Articles Tagués ‘mortel’
Publié par arbrealettres le 23 avril 2013

L’onde tremble comme une moire
De ténèbre à travers la nuit,
L’onde profonde, sourde et noire,
Où tout à coup la lune luit.
Du fond des eaux la lune attire
De pâles, longues, frêles fleurs,
Qui montent, s’ouvrent et se mirent
Dans son impalpable splendeur.
Mystérieusement écloses,
Comme un mortel pressentiment,
Dans l’onde et la lune elles posent
Leurs longs et pâles flambeaux blancs.
Il semble, au delà de la vie,
Et cependant à mon côté,
Que quelque être étrange m’épie,
Invisible dans la clarté.
(Charles Van Lerberghe)
Illustration: Nicole Helbig
Publié dans poésie | Tagué: (Charles Van Lerberghe), attirer, éclose, épier, étrange, clarté, flambeau, fleur, frêle, invisible, lune, moire, mortel, mystérieusement, nuit, onde, pressentiment, se mirer, sourde, splendeur, ténèbre, trembler, vie | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 20 avril 2013

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé.
Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.
Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques.
Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé
où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.
Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire,
de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.
J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D’où avait pu me venir cette puissante joie ?
Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature.
D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?
Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde.
Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.
Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.
Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment,
avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter
et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif.
Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.
Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ;
quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien.
Chercher ? pas seulement : créer.
Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.
(Marcel Proust)
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Publié par arbrealettres le 13 avril 2013

MOURIR ENSEMBLE
Ici dans ce lit
Creusé par l’amour
Pour qu’il puisse contenir le corps de l’amour
Qu’il soit comme un lit et comme une tombe
Ici je te ferai mourir, tu me feras mourir
Dans un profond baiser mortel
Ils viendront forcer la porte et nous trouver
Ils ne pourront pas relever les corps
Ils ne pourront pas ouvrir nos visages.
(Georges Themelis)
Illustration: Valentine Hugo
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Publié par arbrealettres le 9 avril 2013

Saisons brouillées
Quand naissent les fleurs au chant des oiseaux
Ton étrange voix gravement résonne,
Et comme aux échos des forêts d’automne
Un pressentiment court jusqu’en mes os.
Quand l’or des moissons mûrit sous la flamme,
Ton lointain sourire à peine tracé
Me pénètre ainsi qu’un brouillard glacé.
L’hiver boréal envahit mon âme.
Quand saignent au soir les bois dépouillés,
L’odeur de ta main laisse dans la mienne
L’odeur des printemps d’une étoile ancienne,
Et je sombre au fond d’espoirs oubliés.
Es-tu donc un monde au rebours du nôtre
Changeant et mortel, où je vis aussi ?
Soumis à lui seul, insensible ici,
Si je meurs dans l’un, survivrai-je en l’autre ?
Je regarderai dans tes yeux ouverts
Quand viendront le froid, la neige et la pluie.
La perdrai-je encor, mon âme éblouie,
Dans tes yeux brûlants comme les déserts ?
(Léon Dierx)
Illustration: Max Gasparini
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Publié par arbrealettres le 6 avril 2013

IDYLLE
Amour, tais-toi, mais prends ton arc ;
Car ma biche belle et sauvage,
Soir et matin, sortant du parc,
Passe toujours par ce passage.
Voici sa piste, ô la voilà !
Droit à son coeur dresse ta vire,
Et ne faux point ce beau coup-là,
Afin qu’elle n’en puisse rire.
Hélas ! qu’aveugle tu es bien !
Cruel, tu m’as frappé pour elle.
Libre elle fuit, elle n’a rien ;
Mais las ! ma blessure est mortelle.
(Jean Vauquelin de la Fresnaye)
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Publié par arbrealettres le 6 avril 2013
9 décembre 1913
Les plus sombres jours de l’année
Ont pour devoir de devenir lumière.
Je ne trouve pas de comparaison
Pour dire la douceur de tes lèvres.
Tes yeux, je te défends de les lever vers moi.
Épargne ma vie.
Ils sont plus clairs que les violettes nouvelles,
Mais mortels pour moi.
Je l’ai compris: les mots sont inutiles;
Légères, les branches sous la neige…
L’oiseleur a déjà tendu
Ses pièges près de la rivière.
(Anna Akhmatova)
Illustration: Sylvain Houcke
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Publié par arbrealettres le 19 février 2013
Pour survivre
Tu auras pour survivre
Des collines de tendresse
Les barques d’un ailleurs
Le delta de l’amour
Tu auras pour survivre
Le soleil d’une paume
Le tirant d’une parole
L’eau du jour à jour
Tu dresseras pour survivre
Des brasiers des terrasses
Tu nommeras la feuille
Qui anime le rocher
Tu chanteras les hommes
Transpercés du même souffle
Qui accomplissent leur songe
Face à l’éclat mortel !
(Andrée Chedid)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 16 février 2013

POUR SURVIVRE
Tu auras pour survivre
Des collines de tendresse
Les barques d’un ailleurs
Le delta de l’amour
Tu auras pour survivre
Le soleil d’une paume
Le tirant d’une parole
L’eau du jour à jour
Tu dresseras pour survivre
Des brasiers des terrasses
Tu nommeras la feuille
Qui anime le rocher
Tu chanteras les hommes
Transpercés du même souffle
Qui accomplissent leur songe
Face à l’éclat mortel !
(Andrée Chedid)
Illustration: Charles Courtney Curran
Publié dans poésie | Tagué: (Andrée Chédid), ailleurs, amour, éclat, barque, brasier, chanter, colline, delta, eau, feuille, homme, mortel, panier, parole, paume, rocher, soleil, songe, souffle, survivre, tendresse, terrasse, transpercé | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 2 janvier 2013

Pierre qui roule au creux de l’eau, ou de la cordillère,
ronde fille du volcan, colombe
de la neige,
en descendant vers la mer la forme a laissé
sa colère égarée dans les chemins,
le rocher a perdu son signe
pointu, mortel, alors
comme un oeuf du ciel il est entré dans le fleuve,
il a continué à rouler parmi les autres pierres
oublieux de sa descendance,
loin de l’éboulis infernal.
Ainsi, d’une douceur de ciel, jusqu’à la mer
arrive parfaite, vaincue,
concentrée, insigne,
la pureté.
(Pablo Neruda)
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Publié par arbrealettres le 23 novembre 2012
L’ombre et l’abîme ont un mystère
Que nul mortel ne pénétra;
C’est Dieu qui leur dit de se taire,
Jusqu’au jour où tout parlera.
(Victor Hugo)
Illustration
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