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Articles Tagués ‘poser’

Il savait des choses (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



 orange   l

Il savait des choses dont la nuit seule apprivoise le langage
et il les semait dans sa nation attentive silencieuse
hâve occulte qui était son raisin et sa farine
Et ces choses étaient l’orange juteuse pour l’heure
jachère pour la clameur de la gorge taciturne
et pour la soif de sa nation qui le voulait homme roi
Le laurier de longue verdeur ne frémissait pas de sa connaissance
et de sa requête debout et de son geste multitude et immobilité
Quand la mémoire l’avait rejeté ce qu’il savait demeurait
Et il le savait dans sa peau et devant sa peau
Il le savait à mesure de l’ignorance
Et cela prenait coeur dans son silence
comme une goutte ailée de miel
pour se poser sur la bouche épouse

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Dennis Wojtkiewicz

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Tout ce qui arrive (Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013



Tout ce qui arrive
pose
un masque sur notre figure qui n’ose
jamais être définitive.
Ainsi nous passons pendant que la vie nous déguise.
Et cette figure étrange
dont personne ne s’avise,
sera-t-elle un jour la surprise
des Anges?

(Rilke)

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Pour naître (Christian Viguié)

Publié par arbrealettres le 9 mai 2013



Pour naître j’ai posé l’orange sur une grande table de bois
Etant sûr de notre silence
je suis resté autour d’elle à découper l’après-midi.

(Christian Viguié)

 

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J’ai posé mes rêves sur la pointe du lit (Évelyne Trouillot)

Publié par arbrealettres le 7 mai 2013



Andrius Kovelinas 488 

J’ai posé mes rêves sur la pointe du lit
pour que ne tremble point
la poussière de nos yeux

Pays de boues incandescentes
et de pétales en croix
Amour d’écumes de déraison
apprends-moi à marcher à petits pas
car la pluie s’impatiente
et les fleurs se rebellent
Pays de soleils irréels
le ciel attend
ton signal pour arrimer les étoiles

(Évelyne Trouillot)

Illustration: Andrius Kovelinas

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LA BOÎTE À COLORIER (Gilles Vigneault)

Publié par arbrealettres le 3 avril 2013



 

boîte à colorier

LA BOÎTE À COLORIER

Je dessine une maison
Aussi jaune que le jaune
Sur une page d’herbe
Aussi verte que le vert
Je change d’oeil et de plume
Une fenêtre s’allume
C’est le soir dehors aussi
L’herbe s’est un peu noircie
Changé de main et de craie
Je suis derrière la haie
Tu viens d’entrouvrir la porte
Qui dessine de la sorte ?
Mais personne ne répond
Tu trouves que l’air est bon
Tu fais trois pas et tu frôles
La haie avec ton épaule
Je me meurs au bord des mots
Qui feraient tout disparaître
L’herbe l’air et la fenêtre
Et ce silence trop beau

Mais parmi les yeux du ciel
Ceux de l’herbe et de la haie
Tu viens de trouver mes yeux
La maison déjà vacille
Dans son petit matin jaune
Et le soleil éparpille
Dans son or l’herbe et la craie
C’est la lampe qui me pille
Les beaux mots que je mettrais
A parler de mille choses
Tout en gardant le secret
Du ciel vert et de l’herbe rose
Et de trois pas dans le soir
Que je pose sans rien voir
Au bord des mots et des choses

(Gilles Vigneault)

 

 

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LES QUATRE SAISONS (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 4 mars 2013



 

LES QUATRE SAISONS

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas. grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise.

Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés.

Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et. sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs

Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver.
Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits.

Blanche!
Oh. ses beaux seins blancs et froids!

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal chacun jette, poli.
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace!

(Charles Cros)

 

 

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DÉSERTEUSES (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 2 mars 2013



 

Carmen Tyrrell  Caryatide  rl

DÉSERTEUSES

Un temple ambré, le ciel bleu, des cariatides.
Des bois mystérieux ; un peu plus loin, la mer…
Une cariatide eut un regard amer
Et dit : « C’est ennuyeux de vivre en ces temps vides. »

La seconde tourna ses grands yeux froids, avides,
Vers Lui, le bien-aimé, l’homme vivant et fier
Qui, venu de Paris, peignait d’un pinceau clair
Ces pierres, et ce ciel, et ces lointains limpides.

Puis la troisième et la quatrième : « Comment
Retirer nos cheveux de cet entablement ?
Allons ! nous avons trop longtemps gardé nos poses ! »

Et toutes, par les prés et les sentiers fleuris,
Elles coururent vers des amants, vers Paris ;
Et le temple croula parmi les lauriers roses.

(Charles Cros)

Illustration: Carmen Tyrrell

 

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L’amour (Werner Lambersy)

Publié par arbrealettres le 23 février 2013



pose la question
et ce n’est pas l’amour

après quand tu crois savoir
ce n’est plus l’amour

(Werner Lambersy)


Illustration: Rodin

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Mots (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 21 février 2013


mots

 

Je pose un mot,
Un autre mot.

Qu’ils se multiplient!

(Guillevic)

 

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Sombre nuit (Julian Tuwim)

Publié par arbrealettres le 6 février 2013



 avebury cove stones night time

Sombre nuit

Homme plié sous le fardeau,
Viens t’asseoir.
Taisons-nous, regardons
La nuit noire.

Pose là ta pierre,
Repose-toi
Jusqu’au matin.
Dans la nuit sombre braquons tous deux
Nos yeux humains.

Parler est dur. La pierre est lourde.
Le pain de pierre.
Pourquoi parler. Deux pierres dans la nuit
Pour se taire.

(Julian Tuwim)

Découvert ici: Schabrières

Illustration

 

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