Publié par arbrealettres le 25 mai 2013

La nuit était sa marche son vêtement ses pupilles
et dans ses poches elle arrondissait ses mains
Elle était plus compagne que son vêtement
Elle était en candeur avec sa foulée
Elle était son jardin refuge et son jardin
limpide des confins
Et elle comprenait qu’il avait faim au-delà du pain.
(Guy Lévis Mano)
Illustration: Valérie Sjodin
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Publié par arbrealettres le 25 mai 2013

Je suis comme la licorne
Qui s’ébahit en regardant
La jeune fille
Eprouvant un si doux malaise
Qu’elle se pâme en son giron ;
Alors on la tue par trahison.
C’est ainsi que m’ont blessé à mort
l’Amour et ma dame, en vérité :
Ils ont pris mon coeur que je ne puis ravoir.
Dame, quand je fus devant vous
Et que je vous vis pour la première fois,
Mon coeur était si tremblant
Qu’il resta, entre vos mains, quand je partis.
Il fut alors conduit, sans rançon,
Captif en la douce prison
Dont les piliers sont de désir,
Et les portes de beau regard,
Et les anneaux de bon espoir.
(Thibaut de Champagne)
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Publié par arbrealettres le 25 mai 2013
La barque d’un corps apaisé
vogue lentement sur les couleurs du soir
temps et lumière de crépuscule
faisant frémir la cendre et le silence
notre désir entre dans la nuit
précédé de l’amour
cet amour reconnu dans les perles de l’absence.
Il est le visage et la main le rire
la grâce du corps endormi
le chant des larmes entre les dunes.
La nudité est un soir d’été
une flamme entre nos mains gardée
un fleuve solitaire dont nous sommes l’origine et la source.
(Tahar Ben Jelloun)
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Publié par arbrealettres le 25 mai 2013
Un bras sur l’horizon
une main touchant le ciel
une pensée folle
sur la tête penchée
un peu d’écume et de sel
déposés par la mer:
tel est l’homme qui ne peut nommer la douleur;
il se découvre funambule.
(Tahar Ben Jelloun)
Illustration: Gilles Candelier
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Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Notre petite compagne
Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner;
Je ne la fais pas à la pose;
Je suis la Femme, on me connaît.
Bandeaux plats ou crinière folle,
Dites? quel Front vous rendrait fou?
J’ai l’art de toutes les écoles,
J’ai des âmes pour tous les goûts.
Cueillez la fleur de mes visages,
Buvez ma bouche et non ma voix,
Et n’en cherchez pas davantage…
Nul n’y vit clair; pas même moi.
Nos armes ne sont pas égales,
Pour que je vous tende la main.
Vous n’êtes que de naïfs mâles,
Je suis l’Éternel Féminin!
Mon But se perd dans les Étoiles!…
C’est moi qui suis la Grande Isis!
Nul ne m’a retroussé mon voile.
Ne songez qu’à mes oasis…
Si mon Air vous dit quelque chose,
Vous auriez tort de vous gêner;
Je ne la fais pas à la pose:
Je suis La Femme! on me connaît.
(Jules Laforgue)
Illustration: Pierre-Yves Vigneron
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Publié par arbrealettres le 22 mai 2013

Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies
Chutes à terre elles fussent demain.
Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés bien qu’elles soient fleuries
En peu de temps cherront toutes flétries
Et comme fleurs périront tout soudain.
Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous, nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;
Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle;
Pour ce, aimez-moi cependant qu’êtes belle.
(Pierre de Ronsard)
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2013

Les mains d’Amaranthe
Belle main divisée en cinq branches d’ivoire,
Un dédale d’ébène enveloppe de lis
Les chemins tortueux des rameaux et des plis,
Que marque votre veine avec sa trace noire.
L’aurore aux doigts de rose avec toute sa gloire,
Ne pourrait devant vous recevoir que mépris,
Si lors qu’aux plus beaux doigts on donnerait les prix,
Sa vanité voulait vous ravir la victoire.
Que mon bonheur est grand d’être touché de vous,
Belles mains, dont j’adore et les traits et les coups,
Guerrières, pardonnez au captif d’Amaranthe.
Muse, à ces mains mes vers je présente pour don,
Allez baisant ces mains, et demandant pardon,
Dites qu’ils sont écrits des doigts de leur servante.
(Pierre de Marbeuf)
Illustration: Trisha Lambi
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Publié par arbrealettres le 21 mai 2013

Le bien que rien ne contient
Il avait son bien.
C’était le seul bien qui lui importait.
Rien ne pouvait le contenir, ni une poche, ni la paume de sa main.
On pouvait, parfois, en capter une trace dans ses yeux.
Il voulait partir. Partir avec son bien. Il fit ses valises.
Aux barrières les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Ils n’avaient pas ouvert ses valises. Il s’en revint avec son bien.
Il se fit couper un vêtement sans plis, ni poches, et se présenta aux barrières, sans bagages.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il s’en retourna. Mais il lui fallait vraiment partir. Avec son bien.
Alors il alla, nu, aux barrières.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il demeura nu. Avec son bien. Que rien ne pouvait contenir.
(Guy Lévis Mano)
Illustration: Patricia Traub
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Publié par arbrealettres le 20 mai 2013

Pour laver la moisissure des promesses non tenues
La main glisse sur le mur
Trace dans l’humidité verdâtre
Le chemin de l’oubli.
(Tahar Ben Jelloun)
Illustration: Ernest Pignon-Ernest
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Publié par arbrealettres le 19 mai 2013

Dieu tu m’as donné la voix,
Dieu c’était pour m’en servir,
si j’ai trop parlé parfois
c’était de choses à dire.
qui pourrait y contredire ?
J’ai parlé selon ma foi.
Engageons-nous dans l’humain,
tout le reste est comédie,
dans la dangereuse vie
marchons la main dans la main.
La mère donne le sein
à l’image de Marie
et c’est la source de vie
c’est la source du matin.
J’en reviens toujours à l’âme :
qui peut dire ce qu’elle est
et qui peut dire son drame ?
Nous sommes les fils des femmes
dans un Monde imaginé.
Qui connaît l’autre côté ?
(Georges Libbrecht)
Illustration: Siegfried Zademack
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