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Poésie

Articles Tagués ‘pays’

Moi, je vis la vie à côté (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Moi, je vis la vie à côté

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : "Comme il est bête !"
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !

(Charles Cros)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Phantasma (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Dorina Costras 260-7

Phantasma

J’ai rêvé l’archipel parfumé, montagneux,
Perdu dans une mer inconnue et profonde
Où le naufrage nous a jetés tous les deux
Oubliés loin des lois qui régissent le monde.

Sur le sable étendue en l’or de tes cheveux,
Des cheveux qui te font comme une tombe blonde,
Je te ranime au son nouveau de mes aveux
Que ne répéteront ni la plage ni l’onde.

C’est un rêve. Ton âme est un oiseau qui fuit
Vers les horizons clairs de rubis, d’émeraudes,
Et mon âme abattue est un oiseau de nuit.

Pour te soumettre, proie exquise, à mon ennui
Et pour te dompter, blanche, en mes étreintes chaudes,
Tous les pays sont trop habités aujourd’hui.

(Charles Cros)

Illustration: Dorina Costras

 

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Allez ! (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013



 

Mihai Criste   (19)

Allez ! et qu’on multiplie,
Dieu à chacun s’est donné
pour la mort et poux la vie
et chaque fois tout entier.
Prestige de l’Absolu,
éloge de la pensée.
Monde jaugé retenu :
esprit, tiens la fleur doublée.
Face à Face l’Intouchable
je le sens grandir en moi
et répéter le miracle
seul d’être à tous à la fois.
Je n’ouvre pas une fable,
je ne suis pas le portier
mais j’entre, le coeur troublé,
dans de grands pays de sable
parmi les miraculés.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Mihai Criste

 

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Byblis (Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013




Ceux qui sont aimés mènent une vie difficile et pleine de dangers.
Ah, que ne se surmontent-ils pas pour aimer à leur tour ?
Autour de celles qui aiment il n’est que sécurité.
Plus personne ne les soupçonne
et elles-mêmes ne sont plus capables de se trahir.
En elles le secret est devenu intangible.
Elles le clament tout entier comme des rossignols,
il ne se divise pas.
Leur plainte ne vise qu’un seul ;
mais la nature entière y joint sa voix ;
c’est la plainte sur un être éternel.
Elles se jettent à la poursuite de celui qu’elles ont perdu,
mais dès les premiers pas, elles l’ont dépassé,
et il n’y a plus devant elles que Dieu.
Leur légende est celle de Byblis qui poursuit Caunos jusqu’en Lycie.
La poussée de son cœur lui fit parcourir des pays innombrables
sur les traces de celui qu’elle aimait,
et finalement elle fut à bout de forces.
Mais si forte était la mobilité de son être que
lorsqu’elle s’abandonna,
par delà sa mort elle reparut en source,
rapide, en source rapide.

(Rilke)

 
Illustration: William Bouguereau

 

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En l’an trois mille (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2013


 


Adrian Chesterman 86

 

Nous n’avions rien et c’était peau de l’ange.
On nous disait de bâtir nos maisons,
qu’en l’an trois mille adviendrait la revanche,
symbole et foi, la joie des compagnons,
qu’au crayon bleu à biffer les frontières
la Terre en bloc serait un seul Pays,
que le Sacré remplacerait la guerre,
et que l’enfer deviendrait paradis.
C’est l’an trois mille et sommes en jachère
à repenser le problème des sots.
- L’argile tremble encore au cimetière
et l’on entend le combat des robots.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Adrian Chesterman

 

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Les Fleurs (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 26 avril 2013


Lotus rose-paix

Entre Mon Pays – et les Autres -
S’étend un Océan -
Mais – en Ambassadrices – les Fleurs -
Entre nous négocient.

***

Between My Country – and the Others -
There is a Sea -
But Flowers – negociate between us -
As Ministry.

(Emily Dickinson)

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Y aura-t-il pour de vrai un «matin»? (Emily Dickinson)

Publié par arbrealettres le 26 avril 2013



Y aura-t-il pour de vrai un «matin»?
Y a-t-il ce qu’on appelle un «Jour»?
Pourrais-je le voir des montagnes
Si j’étais aussi haute qu’elles?

A-t-il des pieds comme les Nénuphars?
Des plumes comme un Oiseau?
Nous vient-il de pays fabuleux
Dont je n’ai jamais ouï parler?

Oh un Savant! Oh, un Marin!
Oh, un Sage venu des cieux!
Qu’il dise à une petite Pèlerine
Où se trouve le lieu nommé «matin»!

(Emily Dickinson)

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Ballade des dames du temps jadis (François Villon)

Publié par arbrealettres le 6 avril 2013




Ballade des dames du temps jadis

Dites-moi où, n’en quel pays
Est Flora la belle Romaine,
Archipiadès ni Thaïs
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine…
Mais où sont les neiges d’antan ?

Où est la très sage Héloïs
Pour qui châtré fut et puis moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fût jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

La reine Blanche comme lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au plat pied, Biétrix, Alix,
Aremburgis qui tint le Maine
Et Jehanne la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ?
Où sont-ils, où, Vierge souveraine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Prince, n’enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu’à ce refrain ne vous ramène :
Mais où sont les neiges d’antan ?

***

Dictes moy où, n’en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine ;
Archipiada, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Echo, parlant quand bruyt on maine
Dessus rivière ou sus estan,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

Où est la très sage Heloïs,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys ?
Pour son amour eut cest essoyne.
Semblablement, où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust jetté en ung sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan !

La royne Blanche comme ung lys,
Qui chantoit à voix de sereine ;
Berthe au grand pied, Bietris, Allys ;
Harembourges, qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu’Anglois bruslèrent à Rouen ;
Où sont-ilz, Vierge souveraine ?…
Mais où sont les neiges d’antan !

Prince, n’enquerrez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu’à ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d’anten ?

(François Villon)

 

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La Muse est partie sur le chemin (Anna Akhmatova)

Publié par arbrealettres le 5 avril 2013






La Muse est partie sur le chemin
Étroit, raide, marqué par l’automne,
Et ses jambes hâlées ont été
Aspergées d’une épaisse rosée.

Longtemps je lui ai demandé
D’attendre l’hiver avec moi.
Mais elle a dit: «Ici, c’est une tombe,
Comment peux-tu encore respirer?»

Je voulais lui donner un pigeon,
Le plus blanc de mon pigeonnier,
Mais l’oiseau s’est envolé de lui-même
Sur les traces de ma belle visiteuse.

Je l’ai suivi du regard, sans rien dire,
Je n’aimais vraiment que lui,
L’aurore apparaissait au ciel:
Porte ouverte vers son pays.

(Anna Akhmatova)

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SUR LA VITRE DES AUTOMNES (Gilles Vigneault)

Publié par arbrealettres le 4 avril 2013


 


 

SUR LA VITRE DES AUTOMNES

Sur la vitre des automnes
Je dessine des printemps
Je travaille à contretemps
Mais jamais je n’abandonne

Un peu d’herbe et d’hirondelle
Une marguerite au vent
M’ont fait croire très souvent
Que je me souvenais d’elle

Je fais voile sans mâture
Je me chauffe de froidure
Et me loge au mauvais temps

Sachez combien je me lasse
Et combien je vous attends
A toujours changer de place

Vous qui passez sans parole
Mais dont je connais le pas
Je ne vous demande pas
De retourner à l’école

Petite saison lointaine
Où je sais que l’on apprend
A garder avec le rang
Le silence des fontaines

Si vous ne voulez rien dire
Ne rien faire ni sourire
Mourez de moi quelque part

Et pour peu que je me presse
Le moindre de vos départs
parlera de ma jeunesse

Mais mes automnes de verre
Et mes printemps de papier
M’auront fait tout gaspiller
Passe-roses et primevères

Tel arbre change de robe
Qui ne change pas de nom
Des pays à l’horizon
Se dérobent se dérobent

Un jour de neige un de pluie
Un de soleil que j’oublie
Et des visages s’en vont

A tant creuser mon enfance
Je m’y suis cogné au fond
Sur la pierre du silence

(Gilles Vigneault)

Illustration

 

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