Lâche j’ai vu partir l’Art ma dernière idole,
Le Beau ne m’étreint plus d’un immortel. transport,
Je sens que j’ai perdu, car avec l’Art s’envole
Cette extase où parfois le vieux désir s’endort.
Trente siècles d’ennui pèsent sur mon épaule
Et concentrent en moi leurs sanglots, leurs remords.
Nos mains ont désappris le travail qui console.
Pas un jour où, poltron, je ne songe à la mort.
Sourd à l’illusion qui tient les multitudes,
Je me traîne énervé d’immenses lassitudes,
Tout est fini pour moi, je n’espère plus rien.
Tu bats toujours pourtant, coeur pourri, misérable!
Ah! si j’étais au moins, comme autrefois, capable
De ces larmes d’enfant qui nous font tant de bien!
Ah ! cette cantatrice:
sa voix l’élevait sur la pointe de l’orteil.
Elle ne pesait plus et se maintenait très bien,
je l’ai dit, sur la pointe de l’orteil.
Un soir elle chanta plus fort, monta dans les airs
et on ne la revit jamais.
J’ai bu une Gorgée de Vie -
Savez-vous ce que j’ai payé -
Exactement une Existence -
Le prix, ont-ils dit, du marché.
Ils m’ont pesée, grain par grain de Poussière -
Ont mis en balance Peau contre Peau,
Puis m’ont donné la valeur de mon Etre -
Une unique Goutte de Ciel!
J’ai confié à mon orchestre
cette grande crainte
qui pèse sur tout esprit sensible
devant les choses en puissance,
la « chose en-soi » qui peut grandir,
se développer indéfiniment.