Il reçut le don rigoureux.
Et il perçut le noir en même temps que le blanc…
A force de vouloir le blanc sans ombre
il perdit ce qui persistait du blanc et du nu.
Et il eut la pesanteur du don, noir.
(Guy Lévis Mano)
Publié par arbrealettres le 26 mai 2013
Il reçut le don rigoureux.
Et il perçut le noir en même temps que le blanc…
A force de vouloir le blanc sans ombre
il perdit ce qui persistait du blanc et du nu.
Et il eut la pesanteur du don, noir.
(Guy Lévis Mano)
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Publié par arbrealettres le 18 mai 2013
Pesanteur et tendresse, soeurs aux signes semblables,
Lourdes roses pour les guêpes et les mouches à miel.
L’homme agonise, la chaleur s’échappe du sable
Et sur de noirs brancards git le soleil d’hier.
La pierre est plus légère qu’à ma bouche ton nom.
Ô ! lourds rayons des ruches et vous tendres réseaux !
Je n’ai pour vivre désormais d’autre raison —
Ce beau souci, du temps surmonter le fardeau.
Je bois comme une eau noire l’air soudain troublé.
Le soc creuse le temps. La rose fut de terre
Et son lent tourbillon fit des couronnes doubles
Des lourdes tendres roses — tendresse et pesanteur.
(Ossip Mandelstam)
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Publié par arbrealettres le 2 mai 2013
Que peut faire le feu
S’il n’a pas le bois pour le nourrir?
Que peut faire le mot
S’il n’a pas la voix pour voyager?
Le chant seul
Te sauve de la pesanteur
(Yvon Le Men)
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Publié par arbrealettres le 31 mars 2013
LE POÈTE
Je prendrai dans ma main gauche
Une poignée de mer
Et dans ma main droite
Une poignée de terre
Puis je joindrai mes deux mains
Comme pour une prière
Et de cette poignée de boue
Je lancerai dans le ciel
Une planète nouvelle
Vêtue de quatre saisons
Et pourvue de gravité
Pour retenir la maison
Que j’y rêve d’habiter.
Une ville. Un réverbère.
Un lac. Un poisson rouge.
Un arbre et à peine
Un oiseau.
Car une telle planète
Ne tournera que le temps
De donner à l’Univers
La pesanteur d’un instant.
(Gilles Vigneault)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2013
Cactus
Toute mon histoire sur la terre se résume dans ces seuls mots:
J’ai eu froid.
Il m’est impossible de vivre dans ces régions
où il tombe de la neige, où il gèle,
où l’on est sans cesse assailli par la pluie, les vents et les giboulées.
Si j’étais restée sous les tropiques,
je n’aurais pas trop le droit de me plaindre;
mais j’ai fait la sottise de suivre un botaniste en Europe,
et je suis perdues de rhumatismes.
On a beau vivre dans une serre,
on est toujours victime de quelque traître vent coulis.
Et puis cette chaleur factice me donnait la migraine
ou des pesanteurs de tête insupportables.
Mon sang, d’un rouge si vif, ne circulait plus;
mon front alourdi retombait sur ma poitrine;
et il me semblait, dans l’espèce d’hallucination où j’étais,
qu’une main invisible m’avait transformée en portière,
et que je serrais amoureusement un poêle dans mes bras,
ainsi que maintes fois je l’avais vu faire
l’hiver dans la loge de notre hôtel.
Comme je regrettais la douce et tiède température
des pays où nous sommes nées, nous autres fleurs!
comme je m’ennuyais sur les cheminées,
sur les consoles de marbre où je servais d’ornement!
(J.J. Grandville)
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Publié par arbrealettres le 23 novembre 2012
Un jour, nous aurons maîtrisé les vagues, les marées et la pesanteur,
nous exploiterons l’énergie de l’amour.
Alors, pour la seconde fois dans l’histoire du monde,
l’homme aura découvert le feu.
(Pierre Teilhard de Chardin)
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Publié par arbrealettres le 22 juillet 2012

J’imaginais
que tout pouvait
se bâtir, se fêter
hors des lois de l’amour
et puis j’ai vu
au fond d’une cour
une tige d’herbe
vaincre la pesanteur
pour se tendre vers un soleil
qu’elle ne rencontrera jamais.
(Gérard Le Gouic)
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Publié par arbrealettres le 2 juillet 2012

Présence de l’absence
Tu es né mêlé à moi comme à l’archaïque lumière les eaux sans pesanteur,
Tu es né loin de moi comme au bout du soleil les terres noyautées de feu,
Tu nais sans cesse de moi comme les mille bras des vagues courant sur la mer toujours étrangère;
C’est moi ce charroi d’ondes pour mûrir ton destin comme midi au sommet d’une cloche;
Cette gorgée d’eau qui te livre la cime du glacier, c’est mon silence en toi,
Et c’est le sillage de mon défi cette odeur qui t’assujettit à la rose;
Cette pourpre dont tu fais l’honneur de ton manteau, c’est le deuil violent de mon départ;
C’est moi l’amour sans la longue, la triste paix possessive…
Moi, je suis en toi ce néant d’écume, cette levure pour la mie de ton pain;
Toi, tu es en moi cette chaude aimantation et je ne dévie point de toi;
C’est moi qui fais lever ce bleu de ton regard et tu couvres les plaies du monde.
C’est moi ce remuement de larmes et tout chemin ravagé entre les dieux et toi.
C’est moi l’envers insaisissable du sceau de ton nom.
Si ton propre souffle te quittait, je recueillerais pour toi celui des morts dérisoires;
Si quelque ange te frustrait d’un désir, ce serait moi la fraude cachée dans la malédiction.
Toi, tu nais sans cesse de moi comme d’une jeune morte, sans souillure de sang;
De ma fuite sont tes ailes, de ma fuite la puissance de ton planement;
De moi, non point l’hérédité du lait, mais cette lèvre jamais sauve du gémissement.
Je suis l’embrasement amoureux de l’absence sans la poix de la glutineuse présence.
(Rina Lasnier)
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Publié par arbrealettres le 2 juillet 2012
Ils grandissent et disparaissent
les anneaux de la mémoire
il est calme
le lac du monde
tu es muette et profonde
seule
tu es le coeur du monde
nu.
Même les seins sont des fleurs fugitives
tes cuisses d’herbe bercent ma main
et les baisers sont lents comme la clarté
lents
j’oublie et la pesanteur et la peine
la peine des fleurs trop éloignées
pour s’embrasser
et mes doigts s’effeuillent sur tes épaules
comme si le vent semait et je meurs de tendresse
partout
et de nouveau ma main coule sur ton corps clair
sur les pommes
que je caresse de mon oeil
nu.
Jeunes filles jeunes filles
je serai tellement joyeux.
(Radovan Ivsic)
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