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Articles Tagués ‘partir’

Le bien que rien ne contient (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013


 


 

Patricia Traub 14

Le bien que rien ne contient

Il avait son bien.
C’était le seul bien qui lui importait.
Rien ne pouvait le contenir, ni une poche, ni la paume de sa main.
On pouvait, parfois, en capter une trace dans ses yeux.
Il voulait partir. Partir avec son bien. Il fit ses valises.
Aux barrières les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Ils n’avaient pas ouvert ses valises. Il s’en revint avec son bien.
Il se fit couper un vêtement sans plis, ni poches, et se présenta aux barrières, sans bagages.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il s’en retourna. Mais il lui fallait vraiment partir. Avec son bien.
Alors il alla, nu, aux barrières.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il demeura nu. Avec son bien. Que rien ne pouvait contenir.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Patricia Traub

 

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Mal à l’homme (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



Gurbuz Dogan Eksioglu Turk 

Mal à l’homme

J’ai mal à la vie j’ai mal à l’homme
j’ai mal aux années que je n’ai pas vécues
j’ai mal à ma flamme moribonde
et aux hirondelles qui volent trop bas

J’ai mal à mes pavés qui ont des arêtes
aux vagabondages sans auberge
aux nuits qui n’éclairent pas leurs portes
et aux routes que barrent des écriteaux

J’ai mal aux bouches où s’égare le rire
aux chants qui cherchent des clairières
j’ai mal à la lourdeur de leurs pas
et à nos différences

J’ai mal à leurs ventres qui sont vides
j’ai mal aux creux qu’ils ont dans la joue
j’ai mal à notre liberté qui s’effile
à la haine qui va consumer
à l’amour aux rives du désert

J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas
j’ai mal aux frontières en uniforme
au répit qu’ils ne savent pas prendre
à la joie esseulée et folle sur terre
qui n’arrive pas à pavoiser leurs dents

J’ai mal au monde entier
qui oublie l’exemple des moissons
et la liesse des guirlandes
j’ai mal à toutes les vies
parce qu’elles sont coiffées de mort

J’ai mal à l’avenir coincé dans les cavernes
à mon âme qui n’accepte pas
à mon corps qui n’a pas tout son soûl
et à ceux qui vont venir
et à ceux qui vont partir

car ils laissent les champs aux broussailles
et les oiseaux avoir peur du ciel

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

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Nous sommes partis (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2013



Grand-Père 

Nous sommes partis un jour de septembre
au cœur d’un bateau qui complotait notre naufrage
Nous sommes partis comme pour une entreprise de liquidation
au coeur d’un bateau qui fit naufrage
Mais les printemps et les automnes durant quatre ans
et les neiges et les pluies et les accalmies débilitantes durant quatre ans
et les contraintes et les courbatures pour les tâches qu’on accomplit dents serrées
et la solitude sèche comme un arbre sans feuilles…

(Guy Lévis Mano)

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DERNIER COULOIR (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013


 


Ettore Aldo Del Vigo -   (29)

 

DERNIER COULOIR

Avant tout : joie de servir
et de chanter si tu l’aimes,
avant tout : le seul désir
d’être pareil à toi-même
aux plages de ton poème
et d’éterniser l’instant.
Etre, avant tout, du voyage,
ne pas marchander le temps,
s’acharner dans les cordages
contre marées, contre vents.
Avant tout, s’en dégager
même si le masque est d’or,
toujours visière levée,
les bras nus et sans épée,
en attendant de partir
avant tout : joie de servir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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CHANSON DU JOUR QUI S’EN VA (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 15 mai 2013



 

Carol Bernier

CHANSON DU JOUR QUI S’EN VA

Ce m’est un crève-coeur
de te laisser partir, ô jour !

Tu pars tout plein de moi
et reviens sans me connaître.
Ce m’est un crève-coeur
de laisser sur ton sein
les possibles réalités
de minutes impossibles !

Vers le soir un Persée
lime tes chaînes
et tu fuis sur les monts
en te blessant les pieds.
Ni ma chair ni mes pleurs
ne peuvent te séduire
ni les fleuves sur lesquels
tu fais ta sieste d’or.

D’orient en occident
portant ton feu sphérique
ton grand feu que soutient
mon âme tendue dans l’effort,
D’orient en occident
ce m’est un crève-coeur
de t’emporter avec tes oiseaux
et avec tes bras de vent !

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Carol Bernier

 

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Elle est partie ? (Alirezâ Rôshan)

Publié par arbrealettres le 13 mai 2013



 

Corinne Reignier   0

elle est partie ?
donc elle était là
donc elle est

(Alirezâ Rôshan)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Corinne Reignier

 

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Le poème c’est l’instant de ta présence (Alirezâ Rôshan)

Publié par arbrealettres le 13 mai 2013



 

Toshiyuki Enoki  x740u03458

le poème c’est l’instant de ta présence
lorsque tu pars
il s’écrit

(Alirezâ Rôshan)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Toshiyuki Enoki

 

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Tu n’arrêtes pas de t’en aller (Kettly Mars)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013



 Siegfried Zademack -  - (32)

Tu n’arrêtes pas de t’en aller,
le crépuscule endormi dans le sillon de ta nuque.
Ton corps habite une destination incessante.
Tu te surprends toi-même à chercher un seuil
sur la face des pierres que tes pas soulèvent.
Ta soif est ensorcelée par le gémissement des sources.
Tu n’en finis pas de partir,
d’être ailleurs, d’être nulle part,
emmenant avec toi le secret de tes cils,
le partage de ton souffle,
tes mains qui m’ont frôlée,
tes mains qui ne savent pas
pourquoi tu t’en vas tout le temps
en laissant sur ma peau leurs ombres fidèles.

(Kettly Mars)

Illustration: Siegfried Zademack

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Passage (Martine Fourcand)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013


 


 Boleslas Biega 382_

Passage

Quand tout est fait
Ne pars pas
Reste là
pupilles dilatées de l’intense pénombre
Recueille l’ailleurs de la destruction
La vie, incandescence d’après l’incendie
Prends dans ta main cette dernière braise
Elle dessinera dans ta paume
l’espace des retrouvailles
Car il n’est rien de rompu
Juste un passage

(Martine Fourcand)

Illustration: Boleslas Biega

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Désir divin (Lydie Dattas)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013


désir

Lorsque mon coeur battait presque trop purement,
le ciel a désiré connaître mon amour.
La nuit a refusé de me laisser partir,
le bonheur s’est jeté brutalement sur moi.
Le bonheur m’a aimée irréparablement:
la beauté de ton coeur éclairait les étoiles,
le lilas empoignait mon coeur de son parfum,
mon coeur brutalisé par la beauté des roses
et mon âme atterrée par la beauté des anges.
Les lys blancs sont sortis indemnes de la nuit.
Ton coeur continuait son merveilleux travail,
lorsque j’ai éprouvé le doux bonheur des roses.
Je ne regrette pas d’avoir été heureuse,
puisque la vérité est la volupté pure.
Mais puisque j’ai été intime avec le ciel,
mon coeur a retrouvé ce qu’il aimait vraiment,
mon coeur qui jamais plus ne battra aussi fort.

(Lydie Dattas)

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