Articles Tagués ‘mourir’
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

Il y a des moments où les femmes sont fleurs
Sonnet
Il y a des moments où les femmes sont fleurs ;
On n’a pas de respect pour ces fraîches corolles…
Je suis un papillon qui fuit des choses folles,
Et c’est dans un baiser suprême que je meurs.
Mais il y a parfois de mauvaises rumeurs ;
Je t’ai baisé le bec, oiseau bleu qui t’envoles,
J’ai bouché mon oreille aux funèbres paroles ;
Mais, Muse, j’ai fléchi sous tes regards charmeurs.
Je paie avec mon sang véritable, je paie
Et ne recevrai pas, je le sais, de monnaie,
Et l’on me laissera mourir au pied du mur.
Ayant traversé tout, inondation, flamme,
Je ne me plaindrai pas, délicieuse femme,
Ni du passé, ni du présent, ni du futur !
(Charles Cros)
Illustration: Hermann Albert
Publié dans poésie | Tagué: regard, fleur, femme, mourir, suprême, corolle, présent, mur, moment, papillon, baiser, payer, futur, traverser, rumeur, fléchir, passé, monnaie, (Charles Cros), respect, charmeur, inondation | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
![Christiane Vleugels - _21 [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/christiane-vleugels-_21-1280x768.jpg?w=796&h=786)
A l’éternel madame
Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre,
Eternel Féminin ! … repasse tes fichus ;
Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l’heure,
Me montrer comme on fait chez vous, anges déchus.
Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure,
Piaffe d’un pied léger dans les sentiers ardus.
Damne-toi, pure idole ! et ris ! et chante ! et pleure,
Amante ! Et meurs d’amour !… à nos moments perdus.
Fille de marbre ! en rut ! sois folâtre !… et pensive.
Maîtresse, chair de moi ! fais-toi vierge et lascive…
Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un coeur…
Sois femelle de l’homme, et sers de Muse, ô femme,
Quand le poète brame en Ame, en Lame, en Flamme !
Puis – quand il ronflera – viens baiser ton vainqueur !
(Tristan Corbière)
Illustration: Christiane Vleugels
Publié dans poésie | Tagué: (Tristan Corbière), amour, ange, éternel, baiser, bramer, déchu, féminin, féroce, femme, fichu, genou, idéal, idole, lascive, leurre, mannequin, mourir, muse, poète, ronfler, sainte, tête-de-turc, vainqueur, vierge | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013

Un cri
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s’il en est un, dis-le moi,
J’irai le chercher avec toi.
Sous le soleil ou le nuage,
Guidée à ton vol qui fend l’air,
Je te suivrai dans le voyage
Rapide et haut comme l’éclair.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s’il en est un, dis-le moi,
J’irai le chercher avec toi.
Tu sais qu’aux fleurs de ma fenêtre
Ton nid chante depuis trois ans,
Et quand tu viens le reconnaître
Mes droits ne te sont pas pesants.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s’il en est un, dis-le moi,
J’irai le chercher avec toi.
Je ne rappelle rien, j’aspire
Comme un des tiens dans la langueur,
Dont la solitude soupire
Et demande un coeur pour un coeur.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s’il en est un, dis-le moi,
J’irai le chercher avec toi.
Allons vers l’idole rêvée,
Au Nord, au Sud, à l’Orient :
Du bonheur de l’avoir trouvée
Je veux mourir en souriant.
Hirondelle ! hirondelle ! hirondelle !
Est-il au monde un coeur fidèle ?
Ah ! s’il en est un, dis-le moi !
J’irai le chercher avec toi !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Sonia Mandel
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), éclair, chercher, coeur, cri, fenêtre, fidèle, hirondelle, idole, mourir, reconnaître, sourire, suivre, voyage | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
![Carrie Vielle (13) [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/carrie-vielle-13-1280x768.jpg?w=859&h=513)
Tristesse
Au docteur Veyne.
Si je pouvais trouver un éternel sourire,
Voile innocent d’un coeur qui s’ouvre et se déchire,
Je l’étendrais toujours sur mes pleurs mal cachés
Et qui tombent souvent par leur poids épanchés.
Renfermée à jamais dans mon âme abattue,
Je dirais : " Ce n’est rien " à tout ce qui me tue ;
Et mon front orageux, sans nuage et sans pli,
Du calme enfant qui dort peindrait l’heureux oubli.
Dieu n’a pas fait pour nous ce mensonge adorable,
Le sourire défaille à la plaie incurable :
Cette grâce mêlée à la coupe de fiel,
Dieu mourant l’épuisa pour l’emporter au ciel.
Adieu, sourire ! Adieu jusque dans l’autre vie,
Si l’âme, du passé n’y peut être suivie !
Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir,
À quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir ?
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Carrie Vielle
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), abattue, adieu, adorable, âme, épanché, éternel, caché, ciel, emporter, guérir, innocent, mémoire, mensonge, mourir, nuage, peindre, pli, rien, servir, sourire, tristesse, tuer, voile | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
![Carrie Vielle (9) [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/carrie-vielle-9-1280x768.jpg?w=703&h=889)
Toi qui m’as tout repris…
Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
C’est là que sans fierté je me révèle encore.
Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !
Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
Une part de toi-même aura fui l’univers.
Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.
Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
Pour t’oublier, viens voir ! … qu’ai-je dit ? Vaine étude,
Où la nature apprend à surmonter ses cris,
Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
Et la fatigue endort jusqu’au malheur.
Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Carrie Vielle
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Publié par arbrealettres le 15 juin 2013

Conclusion
J’ai rêvé les amours divins,
L’ivresse des bras et des vins,
L’or, l’argent, les royaumes vains,
Moi, dix-huit ans, Elle, seize ans.
Parmi les sentiers amusants
Nous irons sur nos alezans.
Il est loin le temps des aveux
Naïfs, des téméraires voeux!
Je n’ai d’argent qu’en mes cheveux.
Les âmes dont j’aurais besoin
Et les étoiles sont trop loin.
Je vais mourir saoul, dans un coin.
(Charles Cros)
Illustration: Oskar Kokoschka
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Publié par arbrealettres le 15 juin 2013

Caresse
Tu m’as pris jeune, simple et beau,
Joyeux de l’aurore nouvelle ;
Mais tu m’as montré le tombeau
Et tu m’as mangé la cervelle.
Tu fleurais les meilleurs jasmins,
Les roses jalousaient ta joue ;
Avec tes deux petites mains
Tu m’as tout inondé de boue.
Le soleil éclairait mon front,
La lune révélait ta forme ;
Et loin des gloires qui seront
Je tombe dans l’abîme énorme.
Enlace-moi bien de tes bras !
Que nul ne fasse ta statue
Plus près, charmante ! Tu mourras
Car je te tue – et je me tue.
(Charles Cros)
Illustration: Lauri Blank
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Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
![Lauri Blank - (18) [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/lauri-blank-18-1280x768.jpg?w=848&h=635)
Berceuse
Il y a une heure bête
Où il faut dormir.
Il y a aussi la fête
Où il faut jouir.
Mais quand tu penches la tête
Avec un soupir
Sur mon coeur, mon coeur s’arrête
Et je vais mourir…
Non ! ravi de tes mensonges,
O fille des loups,
Je m’endors noyé de songes
Entre tes genoux.
Après mon coeur que tu ronges
Que mangerons-nous ?
(Charles Cros)
Illustration: Lauri Blank
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Publié par arbrealettres le 15 juin 2013

Banalité
L’océan d’argent couvre tout
Avec sa marée incrustante.
Nous avons rêvé jusqu’au bout
Le legs d’un oncle ou d’une tante.
Rien ne vient. Notre cerveau bout
Dans l’Idéal, feu qui nous tente,
Et nous mourons. Restent debout
Ceux qui font le cours de la rente.
Etouffé sous les lourds métaux
Qui brûlèrent toute espérance,
Mon coeur fait un bruit de marteaux.
L’or, l’argent, rois d’indifférence
Fondus, puis froids, ont recouvert
Les muguets et le gazon vert.
(Charles Cros)
Illustration: Alberto Quintero
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2013
![Erte lucrezia-bori-pelleas-and-melisande [1280x768]](http://arbrealettres.files.wordpress.com/2013/06/erte-lucrezia-bori-pelleas-and-melisande-1280x768.jpg?w=876&h=1163)
Ne fuis pas encore
Tu crois, s’il fait sombre,
Qu’on ne te voit pas,
Non plus qu’une autre ombre,
Glissant sur tes pas ?
Mais l’air est sonore,
Et ton pied bondit…
Ne fuis pas encore :
Je n’ai pas tout dit !
À qui ce gant rose
Qui n’est pas le mien ?
Quel parfum t’arrose,
Qui n’est plus le tien ?
Tu ris, mais prends garde,
Ta lèvre pâlit…
Moi je te regarde :
Sur ton coeur cachées
Des fleurs vont mourir ;
Les as-tu cherchées
Pour me les offrir ?
Vois ! La lune éclaire
l’enclos interdit…
Paix à ta colère !
Sous la noble allée
Qui s’ouvre pour toi,
La pauvre voilée,
Ingrat ! C’était moi.
Sans cris, sans prière,
Sans voix qui maudit,
Je fuis la première.
Adieu ! J’ai tout dit !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Erte
Publié dans poésie | Tagué: coeur, ombre, chercher, mourir, croire, moi, rose, offrir, prière, éclairer, enclos, paix, bondir, adieu, caché, sombre, colère, fuir, gant, pâlir, maudire, (Marceline Desbordes-Valmore), interdire, prendre garde, ingrat | Poster un commentaire »