Belle tourneuse planète
tu fais toujours la coquette
mon coeur ouvre mes volets
regarde, sait-on jamais
si le vrai n’est pas la fable ?
A travers le temps des morts
sait-on jamais si l’enfance
dans l’espace en transparence
ne touchera pas le port ?
Ils viennent de l’au-delà ces yeux sur toi,
d’au-delà le sentier du jardin.
Les yeux qui te regardent fixement
et ils ne te disent rien
et ils savent tout
et toi tu ne sais ce qu’il faut faire
et eux te commandent
et toi tu ne sais ce qu’ils veulent
et ils te regardent, ils te regardent fixement
ils te transpercent de part en part
et toi tu ne sais ce qu’ils veulent.
Les yeux, les yeux d’au-dessus les nuages
depuis les planètes, depuis les étoiles
Ce sont vos bagages
Qui font nos voyages
Nous restons toujours
Dans le lit des jours
L’âme sédentaire
Rivée à la terre
N’y échappe point
Nous n’allons pas loin
Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier
Planètes permises
Faites vos valises
Rien n’est plus ailleurs
Que l’intérieur
Entre neige et pluie
J’ai cherché ma Vie
Des siècles des mois
Elle était chez moi
Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier
Seule à sa fenêtre
A regarder naître
D’octobre en avril
Les fleurs du grésil
Vivante d’attendre
La flamme est à vendre
Me voici songeur
Pauvre voyageur…
Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier
Était-ce une femme
Était-ce ton âme
En tous ses atours
Guettant ton retour
Et ce coeur nomade
Qui bat la chamade
Au moindre départ
Est-il en retard ?
Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier
Amour est mon guide
J’arrive mains vides
J’arrive de nuit
Mûri comme un fruit
Tombé des étoiles
J’arrive à la voile
Le coeur en danger
Comme un étranger
Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond de ton soulier
Je prendrai dans ma main gauche
Une poignée de mer
Et dans ma main droite
Une poignée de terre
Puis je joindrai mes deux mains
Comme pour une prière
Et de cette poignée de boue
Je lancerai dans le ciel
Une planète nouvelle
Vêtue de quatre saisons
Et pourvue de gravité
Pour retenir la maison
Que j’y rêve d’habiter.
Une ville. Un réverbère.
Un lac. Un poisson rouge.
Un arbre et à peine
Un oiseau.
Car une telle planète
Ne tournera que le temps
De donner à l’Univers
La pesanteur d’un instant.
J’ai besoin de la mer car elle est ma leçon :
je ne sais si elle m’enseigne la musique ou la conscience :
je ne sais si elle est vague seule ou être profond
ou seulement voix rauque ou bien encore conjecture
éblouissante de navires et de poissons.
Le fait est que même endormi
par tel ou tel art magnétique je circule
dans l’université des vagues.
I1 n’y a pas que ces coquillages broyés
comme si une planète tremblante
annonçait une lente mort,
non, avec le fragment je reconstruis le jour,
avec le jet de sel, la stalactite,
et avec une cuillerée de mer, la déesse infinie.
Ce qu’elle
m’a appris, je le conserve! C’est
l’air, le vent incessant, l’eau et le sable.
Cela semble bien peu pour l’homme jeune
qui vint ici vivre avec ses feux et ses flammes,
et pourtant ce pouls qui montait
et descendait à son abîme,
le froid du bleu qui crépitait
et l’effritement de l’étoile,
le tendre éploiement de la vague
qui gaspille la neige avec l’écume,
le pouvoir paisible et bien ferme
comme un trône de pierre dans la profondeur,
remplacèrent l’enceinte où grandissait
la tristesse obstinée, accumulant l’oubli,
et soudain mon existence changea:
j’adhérai au mouvement pur.
Cela survint au sein du grand silence
lorsque l’herbe naissait,
la lumière venait de se déprendre
créant le vermillon et les statues,
alors
dans la solitude sans fin
un cri fleurit,
une chose roula en larmes,
les ombres s’entrouvrirent et elle monta seule,
on aurait dit que les planètes sanglotaient,
et puis l’écho
roula de cahot en cahot
jusqu’au moment où cela qui naissait se tut.
Mais la pierre a gardé le souvenir.
Elle a gardé le mufle ouvert des ombres,
la palpitante épée du hurlement,
et dans la pierre gîte un animal sans nom
qui, sans voix, hurle encore vers le vide.
J’espère m’éloigner sous peu :
D’abord sur une planète,
De là sur l’orbite solaire,
De là encore sur une orbite galactique,
Et encore encore, sur l’orbite
Où courent des essaims de galaxies ;
Puis me perdre dans des nébuleuses inconnues.
Loin, bien sûr, mais pas au point
Que ne me joignent plus ta main
Et ton humide langue.
***
Spero tra poco lontanare :
Dapprima su una planetaria
Indi su un’orbita solare,
Indi ancora su un’orbita galattica,
E ancora ancora, sull’orbita
Che corrona gli sciami di galassie ;
E perdermi tra ignote nebulose.
Lontano certo, ma non tarito
Che non mi giunga la tua mano
E l’umida tua lingua.
J’ai traversé le Rien
Aux jours de mon enfance
Déchiffrant la mort
En nos corps d’argile
Et de brièveté
J’ai récusé l’orgueil
Disloqué les triomphes
Dévoilé notre escale
Et sa précarité
Cependant j’y ai cru
A nos petites existences
A ses saveurs d’orage
Aux foudres du bonheur
A ses éveils ses percées
Ses troubles ou ses silences
A ses fougues du présent
A ses forces d’espérance
Au contenu des heures
J’y ai cru tellement cru
Aux couleurs éphémères
Aux bienfaits de l’aube
Aux largesses des nuits
Oubliant que plus loin
Vers les courbures du temps
L’explosion fugace
Ne laissera aucune trace
De nos vies consumées
Et qu’un jour notre Planète
A bout de souffle
Se détruirait