Articles Tagués ‘(Pascal Bonetti)’
Publié par arbrealettres le 16 mars 2013

LE SENS DU MONDE
Mais au fond n’est-ce pas cela le sens du monde ?
Cette oscillation permanente et sans fin
De l’âme humaine entre l’enfer et le divin,
De l’angoisse à l’espoir et du pur à l’immonde…
Ces cadences de haine et d’amour, ces combats
Sans répit ni repos du soleil et de l’ombre,
Ces luttes sans merci de l’unique et du nombre,
Ces éternels coups d’aile et ces pas dans les pas ?
— Oui, nous sommes d’un temps qui ne tire trophée
Que de la boue, et du seul mal fait son butin,
C’est vrai ! Garde pourtant ta foi dans le destin !
Danse comme David ! Et chante comme Orphée !
Mais, plus sage que lui, va droit à l’avenir !
Pour qu’en tes yeux encor la grâce resplendisse,
Ne te retourne pas, tu perdrais Eurydice !
Sois de ceux que la nuit n’oserait retenir !
Car ce qui fut ne fut que pour ce qui doit être
Et le sens de ce monde en l’impassible azur
C’est d’aller à sa mort en le sachant, mais sûr
Que de sa cendre, un jour, le Jour devra renaître.
(Pascal Bonetti)
Illustration: Janice VanCronkhite
Publié dans poésie | Tagué: (Pascal Bonetti), amour, angoisse, azur, âme, boue, cadence, cendre, combat, divin, enfer, espoir, grâce, haine, impassible, monde, mort, ombre, oscillation, répit, renaître, repos, retenir, sage, sens, soleil, trophée | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 16 mars 2013

LES VIERGES VEUVES
Ceux que nous attendons ne viendront plus, mes soeurs!
Voici déjà l’automne en larmes sur les routes,
Et puis, les doigts chargés de rêves obsesseurs,
Voici venir le soir, l’heure lourde entre toutes !
Ceux que nous attendons ne viendront plus ! Nos fronts
S’inclinent sans espoir sur les calmes venelles.
Désormais, c’est en vain, mes soeurs, que nous viendrons
Mirer au lac des nuits notre attente éternelle.
Nul de tous les passants qui croisaient nos chemins
Ou même s’attardaient aux rondes des dimanches,
N’a senti les frissons dont s’agitaient nos mains
Ni les rouges vouloirs qui couvaient sous nos hanches ;
Nul, au fond de nos silences, n’a su saisir,
Tels ces grands nénuphars qui d’une eau morne émergent,
Nos amours de l’Amour, nos désirs du Désir,
Ni les candides impudeurs de nos chairs vierges !
Et c’est pourquoi, des blonds matins aux mauves soirs,
Avares d’un trésor que chaque heure mutile,
Nous allons, aux regards discrets de nos miroirs,
Compter en soupirant nos joyaux inutiles.
Nous inventons les mots d’aveux et de douceurs
Que nous auraient chantés les amants de nos songes ;
Mais vous savez dans quels mauvais sanglots, Ives soeurs,
S’achèvent, chaque fois, nos amoureux mensonges !
Nous savons bien que c’est fini, que nos doigts blancs
Ne passeront jamais l’anneau des épousailles,
Que la houle jamais ne connaîtra nos flancs,
Qu’il ne germera pas de fruits dans nos entrailles !
Nous savons bien que c’est fini, que nos genoux
N’endormiront jamais de douleurs enfantines
Et nous sentons déjà l’oubli pousser sur nous
Comme une ronce noire au milieu des ruines !
Et c’est ainsi, mes soeurs de peine et de secret,
Que chacune de nous s’empoisonne ou s’abreuve,
De l’impossible espoir à l’éternel regret,
De ses larmes de vierge à ses larmes de veuve.
(Pascal Bonetti)
Illustration: Katia Poulin
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Publié par arbrealettres le 16 mars 2013

DÉSIR, IMPATIENT CHASSEUR…
Désir, impatient chasseur d’azur et d’ombre,
Toi qui, bardé d’espoir mais de doute vêtu,
Par les forêts du Temps, de l’Espace et du Nombre
Nous entraînes, qu’es-tu, Désir, et d’où viens-tu ?
Feu né de nos orgueils et qu’attisent nos songes,
Flamme folle qui veut brûler plus que saisir,
Tragique dard fleuri d’élyséens mensonges,
Vers quels ciels inconnus nous mènes-tu, Désir ?
(Pascal Bonetti)
Illustration: L’Empire des Sens
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Publié par arbrealettres le 4 novembre 2012

(…)
Je verrai dans tes yeux l’universel amour,
Dans les miens tu liras la millénaire attente,
Nous sentirons en nous cette sève exaltante
Qui de chaque jour fait le jour.
Enfin nous comprendrons la splendeur de la vie,
Le besoin qui s’y vient confondre de la mort,
Et la marche éternelle — et dont rien ne dévie —
Vers un éternel âge d’or.
(Pascal Bonetti)
Illustration: Alexander Sulimov
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Publié par arbrealettres le 24 septembre 2012

AFFRONTE AVEC ORGUEIL…
Affronte avec orgueil la vie et ses hasards,
N’attends rien, ô passant, du repos ou du songe,
N’accueille qu’en tremblant l’amour, ce beau mensonge,
Et chaque jour sois prêt pour de nouveaux départs !
(Pascal Bonetti)
Illustration: Gilbert Garcin
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Pascal Bonetti), accueillir, affronter, amour, attendre, départ, hasard, mensonge, orgueil, passant, prêt, repos, songe, trembler, vie | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 24 septembre 2012

L’HYMNE ETERNEL
Je te reconnaîtrai sans t’avoir jamais vue,
Car ton image est dans mes yeux
Semblable à ces reflets qu’on voit sur les lacs bleus
Et dont on cherche en vain les causes dans la nue.
Je te reconnaîtrai… Comment ? Je ne sais pas !
Peut-être à la beauté calme de ton visage,
Peut-être au bruit laissé par ta robe au passage,
Ou peut-être à l’empreinte de tes pas.
Es-tu reine ou bergère ?
Je ne sais pas… Je te vois à travers
Des rêves lumineux, vaporeuse et légère,
Telle, en mirage, une oasis dans mon désert.
Je t’emporterai loin, dans l’au-delà des choses
Où les heures s’en vont endormir leurs secrets,
Et parmi les odeurs et l’ombre des forêts
Je te ferai d’indicibles apothéoses.
Je te ferai des reposoirs
Avec les pins géants et les fleurs des bruyères,
Et dans le mystère ému des longs soirs,
Je laisserai vers toi s’exhaler ma prière.
Nos corps se dresseront dans leur double beauté
Comme un thyrse de chair. Le ciel diamanté,
Les yeux verts des étangs, l’extase des collines,
Regarderont passer notre double désir
Qui montera vers les splendeurs de l’avenir
Par les sentiers, par les rochers, par les ravines.
Nos esprits s’ouvriront au sens de l’infini.
…
Muables gouttes d’eau dans le gouffre immuable,
Nous essaierons de pénétrer l’éternité.
Atomes conscients devant l’immensité,
Nos cerveaux tenteront de sonder l’insondable.
Nous verrons que nos chairs, ces filles du passé,
Roulent depuis toujours dans le cycle des causes
Et que, plus tard encor, par les vents dispersé,
Notre couple vivra dans les parfums des roses,
Dans les plaintes des mers, dans les souffles des vents,
Dans les fruits, dans les blés, dans les chênes mouvants,
Au hasard des métamorphoses.
Nous verrons que notre âme est l’embryon de Dieu,
Un peu de la grande Aine éparse par le monde,
Qui, parmi l’inconnu de l’époque et du lieu,
Fait vivre le cosmos, le règle et le féconde,
Et que cette âme, accrue à nos gestes latents,
D’un plus puissant envol exaltera le temps
Qui sur nos faiblesses se fonde.
Nous concevrons l’ordre profond de l’univers
Notre corps aspirant à la beauté parfaite,
Notre esprit s’avançant vers l’ultime conquête
Par les chemins les plus divers.
Nous nous sentirons solidaires
Des siècles qui nous précédèrent
Comme de ceux qui nous suivront
Et levant alors notre front
Vers ce Dieu qui par nous incessamment se crée,
Nous chanterons l’hymne sacrée :
« Heureux les doux, heureux les bons, heureux les forts,
Heureux les justes !
Ceux qui mettent leur foi dans la pensée auguste,
Leur espérance dans l’effort !
Heureux ceux dont le coeur est pur et volontaire,
Ceux qui portent leurs jours comme des ciels d’été,
Ceux qui s’en vont chantant, ivres d’avoir capté
Les secrètes lois de la terre !
Heureux les simples qui, bravant les lendemains,
Tendent leurs bras vers les bras fous de l’aventure !
Heureux ceux dont le rêve ou le verbe ou les mains
Entent sur le passé les aurores futures !"
Je verrai dans tes yeux l’universel amour,
Dans les miens tu liras la millénaire attente,
Nous sentirons en nous cette sève exaltante
Qui de chaque jour fait le jour.
Enfin nous comprendrons la splendeur de la vie,
Le besoin qui s’y vient confondre de la mort,
Et la marche éternelle — et dont rien ne dévie —
Vers un éternel âge d’or.
(Pascal Bonetti)
Illustration: Sabin Balasa
Publié dans poésie | Tagué: (Pascal Bonetti), amour, apothéose, attente, aurore, éternel, beauté, bergère, calme, chanter, ciel, conquête, désert, désir, emporter, empreinte, exaltante, foi, heureux, hymne, image, indicible, infini, juste, lac, lumineux, marche, mirage, mort, oasis, ordre, parfait, passage, prière, ravine, rêve, reconnaître, reine, reposoir, robe, s'exhaler, sentier, simple, splendeur, univers, vaporeuse, visage | 1 commentaire »
Publié par arbrealettres le 13 juin 2012

NOTRE-DAME DE STRASBOURG
Rose mystique, tour d’ivoire, maison d’or,
Vase spirituel d’amour et de science,
Miroir de la justice et de la patience,
Etoile dont s’ajoute aux aubes le trésor,
Nid d’espoir d’où le chant d’un peuple prend l’essor,
Refuge où le pécheur au pardon se fiance,
Trône de la sagesse, arche de l’alliance
Où deux races mille ans ont confondu leur sort,
Main divine, de grâce et d’encens parfumée,
Qui tenez sur les coeurs votre paume fermée
Et qui, sur les cités d’Alsace et ses labours,
Montrez de votre index la route à leurs prières,
Je vous salue, ô Notre-Dame de Strasbourg,
Car vous êtes bénie entre toutes les pierres.
(Pascal Bonetti)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 13 juin 2012

LES LITANIES DE LA SOLITUDE
O fille de l’orgueil et mère de la force,
Maitresse-vierge dont la voix est le silence,
O Palais des miroirs où se confronte l’âme,
Tour d’ivoire où les nuits même sont translucides,
Trône de la sagesse, Arche où font alliance
Les souvenirs fanés et les espoirs vivaces,
Etoile des matins et des molles vesprées
Qui luis, guidant cerveaux et coeurs comme des voiles,
Porte du ciel promis aux prunelles voyantes,
Firmament constellé des désirs et des rêves,
Vase spirituel et cassolette ardente
Où brûlent les parfums des plus rares pensées,
Rose mystique ouverte aux âmes idéales,
Grenade mûre offerte aux chairs passionnelles,
Festin où les esprits prédestinés s’enivrent
Jusqu’à trouver toute clarté dans leur ivresse,
Manne apaisante aux faims de Jésus et d’Orphée,
Vin qui fais les héros, Pain qui nourris les vierges,
Refuge des pécheurs, douce Consolatrice
Des affligés, Salut des infirmes, Viatique
Pour les marcheurs lassés par nos époques lourdes,
Fleuve d’oubli où les oublis mêmes s’oublient,
Soleil sur les glaciers de nos amours défuntes,
Pluie d’or sur les déserts de nos amitiés mortes,
Reine des saints et des martyrs et des poètes,
Reine des vraiment rois, reine des vraiment reines,
O Colombe, ô Vautour, inlassable couveuse
Des germes du génie humain et de ses fièvres,
Toi, la seule par qui les hommes
Trouvent l’entendement des célestes silences,
Accueille-nous, accueille-nous, ô Solitude !
(Pascal Bonetti)
Illustration: Tatiana Yushmanova
Publié dans poésie | Tagué: (Pascal Bonetti), accueillir, affligé, alliance, amitié, apaisant, arche, colombe, consolatrice, désert, entendement, faim, force, guider, infirme, litanie, martyr, miroir, nuit, orgueil, palais, parfum, pensée, poète, porte, prunelle, s'enivrer, sagesse, sain, solitude, souvenir, spirituel, translucide, vautour | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 août 2011
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LES CHERCHEURS
Ils m’ont dit : " Insensé, vois-tu pas que bientôt
Notre science aura dépassé le mystère
Et que tes vagues chants de rêveur solitaire
N’auront plus que le sens banal d’un memento ?
Ne sens-tu pas que l’art où ta voix s’extasie
Ne ressortit déjà qu’au rituel des morts
Et qu’avant peu sans grande larme ni remords,
Du monde nous t’aurons proscrite, ô poésie !
Ton Pégase pour nous n’est qu’un cheval robot ;
Notre Verbe est un chiffre et notre lyre un Morse ;
Notre Muse a trois noms, masse, vitesse, force ;
Nous sommes désormais des temps le seul flambeau."
J’ai répondu : " Je vois, à mesure que l’homme
Découvre davantage et du globe et du ciel,
Qu’en dépit d’un élan qu’il croit torrentiel
Grandissent du mystère et l’arcane et la somme ;
Que vos pas de savants sont vains, que vos progrès
A l’échelle de l’infini sont illusoires,
Que c’est au fond la même sorte de victoires
Où tendent vos calculs et nos chants enivrés.
Je sais même que l’art est pour l’homme qui pense
Ce que sont pour l’amant la grâce et la beauté,
Que de la conscience il est la volupté
Comme de la sagesse il est la récompense.
Nos dieux ne sont-ils pas, d’ailleurs, les mêmes dieux,
La nature et l’espace et le rythme et le nombre ?
N’est-ce pas, comme nous, du silence et de l’ombre
Que vous faites surgir le sicle radieux ?
Découvrir n’est-ce pas créer de l’aventure
Et l’aventure existe-t-elle sans héros ?
Et ceux-ci n’ont-ils pas besoin, eux, de hérauts
Pour de leurs gestes faire une geste qui dure ?
Dites, que serviront tous vos cerveaux penchés
Si nul marin ne tend sur vos ondes ses voiles,
Ni vos cailloux géants lancés dans les étoiles
S’ils ne sont d’un poète ou d’un fou chevauchés ?
Et n’est-ce pas d’abord notre rêve et son aile
Qui du zénith soumit le ciel jusqu’au nadir?
Votre science humaine y peut, certes, grandir,
Mais divine, la nôtre y demeure éternelle. "
(Pascal Bonetti)
Publié dans poésie | Tagué: (Pascal Bonetti), aile, amant, arcane, élan, éternelle, étoile, banal, beauté, calcul, chant, chercheur, ciel, conscience, découvrir, demeure, Dieu, force, géant, grandir, grâce, héraut, héros, illusoire, infini, insensé, lyre, masse, muse, mystère, nadir, onde, progrès, proscrite, récompense, rêve, rêveur, remords, rituel, robot, s'extasier, sagesse, savoir, science, soumettre, vain, vitesse, voile, volupté, zénith | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 15 août 2011

LE RYTHME DE LA MER
C’est en vain qu’à mes yeux l’espace t’a ravie,
O mon amour, puisque je vis toujours ta vie
Et que c’est de ton sang le flot quotidien
Qui règle encor le flux et le reflux du mien !
Je suis dans mon exil comme ces coquillages
Qu’on arracha vivants à leurs natales plages
Et qui, même éloignés de leur amour amer,
Gardent exact en eux le rythme de la mer,
S’ouvrant ou s’enfermant dans leurs prisons nacrées
Aux heures chaque jour changeantes des marées…
Je m’éveille à l’instant précis de ton réveil.
Que ton ciel soit de brume ou d’ombre ou de soleil,
Je partage avec toi l’heure mauvaise ou bonne
Jusqu’à celle où ta chair au repos s’abandonne
Et la nuit quand pour tout s’est aboli ton corps
C’est bercé par ton coeur qu’en rêve je m’endors.
(Pascal Bonetti)
Publié dans poésie | Tagué: (Pascal Bonetti), amer, amour, arracher, bercé, chair, coeur, coquillage, en vain, espace, exil, flot, flux, mer, nacrée, prison, ravir, rêve, reflux, rythme, s'abandonner, s'abolir, s'endormir, s'ouvrir, sang | Poster un commentaire »