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Poésie

Articles Tagués ‘mort’

Citerne tarie (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Citerne tarie

Lâche j’ai vu partir l’Art ma dernière idole,
Le Beau ne m’étreint plus d’un immortel. transport,
Je sens que j’ai perdu, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le vieux désir s’endort.

Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords.
Nos mains ont désappris le travail qui console.
Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort.

Sourd à l’illusion qui tient les multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Tout est fini pour moi, je n’espère plus rien.

Tu bats toujours pourtant, coeur pourri, misérable!
Ah! si j’étais au moins, comme autrefois, capable
De ces larmes d’enfant qui nous font tant de bien!

(Jules Laforgue)


Illustration: Gilbert Garcin

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La mélancolie de Pierrot (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



La mélancolie de Pierrot

Le premier jour, je bois leurs yeux ennuyés….
Je baiserais leurs pieds,
À mort. Ah! qu’elles daignent
Prendre mon coeur qui saigne!
Puis, on cause…. — et ça devient de la Pitié;
Et enfin je leur offre mon amitié.

C’est de pitié, que je m’offre en frère, en guide;
Elles, me croient timide,
Et clignent d’un oeil doux :
« Un mot, je suis à vous! »
(Je te crois) Alors, moi, d’étaler les rides
De ce coeur, et de sourire dans le vide

Et soudain j’abandonne la garnison,
Feignant de trahisons!
(Je l’ai échappé belle!)
Au moins, m’écrira-t-elle?
Point. Et je la pleure toute la saison….
— Ah! j’en ai assez de ces combinaisons!

Qui m’apprivoisera le coeur! belle cure …..
Suis si vrai de nature
Aie la douceur des soeurs!
Oh viens! suis pas noceur,
Serait-ce donc une si grosse aventure
Sous le soleil? dans toute cette verdure…

(Jules Laforgue)


Illustration: Antoine Watteau

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Enfer (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
À l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre , à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller [le] troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux- destins éphémères;
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères;
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Bernard Buffet

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Résignation (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Résignation

Parasite insensé d’une obscure planète,
Dans l’infini tonnant d’éternelles clameurs,
Sur un point inconnu j’apparais et je meurs,
Et je veux qu’aussitôt tout le sache, et s’arrête!

Je veux que pour un cri perdu dans la tempête
Les océans soudain sèchent leurs flots hurleurs,
Et que pour apporter sur ma tombe des fleurs,
Les soleils en troupeaux accourent de leur Fête!

Pauvre coeur insensé! brise-toi, tu n’es rien.
Et bien d’autres sont morts dont le coeur fut le tien,
Et la terre elle-même ira dans le silence.

Tout est dur et sans coeur et plus puissant que toi.
Souffre, aime, attends toujours et [ ....... ] danse
Sans même demander l’universel Pourquoi.

(Jules Laforgue)


Illustration: William Blake

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Les spleens exceptionnels (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Les spleens exceptionnels

Heureux celui qui l’âme et la chair bien d’accord,
À son gré, n’importe où, soûle, amuse sa bête!
Pourquoi ne puis-je, moi, traverser une fête,
Aimer, avoir bon cœur, vivre enfin sans remords ?

Je sais que nul ne voit la chute ni l’essor,
Et qu’on est seul, et qu’on peut tout! Qui donc m’arrête
Devant ces noirs opiums dont la rancoeur hébète,
Et qui stupéfieraient mes terreurs de la Mort [?]

Ah bien des jours de spleen, de ces jours roux d’automne,
Où tout pleure d’ennui dans le vent monotone,
M’ont chassé de ma chambre! — à la fin, décidé

A m’en aller croupir sur les seins et les cuisses
D’une catin géante, aux chairs ointes d’épices
Qui me bercerait comme un pauvre enfant vidé.

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 23 mai 2013



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah!
Ma vie et l’Univers ? la Nature et la Loi ? pourquoi

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Mon ventre est la force ultime (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 23 mai 2013



 

Elena Kalis  underwtaer-photography-elena-kalis-3

Mon ventre est la force ultime
où j’oublie l’homme pour le dieu et l’unité pour la trinité
dans une nuit réminiscence unique de paradis
Et très haut fleuve confondit dans fleuve
Flux double vers le collectif océan pour la triomphale mort.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Elena Kalis

 

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Il avait ressuscité l’homme (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



 

Otto Dix

Il avait ressuscité l’homme. Il marchait à sa droite.
La parole de l’homme était trop haute et trop basse, avec de larges paliers de silence.
Alors il marcha à sa gauche. Et vit que la joue gauche de l’homme était couleur de terre.
Il se dit : il était temps. Encore un peu et la terre eût plaqué sur tout le corps sa teinte.
Il ne faut pas laisser le temps à la terre. Cet homme va toujours traîner un peu de mort sur lui…

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Otto Dix

 

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Mal à l’homme (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



Gurbuz Dogan Eksioglu Turk 

Mal à l’homme

J’ai mal à la vie j’ai mal à l’homme
j’ai mal aux années que je n’ai pas vécues
j’ai mal à ma flamme moribonde
et aux hirondelles qui volent trop bas

J’ai mal à mes pavés qui ont des arêtes
aux vagabondages sans auberge
aux nuits qui n’éclairent pas leurs portes
et aux routes que barrent des écriteaux

J’ai mal aux bouches où s’égare le rire
aux chants qui cherchent des clairières
j’ai mal à la lourdeur de leurs pas
et à nos différences

J’ai mal à leurs ventres qui sont vides
j’ai mal aux creux qu’ils ont dans la joue
j’ai mal à notre liberté qui s’effile
à la haine qui va consumer
à l’amour aux rives du désert

J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas
j’ai mal aux frontières en uniforme
au répit qu’ils ne savent pas prendre
à la joie esseulée et folle sur terre
qui n’arrive pas à pavoiser leurs dents

J’ai mal au monde entier
qui oublie l’exemple des moissons
et la liesse des guirlandes
j’ai mal à toutes les vies
parce qu’elles sont coiffées de mort

J’ai mal à l’avenir coincé dans les cavernes
à mon âme qui n’accepte pas
à mon corps qui n’a pas tout son soûl
et à ceux qui vont venir
et à ceux qui vont partir

car ils laissent les champs aux broussailles
et les oiseaux avoir peur du ciel

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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Homme exclu de la vie et de la mort (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2013



 

camp de travail

Homme exclu de la vie et de la mort
Que c’est difficile que c’est difficile

(Guy Lévis Mano)

 

 

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