Stance
Consentir à l’ombre et se taire
La nuit, sous le ciel étoilé,
Le grand silence de la terre
Nourrit le murmure des blés…
(Jean-Luc Moreau)
Publié par arbrealettres le 17 juin 2013
Stance
Consentir à l’ombre et se taire
La nuit, sous le ciel étoilé,
Le grand silence de la terre
Nourrit le murmure des blés…
(Jean-Luc Moreau)
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Publié par arbrealettres le 15 juin 2013

Le Crapaud
Un chant dans une nuit sans air…
– La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.
… Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif…
– Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre…
– Un crapaud ! – Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue… – Horreur ! –
… Il chante. – Horreur !! – Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière…
Non : il s’en va, froid, sous sa pierre.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Bonsoir – ce crapaud-là c’est moi.
(Tristan Corbière)
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Publié par arbrealettres le 14 juin 2013

La nuit va recouvrir l’obsidienne
une paire de cisailles
l’arête de poisson ancienne.
La femme inclinée
grande lourde presque nue
s’appuie à la muraille grise.
C’est dans la contrée
aux grands lacs
gibiers craintifs.
(Jean Follain)
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Publié par arbrealettres le 14 juin 2013
Regret
Des roses de Lormont la rose la plus belle,
Georgina, près des flots nous souriait un soir :
L’orage, dans la nuit, la toucha de son aile,
Et l’Aurore passa triste, sans la revoir !
Pure comme une fleur, de sa fragile vie
Elle n’a respiré que les plus beaux printemps.
On la pleure, on lui porte envie :
Elle aurait vu l’hiver ; c’est vivre trop de temps !
(Marceline Desbordes-Valmore)
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2013
Pas d’aile, pas d’oiseau, pas de vent, mais la nuit,
Rien que le battement d’une absence de bruit.
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2013

La veille
Le sable, sa multitude de grains,
Le cours infatigable des rivières,
La neige plus subtile, ombre légère,
Qu’une ombre de feuille, les bords sereins
De la mer et, momentanée, l’écume,
Les chemins millénaires du bison,
De la flèche fidèle, un horizon,
Un autre, les champs de tabac, la brume
La cime, les paisibles minéraux,
L’Orénoque, la confusion du jeu
Ourdi par la terre, l’eau, l’air, le feu,
Des lieues de très dociles animaux
Sépareront nos deux mains pour toujours,
Mais tout autant la nuit, l’aube, le jour…
(Jorge Luis Borges)
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Publié par arbrealettres le 12 juin 2013
La montagne et le soir
m’ont dit une chose
que je ne sais plus
L’immense nuit
maintenant
est un seul parfum.
Est-il ou non,
ce rêve que j’oublie
quand revient l’aube?
Dans le désert
surgit l’aurore.
Quelqu’un le sait.
Sous la lune
cette ombre qui s’allonge,
unique.
Une lueur s’éteint.
Un empire, ou peut-être
une luciole?
Nouvelle lune.
Elle aussi la regarde
à l’autre porte.
Trille au lointain.
Le rossignol sait-il
qu’il te console?
La vieille main
traçant encore un vers
jusqu’à l’oubli.
(Jorge Luis Borges)
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Publié par arbrealettres le 11 juin 2013

Le grillon
Triste à ma cellule,
Quand la nuit s’abat,
Je n’ai de pendule
Que mon coeur qui bat ;
Si l’ombre changeante
Noircit mon séjour,
Quelque atome chante,
Qui m’apprend le jour.
Dans ma cheminée,
Un grillon fervent
Faisant sa tournée
Jette un cri vivant :
C’est à moi qu’il livre
Son fin carillon,
Tout charmé de vivre
Et d’être grillon.
La bonté du maître
Se glisse en tout lieu ;
Son plus petit être
Fait songer à Dieu.
Sait-il qu’on l’envie,
Seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
Il est bien heureux !
La guerre enfiévrée
Passait l’autrefois,
Lionne effarée,
Broyant corps et voix ;
Mon voisin l’atome
Fut mon seul gardien,
Joyeux comme un gnome
A qui tout n’est rien.
Dieu nous fit, me semble,
Quelque parité :
Au même âtre ensemble
Nous avons chanté.
Il me frappe l’heure,
Je chauffe ses jours ;
Mais, femme, je pleure ;
Lui, chante toujours.
Si jamais la fée
Au soulier d’azur,
D’orage étouffée,
Entre dans mon mur,
Plus humble et moins grande
Que sa Cendrillon,
Oh ! Qu’elle me rende
Heureuse, ou grillon !
(Marceline Desbordes-Valmore)
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Publié par arbrealettres le 11 juin 2013
Les cloches et les larmes
Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.
L’orgue sous le sombre arceau,
Le pauvre offrant sa neuvaine,
Le prisonnier dans sa chaîne
Et l’enfant dans son berceau ;
Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.
La cloche pleure le jour
Qui va mourir sur l’église,
Et cette pleureuse assise
Qu’a-t-elle à pleurer ?… L’amour.
Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.
Priant les anges cachés
D’assoupir ses nuits funestes,
Voyez, aux sphères célestes,
Ses longs regards attachés,
Sur la terre où sonne l’heure,
Tout pleure, ah ! mon Dieu ! tout pleure.
Et le ciel a répondu :
"Terre, ô terre, attendez l’heure !
J’ai dit à tout ce qui pleure,
Que tout lui sera rendu."
Sonnez, cloches ruisselantes !
Ruisselez, larmes brûlantes !
Cloches qui pleurez le jour !
Beaux yeux qui pleurez l’amour !
(Marceline Desbordes-Valmore)
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Publié par arbrealettres le 11 juin 2013

Les deux amitiés
Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.
L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.
(Marceline Desbordes-Valmore)
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