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Poésie

Articles Tagués ‘mourir’

L’impossible (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



L’impossible

Je puis mourir ce soir! Averses, vents, soleil
Distribueront partout mon cœur, mes nerfs, mes moelles.
Tout sera dit pour moi! Ni rêve, ni réveil.
Je n’aurai pas été ici-bas, dans les étoiles!

En tous sens, je le sais, sur ces mondes lointains,
Pèlerins comme nous des pâles solitudes,
Dans la douceur des nuits tendant vers nous les mains,
Des Humanités soeurs rêvent par multitudes!

Oui! des frères partout! (Je le sais, je le sais!)
Ils sont seuls comme nous. — Palpitants de tristesse,
La nuit, ils nous font signe! Ah! n’irons-nous jamais?
On se consolerait dans la grande détresse!

Les astres, c’est certain, un jour s’aborderont!
Peut-être alors luira l’Aurore universelle
Que nous chantent ces gueux qui vont, l’Idée au front!
Ce sera contre Dieu la clameur fraternelle!

Hélas! avant ces temps, averses, vents, soleil
Auront au loin perdu mon coeur, mes nerfs, mes moelles,
Tout se fera sans moi ! Ni rêve, ni réveil!
Je n’aurai pas été dans les douces étoiles!

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Pas à pas (Tahar Bekri)

Publié par arbrealettres le 12 mai 2013



Pas
à pas

Il sillonnait les déserts sans haltes
Et se souvenait :
Quand tu arrives au bout du chemin
Continue ta marche

Que vienne mourir dans tes bras, le météore

***

Step
by step

He furrowed the deserts without respite
And remembered :
When you arrive at the end of the path
Keep on walking

Let what comes die in your arms, the meteor

(Tahar Bekri)


Illustration

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Mémoire (Évelyne Trouillot)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013



Andrius Kovelinas  s - With Love 

Mémoire

Le frémissement de nos souffles
se désagrège
comme des pétales
prisonniers de la main qui flétrit
je voudrais conserver le temps dans une mémoire
sans tangage ni tremblements
et retrouver la virginité de l’espoir
où les mères ne meurent pas
obscurcies de rêves détruits
d’enfants cassés
de chagrins enfouis
de mille histoires que nul ne dira
si ce n’est cette mémoire alourdie de larmes

(Évelyne Trouillot)

Illustration: Andrius Kovelinas

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Les anges (Lydie Dattas)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013


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Les anges ont signalé mon coeur à la beauté
quand les anges ont compris que mon coeur était vrai.
Les anges ont ajouté leur bonheur à ma joie,
le ciel m’a rapprochée de ma propre beauté.
Le coeur sans la beauté se laisserait mourir.
La nuit est devenue si merveilleusement claire:
la nuit était du bleu dont se servent les anges
quand les anges refont la beauté du ciel bleu.
Les lys faisaient briller leur pure étoile blanche,
les lys étincelaient inoubliablement.

(Lydie Dattas)

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Le drame de l’azur (Lydie Dattas)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013


lys_blanc_fleur

J’ai souffert une fois à la place du ciel,
j’ai aimé une fois du même amour que Dieu.
Je n’ai pas reculé devant la vérité
quand la nuit a voulu rester seule avec moi.

La violette a voulu défendre la beauté,
les iris ont sorti leurs sabres de velours.
Je n’ai pas fait semblant d’aimer la vérité
lorsque la vérité s’est emparée de moi:

le coeur ne donne rien sans se donner soi-même,
puisque la bonté va au delà de ses forces.
J’ai été tellement près de la vérité
quand le ciel m’a montré à quel point il m’aimait.

Mais puisque j’ai vécu le drame de l’azur
le lys blanc m’a donné le baiser le plus pur.
On ne s’est jamais aimé qu’au moment de mourir.

(Lydie Dattas)

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Bonté de lys (Lydie Dattas)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013


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Je crois en la blancheur immaculée des lys.
Rien n’égale la joie du lys blanc dans le coeur,
le lys blanc qui jamais ne trahit la beauté.
Que croisse dans mon âme le pur amour des lys,
rien ne peut égaler la joie de rester pure
quand la joie m’a jetée dans les bras purs des lys.
Le lys blanc mentirait s’il te cachait ta mort.
Le lys blanc m’assistait de sa blanche agonie
le lys blanc a guéri mon âme de son doute.
Le doute est le seul mal dont on puisse mourir.
Un seul lys a suffi à faire pâlir la mort.
Que serait la bonté sans la bonté des lys
et le divin parfum du lys blanc dans ton âme?

(Lydie Dattas)

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Je meurs de soif (Adonis)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013


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Je meurs de soif
Seule parviendrait à me désaltérer
une eau que je ne peux atteindre

(Adonis)

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Ardoise (Michèle Voltaire Marcelin)

Publié par arbrealettres le 5 mai 2013



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Ardoise

l’enfance fut verte et douce
inondée de soleil
la mer se fondait au ciel
à seize ans je voulus mourir par amour
on mit mon coeur à l’asile avec les fous
puis je vis passer des soldats
qui arrachèrent l’espoir et le mirent en prison
vers les trente ans on me perça le coeur
la balle ne fit qu’un trou
pour rire on me laissa la vie
je devins pierre au bord des routes
un enfant m’apporta la beauté de son rire
et l’eau claire de ses jours
je devins papillon
les fleurs étaient belles dans l’été
j’ai vécu la moitié de mes jours
lettre gardée dans un tiroir
femme chandelle fourmi rouge
rêve qui interprète le soir
quand j’ai quitté cet illusoire espace
je n’ai gardé que peu de chose
des poèmes, quelques visages
et l’ombre de mon ciel d’enfance

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration

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Mensonge (Michèle Voltaire Marcelin)

Publié par arbrealettres le 4 mai 2013



 

Mensonge

Ils m’ont menti, ceux qui m’ont dit un jour je serais plus tranquille.
Ils m’ont trompée.
Rien ne meurt avec l’âge.
Ni l’envie d’amour, ni celle des baisers.
Et mon coeur fou me fait parfois oublier ce corps encombrant alourdi par les ans.
Si facilement séduit pourtant, si passe de trop près, un homme aux yeux trop doux.
Et je tressaille du même désir, cent fois retrouvé, quand un danseur me chavire, ses doigts agrafés à mon cou.
Quelle chaleur soudain m’envahit à un éclat de rire?
Me donne envie de mordre à pleines dents ces lèvres heureuses?

Ils m’ont menti.
Je ne fais deuil de rien.
J’ai dans mes jambes des envies de courses à perdre haleine
dans les broussailles inondées de soleil, vert et ciel mélangés, cheveux défaits, épaules nues au vent.
Des envies de culbutes aux membres emmêlés.
De baisers dont la saveur serait celle de la pulpe des mangues, et m’empliraient la bouche de leur sirop de miel.
D’une langue qui aurait la fraîcheur de l’eau d’une fontaine.
J’ai des envies de sexes durs comme du verre.
Des envies de peau chaude et d’aisselles dont je lècherais le sel, et plus bas encore dans l’odeur de fougère.
Je rêve à la brûlure si douce du sable à la plante des pieds.
Du cri arraché au plaisir comme celui de l’oiseau soudain désencagé.
J’ai dans mes mains des envies de caresses, dans mes oreilles le doux gémir qui suit une nuque frôlée.

Et vous passez sans me voir, laissant flotter autour de moi votre parfum de bête libre.
Sans savoir que mes yeux vous ont déjà appuyé contre ce mur, et mes bras cadenassé votre corps.
Que je vous ai de la tête aux pieds, comme une menthe, sucé.
N’avez-vous pas senti mes doigts dans vos cheveux?
Et du plus loin que je me garde, très loin de vous, lorsque je vous regarde, ne sentez-vous pas cette jouissance qui roule en moi?

Vous ne savez donc pas qu’ils m’ont menti,
ceux qui m’ont dit un jour, je serais plus tranquille?

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration: Bill Viola

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Au temps (Virginie Sampeur)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



 

Edward Okun 4_15

Au temps

Médecin de mon coeur naguère si souffrant,
qu’as-tu fait de mon mal que je regrette tant?
Rends-le-moi, je t’en prie;
Rends-moi mon autre vie;

Rends-moi des jours passés le langoureux soupir
et l’espoir décevant dont j’ai failli mourir,
Et mes douces chimères,
Et mes larmes amères!

Mon pauvre coeur va-t-il saigner encor, ô Temps?
Connaîtra-t-il encor la foi de ses vingt ans?
J’aurais trop peur d’y croire :
Cours à d’autres victoires!

(Virginie Sampeur)

Illustration: Edward Okun

 

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