Si tu parles aux murs, fais attention, je te préviens fais attention.
Les murs sont comme ces plantes bizarres qui semblent fermées et quiètes.
Mais ce n’est pas vrai.
Un moment ou l’autre, elles s’ouvrent subrepticement — c’est toujours au contact d’une proie ingénue —
et elles se referment vous ayant happé irrémédiablement, et assimilé.
Et vous êtes encore là à les regarder comme si rien ne s’était passé.
Je vous en parle — des murs — et vous mets en garde, parce que j’en sais beaucoup sur leur comportement,
moi qui suis ennemi déclaré des murs, et qui leur tiens des discours offensants,
leur faisant entendre qu’ils ne sont pas de la race des portes et des fenêtres qui ont deux richesses :
le dedans et le dehors.
Dieu tu m’as donné la voix,
Dieu c’était pour m’en servir,
si j’ai trop parlé parfois
c’était de choses à dire.
qui pourrait y contredire ?
J’ai parlé selon ma foi.
Engageons-nous dans l’humain,
tout le reste est comédie,
dans la dangereuse vie
marchons la main dans la main.
La mère donne le sein
à l’image de Marie
et c’est la source de vie
c’est la source du matin.
J’en reviens toujours à l’âme :
qui peut dire ce qu’elle est
et qui peut dire son drame ?
Nous sommes les fils des femmes
dans un Monde imaginé.
Qui connaît l’autre côté ?
Analogiste précis
l’imaginaire fut pris.
Antinomie de l’espace
tu regardes par contraste
la distance était le but :
le futur ne revint plus
Mes chants seront de forêt
et de mer qui reste à boire,
mes chants seront de mémoire
de bateaux et leurs agrès.
L’homme entre les deux silences
aura des mots pour l’oiseau,
j’aurai des chants de conscience
qui ne parlent pas très haut,
vole, vole ma parole
et disparaisse sans bruit
dans le monde de l’esprit
qui la couvre bénévole.
Où donc le regard fuit-il
captant l’objet d’avant dire ?
L’image d’un trait subtil
dicte ce qu’il faut écrire.
Et j’ai parlé souvent de la durée car je l’ai mesurée
du matin au soir et du matin au soir
et que c’est difficile de ne jamais constater qu’il est très tard…
Et voici
J’ai répété les mêmes mots car chaque matin me présentait la même vision morne…
Et sans doute un million d’hommes étaient comme moi
Ils sentaient et ne sentaient pas
Et l’on était sans joie ou enfermés dans la brume trop sonore des voix
Mais moi je sais qu’on était sans joie
Mais il n’y a pas d’abandon pas d’abandon…
Tel cheval qui boit à la fontaine,
telle feuille qui en tombant nous touche,
telle main vide, ou telle bouche
qui nous voudrait parler et qui ose à peine -,
autant de variations de la vie qui s’apaise,
autant de rêves de la douleur qui somnole:
ô que celui dont le coeur est à l’aise,
cherche la créature et la console.
La voix de l’éclair te parle,
Renoue avec le passé
sous l’averse et la tempête
dans la nuit des girouettes
en prose et cristal français
tu ne comprends pas sa flamme.
Invente pour chaque image
l’énigme au double visage :
du dehors ou du dedans
lequel est le plus prenant ?
La porte brillait dans le jour en feu
mais les nattes des habitantes
ne tremblaient pas
l’une se penchait sur les eaux des chaudrons
et peint sur une faïence
un oiseau s’épuisait à chanter.
On vit entrer le messager
il avait dans ses mains
une lettre et un pain d’or
il parla
puis ce fut un silence austère
et tout le jardin embauma.
Qu’on parle tout bas; la petite est morte.
Ses jolis yeux clairs sont clos pour jamais,
Et voici déjà des fleurs qu’on apporte…
Je ne verrai plus l’enfant que j’aimais.
Je rêve, sans doute, et l’enfant sommeille;
Pourquoi, près de moi, dit-on qu’il est mort
Pas de bruit surtout, que rien ne l’éveille,
Ne voyez-vous pas que ma fille dort?
Mais elle a gardé la bouche entr’ouverte,
Sa joue est bien pâle et son front glacé,
Son petit corps semble une chose inerte…
Agenouillez-vous, la Mort a passé.
Alors, c’est fini! Tes prunelles closes
Jamais ne verront le ciel rayonnant,
Tu dors pour toujours au milieu des roses,
Toi mon sang, ma chair, ô toi, mon enfant !
Je ne verrai plus ton joli sourire,
Jamais tes regards ne me chercheront,
Tes petites mains qu’on croirait de cire,
Jamais, plus jamais ne me toucheront.
Adieu, mon amour, adieu, ma jolie:
Je n’entendrai plus ton rire joyeux.
Ah! comment guérir ma triste folie;
Comment vivre encore ! je n’ai plus tes yeux.
Et voici soudain qu’on ouvre la porte…
On t’arrache à moi, mon ange adoré,
Mais dans le cercueil, afin qu’on l’emporte,
Près du tien j’ai mis mon coeur déchiré.