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Poésie

Articles Tagués ‘pleurer’

Bouffée de printemps (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Bouffée de printemps

Tout poudroie au soleil, l’air sent bon le printemps.
Les femmes vont, au Bois sous leurs ombrelles claires.
Chiens, bourgeois et voyous, chacun a ses affaires.
Tout marche. Les chevaux de fiacre « ont vingt ans ».

Dans les jardins publics Guignol parle aux enfants
Aux tremblants crescendos des concerts militaires
Que viennent écouter de jaunes poitrinaires
Frissonnant aux éclats des cuivres triomphants.

Aux magasins flambants les commis font l’article,
Derrière les comptoirs des hommes à l’air fin
Pour vérifier un compte ont chaussé leur bésicle,

Chacun trime, rit, flâne ou pleure, vit enfin!
Seul, j’erre à travers tout, la lèvre appesantie
Comme d’une nausée immense de la vie.

(Jules Laforgue)


Illustration

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Printemps passé (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 16 mai 2013



 

alouette 50

Printemps passé ne revient plus,
Ecoute pleurer l’alouette

(Georges Libbrecht)

Illustration

 

 

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Elle (Jean-Marie Le Huche)

Publié par arbrealettres le 14 mai 2013


Elle

Je l’ai d’abord enfermée dans l’armoire mais elle a
déchiré mes draps
Je l’ai collé dans le frigidaire mais elle a dévoré
mon kilo de beurre
Je l’ai transformée en fourneau à gaz mais elle a
cramé mon plat de nouilles
J’en ai fait une cocotte en papier mais elle a caqueté
jusqu’à minuit
Je l’ai flanquée excédé à la porte mais elle est revenue
par la fenêtre
Je l’ai poussée dans le canal Saint-Martin mais elle
nageait comme une anguille
Enfin je me suis tué
Et quand j’ai été mort je l’ai vue fondre en larmes
Devant son café crème place Saint-Michel
Alors j’ai ressuscité. Je lui ai dit
Viens. On rentre. Il faut pas pleurer
Et puis ça a recommencé.

(Jean-Marie Le Huche)

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Où aller ? (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013



Ô de quelle façon, avec quel gémissement
nous nous sommes caressés, épaules et paupières.
Et la nuit se terrait dans les chambres,
comme un animal blessé que nous aurions transpercé de douleur.

Étais-tu élue entre toutes pour moi,
n’était-ce pas assez d’être la soeur ?
Ton être était pour moi comme une vallée délicieuse,
et maintenant, à la proue du ciel il

s’incline en une apparition inépuisable
et il étend son empire. Où aller ?
Hélas dans l’attitude de la déploration
tu te penches vers moi, toi qui ne consoles pas.

Lorsque ton visage me fait ainsi me consumer,
comme une larme celui qui pleure,
que je multiplie mon front, ma bouche
autour des traits que je connais pour tiens,
il me semble, par-dessus ces ressemblances
qui nous séparent parce qu’elles sont doubles,
déployer une pure identité.

***

O wie haben wir, mit welchem Wimmern,
Augenlid und Schulter uns geherzt.
Und die Nacht verkroch sich in den Zimmern
wie ein wundes Tier, von uns durchschmerzt.

Wardst du mir aus alien auserlesen,
war es an der Schwester nicht genug?
Lieblich wie ein Tal war mir dein Wesen,
und nun beugt es auch vom Himmelsbug

sich in unerschöpflicher Erscheinung
und bemächtigt sich. Wo soll ich hin?
Ach mit der Gebärde der Beweinung
neigst du dich zu mir, Untrösterin.

Wenn ich so an deinem Antlitz zehre
wie die Träne an dem Weinenden,
meine Stirne, meinen Mund vermehre
um die Züge, die ich an dir kenn,
mein ich über jene Ähnlichkeiten
die uns trennen, weil sie doppelt sind
eine reine Gleichung auszubreiten.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Ce fut une lumière (Adonis)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013



"Ce fut une lumière, mais la lumière
Ment parfois
Pour innocenter ceux qu’elle aime", elle a murmuré
En pleurant
Conforme à l’image dessinée par mes soupçons
Et le chemin vers elle reste long

(Adonis)

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Je m’ensevelis dans le sable blanc (Marie-Marcelle Ferjuste)

Publié par arbrealettres le 5 mai 2013



 

Je m’ensevelis dans le sable blanc
Comme les huîtres s’y engloutissent
pendant que pleurent les écrevisses
et se courbent les flamboyants
Dans le va-et-vient des lames
Je regarde le bleu de la mer
Où monte un doux Pater Noster
tandis qu’arrivent les rames
À l’ombre des cocotiers
au loin je vois naviguer les voiliers
quand sur le sable descend le soir
Au fur et à mesure au gré des flots
le sable blanc devient noir très noir
et l’univers se ferme sur mon visage

(Marie-Marcelle Ferjuste)

Illustration: William Bouguereau

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Comment croire au bois mort (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



 

Comment croire au bois mort
Aux natures mortes

Ils font simplement le chemin
Leur paisible travail
De traverser

Je ne pense pas que l’habitude
Soit uniquement une répétition

C’est une façon rebelle de dire
Jamais assez
A ce qui passe et semble perdu

Je ne crois pas que nos visages
Finissent au-dessous
Du menton

Mes mains mon sexe mon dos
Et mes genoux savent
Rire et pleurer

(Werner Lambersy)

Illustration: Heater Jansh

 

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Chanson triste à deux voix (Ida Faubert)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



 

Ferdinand Hodler the-dream-1897.jpg!HD

Chanson triste à deux voix

Tout au fond du grand jardin noir
Que l’aile de la nuit effleure,
Le vent gémit son désespoir…
— Mais non, c’est mon âme qui pleure.

Dans la brume la ville dort,
Et là-bas, là-bas sur la route,
Entendez-vous? il pleut encor…
— C’est mon sang qui fuit goutte à goutte.

J’ai peur! Au creux du soir glacé,
Écoutez hurler la rafale.
Sans doute la mort a passé…
— Non, non, non! c’est mon coeur qui râle.

(Ida Faubert)

Illustration: Ferdinand Hodler

 

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Puisque le ciel t’envoie (Virginie Sampeur)

Publié par arbrealettres le 3 mai 2013



 

Eric Fortune

Puisque le ciel t’envoie…

Puisque le ciel t’envoie
Fortune, amour et joie
Tu peux bien m’oublier;
Vis sans inquiétude,
Et dans ma solitude,
Pour toi, je vais prier.

Si le bonheur te quitte,
Reçois-tu la visite
De la sombre douleur,
Ami, pense à moi; vole
Vers celle qui console,
Viens pleurer sur mon coeur.

(Virginie Sampeur)

Illustration: Eric Fortune

 

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Je n’aimai plus l’étoile (Juan Ramón Jiménez)

Publié par arbrealettres le 28 avril 2013



 

Je n’aimai plus l’étoile,
et je baissai les yeux ;
mais l’étoile en eux me revint,
comme — croyais-je — une fleur de neige.

Mais la fleur de neige était de nard
— de larme —, d’hermine ; et elle se défit,
et elle ruisselait à l’intérieur de moi.

Comme elle débordait, je me mis à pleurer ;
et sur le monde noir pleurai hermine et nard,
et toute une gloire d’étoiles dégelées.

***

No quise más la estrella,
y le bajé los ojos;
pero la estrella se me vino en ellos,
como —creía yo— una flor de nieve.

Pero la flor de nieve era de nardo,
—de lágrima—, de armiño; y se deshizo,
y me caía, chorreando, dentro.

Rebosaba, y me eché a llorar;
y lloré armiño y nardo al mundo negro,
y una gloria de estrellas desheladas.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Gao Xingjian

 

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