JE majeur
quelque part au delà des espaces
des paroles
du néant projeté dans le vide
mouvant
le JE majeur inversement rayonne
(Marc Alyn)
Publié par arbrealettres le 17 juin 2013
JE majeur
quelque part au delà des espaces
des paroles
du néant projeté dans le vide
mouvant
le JE majeur inversement rayonne
(Marc Alyn)
Publié dans poésie | Tagué: (Marc Alyn), au-delà, espace, je, majeur, néant, parole, projeté, quelque part, rayonner, vide | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 16 juin 2013
Un billet de femme
Puisque c’est toi qui veux nouer encore
Notre lien,
Puisque c’est toi dont le regret m’implore,
Ecoute bien :
Les longs serments, rêves trempés de charmes,
Ecrits et lus,
Comme Dieu veut qu’ils soient payés de larmes,
N’en écris plus !
Puisque la plaine après l’ombre ou l’orage
Rit au soleil,
Séchons nos yeux et reprenons courage,
Le front vermeil.
Ta voix, c’est vrai ! Se lève encor chérie
Sur mon chemin ;
Mais ne dis plus : " A toujours ! " je t’en prie ;
Dis : " A demain ! "
Nos jours lointains glissés purs et suaves,
Nos jours en fleurs ;
Nos jours blessés dans l’anneau des esclaves,
Pesants de pleurs ;
De ces tableaux dont la raison soupire
Ôtons nos yeux,
Comme l’enfant qui s’oublie et respire,
La vue aux cieux !
Si c’est ainsi qu’une seconde vie
Peut se rouvrir,
Pour s’écouler sous une autre asservie,
Sans trop souffrir,
Par ce billet, parole de mon âme,
Qui va vers toi,
Ce soir, où veille et te rêve une femme,
Viens ! Et prends-moi !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), âme, écouter, écrire, billet, charmé, esclave, femme, glisser, implorer, lien, nouer, ombre, orage, parole, payer, plaine, pleur, prendre, rêver, regret, rire, s'oublier, se lever, soleil, souffrir, soupirer, tremper, veiller, venir | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013
Le feu comme une parole
La mer comme un souvenir
vague sur vague à rebours
à l’écume enchevêtrée
quelques mots incandescents
Un labour d’algue et de sel
où germent les coquillages
une muraille de vent
sable espace chair et sang
bâtis de ciel et de briques
Un corps comme un paysage
je n’ai pas d’autre demeure
(Jeanne Bessière)
Publié dans poésie | Tagué: (Jeanne Bessière), algue, à rebours, écume, brique, chair, ciel, coquillage, corps, demeure, espace, feu, germer, incandescent, labour, mer, muraille, parole, sable, sang, sel, souvenir, vague, vent | 1 commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 juin 2013

Je les vois maintenant à travers un vide
Plus large, plus profond que le temps et l’espace.
Tout ce que j’ai fini par être
Sépare mon coeur et la rose,
La flamme, l’oiseau, le brin d’herbe.
Les fleurs sont voilées ;
Dans un univers d’ombres, les apparences
Passent sur une grande toile vide
Où l’image vacille, disparaît,
Où rien n’existe, et tout n’est que semblant.
Mais toujours l’esprit, désireux d’aller plus avant,
Les a suivies, tandis qu’elles s’éloignaient
Au fond de leurs espaces intérieurs,
Il arrachait les pétales des fleurs, les ailes des mouches,
Pourchassait le coeur au scalpel,
Disséminait sous une loupe la poussière de la vie ;
Mais les plus inaccessibles, étranges
Écailles iridescentes, cellules, fuseaux, chromosomes,
Simplement toujours sont :
Avec la grêle, les cristaux de neige, les montagnes, les étoiles,
Le renard au crépuscule, les éclairs, les moucherons dans l’air du soir
Tous partagent le mystère de la nature,
Proclament JE suis, et demeurent sans nom.
Parfois, de très loin,
Les créatures me font signe :
Une violette sourit au bord pâle de l’obscurité,
Une goutte de pluie suspendue au toit m’appelle,
Et un jour, dans l’herbe haute humide,
Un jeune oiseau m’a regardée.
Leur être est digne d’amour, est amour ;
Et si mon amour pouvait franchir le soi désert
Qui sépare tout ce que je suis et tout ce qui est,
Elles sauraient pardonner et bénir.
***
I see them now across a void
Wider and deeper than time and space.
All that I have come to be
Lies between my heart and the rose,
The flame, the bird, the blade of grass.
The flowers are veiled;
And in a shadow-world, appearances
Pass across a great toile vide
Where the image flickers, vanishes,
Where nothing is, but only seems.
But still the mind, curious to pursue
Long followed them, as they withdrew
Deep within their inner distances,
Pulled the petals from flowers, the wings from flies,
Hunted the heart with a dissecting-knife
And scattered under a lens the dust of life;
But the remoter, stranger
Scales iridescent, cells, spindles, chromosomes,
Still merely are:
With hail, snow-crystals, mountains, stars,
Fox in the dusk, lightning, gnats in the evening air
They share the natural mystery,
Proclaim I AM, and remain nameless.
Sometimes from far away
They sign to me;
A violet smiles from the dim verge of darkness,
A raindrop hangs beckoning on the eaves,
And once, in long wet grass,
A young bird looked at me.
Their being is lovely, is love;
And if my love could cross the desert self
That lies between all that I am and all that is,
They would forgive and bless.
(Kathleen Raine)
Publié dans poésie, méditations | Tagué: coeur, regarder, amour, séparer, fleur, aimé, temps, vide, étrange, intérieur, espace, oiseau, grêle, parole, poussière, éclair, désert, mystère, franchir, violette, profond, pétale, partager, doute, vaciller, esprit, pardonner, nature, créature, exil, digne, inlassablement, bénir, moucheron, écaille, cristaux, inaccessible, perce-neige, proclamer, (Kathleen Raine), loupé | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 10 juin 2013

Dans un poème ou dans un conte,
le sens n’importe guère;
ce qui importe, c’est ce que créent dans l’esprit du lecteur
telles ou telles paroles dites dans tel ordre ou selon telle cadence.
(Jorge Luis Borges)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Jorge-Luis Borges), cadence, conte, esprit, importer, lecteur, ordre, parole, poème, sens | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 7 juin 2013
L’ami d’enfance
Un ami me parlait et me regardait vivre :
Alors, c’était mourir… mon jeune âge était ivre
De l’orage enfermé dont la foudre est au coeur ;
Et cet ami riait, car il était moqueur.
Il n’avait pas d’aimer la funeste science.
Son seul orage à lui, c’était l’impatience.
Léger comme l’oiseau qui siffle avant d’aimer,
Disant : " Tout feu s’éteint, puisqu’il peut s’allumer ; "
Plein de chants, plein d’audace et d’orgueil sans alarme,
Il eût mis tout un jour à comprendre une larme.
De nos printemps égaux lui seul portait les fleurs ;
J’étais déjà l’aînée, hélas ! Par bien des pleurs.
Décorant sa pitié d’une grâce insolente,
Il disputait, joyeux, avec ma voix tremblante.
À ses doutes railleurs, je répondais trop bas…
Prouve-t-on que l’on souffre à qui ne souffre pas ?
Soudain, presque en colère, il m’appela méchante
De tromper la saison où l’on joue, où l’on chante :
" Venez, sortez, courez où sonne le plaisir !
Pourquoi restez-vous là navrant votre loisir ?
Pourquoi défier vos immobiles peines ?
Venez, la vie est belle, et ses coupes sont pleines ! …
Non ? Vous voulez pleurer ? Soit ! J’ai fait mon devoir :
Adieu ! – quand vous rirez, je reviendrai vous voir. "
Et je le vis s’enfuir comme l’oiseau s’envole ;
Et je pleurai longtemps au bruit de sa parole.
Mais quoi ? La fête en lui chantait si haut alors
Qu’il n’entendait que ceux qui dansent au dehors.
Tout change. Un an s’écoule, il revient… qu’il est pâle !
Sur son front quelle flamme a soufflé tant de hâle ?
Comme il accourt tremblant ! Comme il serre ma main !
Comme ses yeux sont noirs ! Quel démon en chemin
L’a saisi ? – c’est qu’il aime ! Il a trouvé son âme.
Il ne me dira plus : " Que c’est lâche ! Une femme. "
Triste, il m’a demandé : " C’est donc là votre enfer ?
Et je riais… grand dieu ! Vous avez bien souffert ! "
(Marceline Desbordes-Valmore)
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), aînée, aimer, ami, âme, belle, bruit, chanter, coeur;moquer, colère, comprendre, coupe, disputer, enfance, enfer, fête, femme, feu, foudre, halé, insolente, ivre, jouer, joyeux, léger, loisir, marme, oiseau, parler, parole, peine, plaisir, pleur, railleur, répondre, regarder, s'allumer, saison, siffler, sonner, souffrir, tremblant, tremblante, triste, vivre, yeux | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 7 juin 2013
Jeune homme irrité
Jeune homme irrité sur un banc d’école,
Dont le coeur encor n’a chaud qu’au soleil,
Vous refusez donc l’encre et la parole
À celles qui font le foyer vermeil ?
Savant, mais aigri par vos lassitudes,
Un peu furieux de nos chants d’oiseaux,
Vous nous couronnez de railleurs roseaux !
Vous serez plus jeune après vos études :
Quand vous sourirez,
Vous nous comprendrez.
Vous portez si haut la férule altière,
Qu’un géant ploierait sous son docte poids.
Vous faites baisser notre humble paupière,
Et nous flagellez à briser nos doigts.
Où prenez-vous donc de si dures armes ?
Qu’ils étaient méchants vos maîtres latins !
Mais l’amour viendra : roi de vos destins,
Il vous changera par beaucoup de larmes :
Quand vous pleurerez,
Vous nous comprendrez !
Ce beau rêve à deux, vous voudrez l’écrire.
On est éloquent dès qu’on aime bien ;
Mais si vous aimez qui ne sait pas lire,
L’amante à l’amant ne répondra rien.
Laissez donc grandir quelque jeune flamme
Allumant pour vous ses vagues rayons ;
Laissez-lui toucher plumes et crayons ;
L’esprit, vous verrez, fait du jour à l’âme :
Quand vous aimerez,
Vous nous comprendrez !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), aimer, arme, âme, école, écrire, chant, coeur, comprendre, crayon, destin, encre, férule, flamme, grandir, irrité, jeune homme, lassitude, latin, parole, pleur, plume, poids, railleur, soleil, sourire | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 6 juin 2013
Crois-moi
Si ta vie obscure et charmée
Coule à l’ombre de quelques fleurs,
Ame orageuse mais calmée
Dans ce rêve pur et sans pleurs,
Sur les biens que le ciel te donne,
Crois-moi :
Pour que le sort te les pardonne,
Tais-toi !
Mais si l’amour d’une main sûre
T’a frappée à ne plus guérir,
Si tu languis de ta blessure
Jusqu’à souhaiter d’en mourir,
Devant tous, et devant toi-même,
Crois-moi :
Par un effort doux et suprême,
Tais-toi !
Vois-tu ! Les profondes paroles
Qui sortent d’un vrai désespoir
N’entrent pas aux âmes frivoles
Si cruelles sans le savoir !
Ne dis qu’à Dieu ce qu’il faut dire,
Crois-moi :
Et couvrant ta mort d’un sourire,
Tais-toi !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Publié dans poésie | Tagué: (Marceline Desbordes-Valmore), amour, calmée, charmée, croire, désespoir, Dieu, doux, effort, fleur, mort, obscure, ombre, orageuse, pardonner, parole, pluvieux, savoir, se taire, sourire, suprême | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 6 juin 2013
Je suis à ma fenêtre, oisive, depuis une éternité.
Sous la lune froide, le givre tombe.
Silencieusement, je baisse le store :
La lampe ne jette plus qu’une faible lueur.
Je n’en finis pas de poursuivre le passé,
L’âme égarée d’absence,
Le coeur broyé de peine.
Je reste assise à fredonner des airs sans paroles.
Les beaux jours peuvent bien revenir,
Mon front ne saurait plus se dérider.
Trop tôt et trop souvent j’ai été blessée.
Au fil des mois et des années,
Que d’abandons, que de ruptures !
Ah ! si nous pouvions nous revoir
Et de nouveau recommencer,
Comme par le passé !
Mais à quoi bon regretter, mon mal est sans remède.
La beauté de la nuit est hors d’atteinte
Pour moi qui ne suis plus que cendres.
(Liu Yong)
Publié dans poésie | Tagué: (Liu Yong), abandon, blessée, cendres, fenêtre, froide, givre, nuit, oisive, parole, passé, recommencer, regretter, remède, revenir, revoir, rupture | 6 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 5 juin 2013
Grande voix
qui ne prononce pas de paroles,
il ne me reste qu’à t’entendre.
(Henry Bauchau)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Henry Bauchau), entendre, grande, parole, prononcer, voix | Poster un commentaire »