Articles Tagués ‘pré’
Publié par arbrealettres le 11 mai 2013
L’Attente
C’est la vie au ralenti,
c’est le cœur à rebours,
c’est une espérance et demie:
trop et trop peu à son tour.
C’est le train qui s’arrête en plein
chemin sans nulle station
et on entend le grillon
et on contemple en vain
penché à la portière,
d’un vent que l’on sent, agités
les prés fleuris, les prés
que l’arrêt rend imaginaires.
(Rilke)
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Publié par arbrealettres le 27 avril 2013

INSOMNIE
La nuit s’en va, noir taureau,
— pleine chair d’effroi, de deuil, et de mystère —,
brame immense et terrible,
sur la peur moite de tous les morts ;
et vient le jour, enfant de fraîcheur,
quêtant l’amour, le rire et la confiance
— enfant qui, très loin, là-bas,
dans les arcanes où
se rejoignent les fins et les commencements,
a joué un instant,
sur je ne sais quel pré
de lumière et d’ombre,
avec le taureau qui fuyait —.
***
DESVELO
Se va la noche, negro toro
— plena carne de luto, de espanto y de misterio —,
que ha bramado terrible, inmensamente,
al temor sudoroso de todos los caídos;
y el día viene, niño fresco,
pidiendo confianza, amor y risa,
— niños que, allá muy lejos,
en los arcanos donde
se encuentran los comienzos con los fines,
ha jugado un momento,
por no sé qué pradera
de luz y sombra,
con el toro que huía —.
(Juan Ramón Jiménez)
Illustration: Irina Kotova
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Publié par arbrealettres le 8 avril 2013

Le Pommier tordu
Il y a un pommier tordu
Dans le pré ;
Jeune femme en ta maison, qu’as-tu
À soupirer ?
Il y a un vieil homme gris
Près du feu ;
Ne soupire donc pas pour si peu :
Le chat au grenier guette la souris.
Il y a un oiseau qui chante sur la branche ;
Il y a un garçon qui siffle sur la route ;
Vieux mari, fais chauffer la soupe :
Ta femme reviendra dimanche.
(Tristan Klingsor)
Illustration: Paul Ranson
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Publié par arbrealettres le 7 avril 2013

Echappés de ma main
J’ai cueilli, embrassé les mots
A travers les prés du sourire.
Des fleurs ? Non , des oiseaux.
Echappés de ma main
Ils ont planté en son creux une plume
Un concert de grelots escalade les arbres
(Renée-Lise Jonin)
Illustration: Ohara Koson
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Publié par arbrealettres le 1 avril 2013
Dans le pré qui vers l’eau dévale,
Un lapin sauvage détale.
Un saut bref, un rapide élan,
Et montrant son panache blanc,
Il fuit vers la forêt prochaine.
Une touffe de marjolaine
L’arrête un peu. Faisant le guet,
Il entr’ouvre un œil inquiet,
Et, seule, son oreille bouge
Un bond brusque dans le foin rouge.
Et, n’entendant plus aucun bruit,
Le nez au vent, humant la nuit
Où déjà la lune se lève,
Assis sur son derrière, il rêve.
(Jeanne Marvig)
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Publié par arbrealettres le 17 mars 2013

Alchimie
Mon cœur immobilise
La lenteur du temps
Et je mixe les mots avec les sons
Au crépuscule de la mélancolie
Avec un rictus
Je salue les intempéries
Sous ce ciel d’améthyste
Je me sens joyeusement triste
Alors que tes seins de vierge
Tes seins de chair
Bombent de vitalité
L’ombre bleu clair du présent
Flotte au-dessus du sol pesant
Où le vert du pré s’égaie
Le soleil métamorphose le toit
Mais un nuage l’assombrit
Et malgré l’ironie du vent
La rivière promet toute sa fraîcheur
Je dérobe le temps au coffre de l’horloge
Pour le transformer en lingots d’insouciance.
(Jean-Baptiste Besnard)
Illustration: Pascal Gonzalez
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Publié par arbrealettres le 6 mars 2013

Les papillons
De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu’aimez-vous mieux? – Moi, les roses;
- Moi, l’aspect d’un beau pré vert;
- Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons;
- Moi, le rossignol qui chante;
Et moi, les beaux papillons!
Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l’on cueille en un réseau;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l’oiseau!
(Gérard de Nerval)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 2 février 2013

Il retrouve la brume, le tronc et la clôture,
la lumière grise comme arrêtée, le cri
des corneilles et les taches blanches
sur le vert du pré. L’image est immobile.
Tout attend quelque chose qui ne viendra pas
mais qui est là. Rien n’y entre. Rien n’en sort
(Jacques Ancet)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 30 janvier 2013

PRESQUE UNE ENFANT…
Presque une enfant, et qui sortait
de ce bonheur uni du chant et de la lyre,
et brillait, claire, dans ses voiles printaniers,
et se faisait un lit dans mon oreille.
Elle dormait en moi. Tout était son sommeil.
Les arbres jamais admirés, et ce sensible
lointain, et le pré un jour senti,
et tout étonnement qui me prenait moi-même.
Elle dormait le monde. Dieu poète,
comment la parfis-tu pour qu’elle n’eût désir
d’abord d’être éveillée ? Elle parut,dormit.
Où est sa mort ? Ah ! ce motif,
l’inventerai-je avant que mon chant se dévore ?
Où sombre-t-elle, hors de moi ?… Une enfant presque…
(Rainer Maria Rilke)
Illustration: Brad Kunkle Eidolon
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2013

LA CHÈVRE
J’ai parlé à une chèvre.
Elle était seule dans le pré, elle était attachée.
Repue d’herbe, mouillée
par la pluie, elle bêlait.
Ce bêlement égal fraternisait
avec ma douleur. Et je répondis, d’abord
pour plaisanter, ensuite parce que la douleur est éternelle,
qu’elle n’a qu’une voix et ne change jamais.
Cette voix je l’entendais
gémir en une chèvre solitaire.
En une chèvre au visage sémite
se plaignait tout autre mal,
toute autre vie.
(Umberto Saba)
Illustration: Serge Berrier
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