Articles Tagués ‘(Nazim Hikmet)’
Publié par arbrealettres le 12 septembre 2012
Je suis dans la clarté qui s’avance
Mes mains sont pleines de désirs, le monde est beau.
Mes yeux ne se lassent pas de voir les arbres,
Les arbres si pleins d’espoir, si verts.
Un sentier ensoleillé s’en va à travers les mûriers
Je suis à la fenêtre de l’infirmerie.
Je ne sens pas l’odeur des médicaments,
Les oeillets ont dû s’ouvrir quelque part.
Etre captif, là n’est pas la question,
Il s’agit de ne pas se rendre, voilà.
(Nazim Hikmet)
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Publié par arbrealettres le 6 septembre 2012

Les fenêtres
Je ne sais pas si c’était l’aube
Peut-être était-ce à minuit
Je ne sais plus
Les étoiles étaient dans ma chambre
Comme les papillons de nuit heurtant les vitres
et moi craignant de les toucher
J’ai laissé dans la nuit s’en aller les étoiles
Dans la nuit sans frontière, libre et claire.
Dans la nuit où passaient les lunes artificielles
les loups sont sous la lune
les loups malades affamés
les loups sont devant ma fenêtre
Même si je tire à fond les rideaux de velours
Je sais bien qu’ils sont là
Qu’ils m’épient.
Les fenêtres
Je suis tombé d’une fenêtre en regardant une beauté
Tout le monde s’est moqué de moi
Mais la belle ne s’est même pas retournée
Peut-être ne le savait-elle pas.
Les fenêtres
Les fenêtres
Les fenêtres de quarante maisons sont entrées dans ma chambre
Sur le bord de l’une d’elles
Je me suis assis
J’ai balancé mes jambes vers les nuages
Et j’aurais pu dire peut-être
Que je suis heureux.
(Nazim Hikmet)
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Publié par arbrealettres le 9 mai 2012

MES FRÈRES…
Mes frères
Il faut pouvoir atteler nos poèmes
à la charrue du boeuf maigre
Il faut qu’ils s’enfoncent jusqu’aux genoux
Dans la vase des rizières
Il faut qu’ils posent toutes les questions
Il faut qu’ils moissonnent toutes les lumières
Il faut que nos poèmes telles des bornes kilométriques jalonnent les routes
Il faut qu’ils soient le signal avant-coureur de l’approche de l’adversaire
Il faut qu’ils battent le tam-tam dans la jungle
Et tant que sur la terre un seul pays ou même un seul homme est esclave
Et tant qu’il reste au ciel ne serait-ce qu’un seul nuage atomique
Il faut qu’ils donnent tous leurs biens, nos poèmes corps et âme à la grande liberté.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Marc Legris
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Publié par arbrealettres le 9 mai 2012

Mes frères
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis asiatique
En dépit de mes yeux bleus je suis africain
Chez moi, là-bas, les arbres n’ont pas d’ombre à leur pied
Tout comme les vôtres, là-bas.
Chez moi, là-bas, le pain quotidien est dans la gueule du lion.
Et les dragons sont couchés devant les fontaines
Et l’on meurt chez moi avant la cinquantaine
Tout comme chez vous là-bas.
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis asiatique
En dépit de mes yeux bleus
Je suis africain
Quatre-vingts pour cent des miens ne savent ni lire ni écrire,
Et cheminant de bouche en bouche les poèmes deviennent chansons
Là-bas, chez moi, les poèmes deviennent drapeaux
Tout comme chez vous, là-bas.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Luc Guillermo
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Publié par arbrealettres le 9 mai 2012

LA GRANDE HUMANITÉ
La grande humanité voyage sur le pont des navires
Dans les trains en troisième classe
Sur les routes elle marche
La grande humanité
La grande humanité s’en va au travail à huit heures
Elle se marie à vingt ans
Meurt à quarante
La grande humanité
Sauf à la grande humanité le pain suffit à tous
Pour le riz c’est pareil
Pour le sucre c’est pareil
Pour le tissu pareil
Pour le livre pareil
Cela suffit à tous sauf à la grande humanité.
ll n’est pas d’ombre sur la terre de la grande humanité
Pas de lanternes dans ses rues
Pas de vitres à ses fenêtres
Mais elle a son espoir la grande humanité
On ne peut vivre sans espoir.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Tarsila do Amaral
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Publié par arbrealettres le 9 mai 2012

Les fenêtres
Je suis tombé d’une fenêtre en regardant une beauté
Tout le monde s’est moqué de moi
Mais la belle ne s’est même pas retournée
Peut-être ne le savait-elle pas.
Les fenêtres
Les fenêtres,
Les fenêtres de quarante maisons sont entrées dans ma chambre
Sur le bord de l’une d’elles
Je me suis assis
J’ai balancé mes jambes vers les nuages
Et j’aurais pu dire peut-être
Que je suis heureux.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Gustave Caillebotte
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Publié par arbrealettres le 9 mai 2012

LE GLOBE
Offrons le globe aux enfants, au moins pour une journée.
Donnons-leur afin qu’ils en jouent comme d’un ballon multicolore
Pour qu’ils jouent en chantant parmi les étoiles.
Offrons le globe aux enfants,
Donnons-leur comme une pomme énorme
Comme une boule de pain toute chaude,
Qu’une journée au moins ils puissent manger à leur faim.
Offrons le globe aux enfants,
Qu’une journée au moins le monde apprenne la camaraderie,
Les enfants prendront de nos mains le globe
lls y planteront des arbres immortels.
(Nâzim Hikmet)
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Publié par arbrealettres le 9 mai 2012

APPEL
Dieu, c’est nos mains.
Dieu, c’est nos coeurs et nos raisons
Le dieu qui existe partout
dans la terre comme dans la pierre, dans le bronze,
sur les toiles, sur l’acier et le plastique.
Compositeur des grandes harmonies de nombres et de mots.
Hommes, c’est vous que j’appelle
Pour les livres, pour les arbres, pour le poisson,
Pour le riz et le blé
Pour les cheveux couleur de raisin noir, pour les cheveux de paille blonde,
Pour vivre et mourir en hommes.
(Nâzim Hikmet)
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Publié par arbrealettres le 9 mai 2012

J’AI UN ARBRE EN MOI…
J’ai un arbre en moi
Dont j’ai rapporté le plant du soleil,
Poissons de feu ses feuilles se balancent
Ses fruits tels des oiseaux gazouillent.
Les voyageurs depuis longtemps sont descendus de leur fusée
Sur l’étoile qui est en moi,
lls parlent ce langage entendu dans mes rêves,
Ni ordres, ni vantardises, ni prières.
J’ai une route blanche en moi
Y passent les fourmis avec les grains de blé,
Les camions pleins de cris de fête,
Mais cette route est interdite aux corbillards.
Le temps reste immobile en moi,
Comme une odorante rose rouge,
Que l’on soit vendredi et demain samedi
Que soit passé beaucoup de moi, qu’il en reste peu ou prou
Je m’en fous !
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Gustav Klimt
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Publié par arbrealettres le 5 mai 2012

Vers des clartés au loin descend cette route asphaltée ;
dans des camions, trois par trois, on embarque les vaches,
leur tête dodeline, lourde et calme.
Vers des clartés au loin descend cette route asphaltée.
Dans des camions, trois par trois, on embarque les vaches,
des tachetées, des noires et des rousses ;
mais nul ne peut leur expliquer
qu’il est minuit et que l’on va vers l’abattoir.
Vers des clartés au loin descend cette route asphaltée ;
dans des camions, trois par trois, on embarque les vaches
leur tête dodeline, lourde et calme.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Aurélie Mantillet
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