ;
Je vous conseille de le prendre.
- Et bien, dit le Bramin au nuage volant,
Es-tu né pour ma fille ? – Hélas non ; car le vent
Me chasse à son plaisir de contrée en contrée ;
Je n’entreprendrai point sur les droits de Borée."
Le Bramin fâché s’écria :
"Ô vent donc, puisque vent y a,
Viens dans les bras de notre belle!"
Il accourait : un mont en chemin l’arrêta.
L’éteuf passant à celui-là,
Il le renvoie, et dit : "J’aurais une querelle
Avec le Rat ; et l’offenser
Ce serait être fou, lui qui peut me percer."
Au mot de Rat, la Damoiselle
Ouvrit l’oreille ; il fut l’époux.
Un Rat ! un Rat ; c’est de ces coups
Qu’Amour fait, témoin telle et telle :
Mais ceci soit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient. Cette Fable
Prouve assez bien ce point : mais à la voir de près,
Quelque peu de sophisme entre parmi ses traits :
Car quel époux n’est point au Soleil préférable
En s’y prenant ainsi ? Dirai-je qu’un géant
Est moins fort qu’une puce ? elle le mord pourtant.
Le Rat devait aussi renvoyer, pour bien faire,
La belle au chat, le chat au chien,
Le chien au loup. Par le moyen
De cet argument circulaire,
Pilpay jusqu’au Soleil eût enfin remonté ;
Le Soleil eût joui de la jeune beauté.
Revenons, s’il se peut, à la métempsycose :
Le sorcier du Bramin fit sans doute une chose
Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté.
Je prends droit là-dessus contre le Bramin même :
Car il faut, selon son système,
Que l’homme, la souris, le ver, enfin chacun
Aille puiser son âme en un trésor commun :
Toutes sont donc de même trempe ;
Mais agissant diversement
Selon l’organe seulement
L’une s’élève, et l’autre rampe.
D’où vient donc que ce corps si bien organisé
Ne put obliger son hôtesse
De s’unir au Soleil, un Rat eut sa tendresse ?
Tout débattu, tout bien pesé,
Les âmes des souris et les âmes des belles
Sont très différentes entre elles.
Il en faut revenir toujours à son destin,
C’est-à-dire, à la loi par le Ciel établie.
Parlez au diable, employez la magie,
Vous ne détournerez nul être de sa fin.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Routine de l’être (Abdellatif Laâbi)

Publié par arbrealettres le 2 novembre 2012



Rituels
sans magie
Routine de l’être

(Abdellatif Laâbi)


Illustration

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Splendeur de la vie (Kafka)

Publié par arbrealettres le 1 novembre 2012



 

Il est parfaitement concevable
que la splendeur de la vie se tienne prête
à côté de chaque être et toujours
dans sa plénitude,
mais qu’elle soit voilée,
enfouie dans les profondeurs,
invisible, lointaine.
Elle est pourtant là,
ni hostile, ni malveillante, ni sourde;
qu’on l’invoque par le mot juste,
par son nom juste,
et elle vient.
C’est là l’essence de la magie,
qui ne crée pas,
mais invoque.

(Kafka)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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