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Poésie

Articles Tagués ‘regard’

Ô beaux yeux brun (Louise Labé)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Alexandr Sulimov -   (27)

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues,
Ô jours luisants vainement retournée !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô milles morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destiné !

Ô ris, ô front, cheveux bras mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d’endroits d’iceux mon cœur tâtant,
N’en ait sur toi volé quelque étincelle.

(Louise Labé)

Illustration: Alexander Sulimov

 

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Une égratignure (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013


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Autre est déjà
Son regard
Sur cette main.

(Guillevic)

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Je vais ressusciter (Ossip Mandelstam)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Des monticules de têtes humaines s’étendent au loin,
Et moi, là-bas, je deviens si petit que j’échappe aux regards,
Mais dans les livres souriants, dans les jeux des enfants,
Je vais ressusciter pour dire que le soleil brille.

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Paul Cézanne

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Mon regard se perd (Wang Wei)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Au vallon vide peu reviennent…
Les montagnes bleues frissonnent au soleil.
Il me tente, votre perchoir solitaire…
Mon regard se perd à la pointe des nuages blancs.

(Wang Wei)

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Retrouvailles fugitives (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013



Retrouvailles fugitives

Alors que s’achève le temps des caresses
L’asile de nos amours clandestines
Reverdit chaque année.

Dans le verger des souvenirs
Où ils mûrissent trop
Au point de pourrir
Je te retrouve toujours fraîche
Et j’essuie de nouveau
Sur tes joues
Les larmes du crépuscule
Et de ton cœur silencieux
Montent de muets cris d’amour
Alors qu’à travers la brume de l’horizon
Nos regards étreints touchent
La colline couronnée de soleil

Une côte de vent et de pluie
Se dessine dans mon esprit
Où je te revois
Ecrasant sous tes pieds menus
Tous les coquillages de la grève.
Dans les embruns tu venais
Fille naturelle de la mer
Me sauver du naufrage.
Maintenant l’oiseau vole solitaire
Entre l’écume et le nuage
Et le sable sec recouvre
Tes pas qui s’imprimaient
Dans le sable mouillé
A la frontière des eaux
Pour me laisser un message d’adieu
Avant de retourner dans les profondeurs de l’oubli.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Dans la nature (Jean-Baptiste Besnard)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013




Dans la nature

Beauté exquise
Dans une lumière intense
Près d’un feu ardent
Tu mesures le jour
Au nombre de tes joies
Et à la transparence du matin.

Alors que l’horizon arbore
Les plus riches couleurs
Tu vas sous un ciel habité
Par un soleil sphériquement parfait
Enchâssé dans un nuage
Et la rêverie du jardin
T’empreint de mélancolie.

Les fleurs se prosternent devant toi
Tu ris dans l’herbe
Sous un gai soleil
Et dans la candeur d’un vierge univers.
Ton regard prend la couleur de l’eau.

Tu ris sous le feuillage attentif
D’un arbre qui songe
Fécond et intarissable de fruits
Quand la prairie recèle
Les germes de tes rêves.

Dans le soir noir et froid
La bise froisse le miroir
Des eaux polies
Et déforme l’image
Des branches du saule pleureur.
La lune y grimace
Alors que ton visage
Garde sa pureté.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Katarina Smuraga

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Sors de l’ombre (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 15 mai 2013



 

Makoto Oshima 2003-ei-10f

Sors de l’ombre, et dis-moi
depuis combien d’années
tu mêles à mes pas
ton empreinte invisible,
ô mon double muet
traversé par mes mains.
C’est trop peu de sentir
ton souffle sur mon front
et dans l’air mutilé
d’écouter ta présence ;
trop peu de deviner
tes gestes incertains
à travers le cristal
du sommeil et des songes.
J’ai trop connu l’attente
et les paroles dures.
je ne crains ton regard
ni le rond de ta bouche
et veux te voir en face
à la clarté du coeur.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Makoto Oshima

 

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LA NONNE GITANE (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 15 mai 2013


 


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LA NONNE GITANE

Silence de chaux et de myrte.
Mauves dans les herbes fines.
Sur une toile jaune paille
la nonne brode des giroflées.
Volent dans le lustre gris
les sept oiseaux du prisme.
Tel un ours panse en avant
loin de là grogne l’église.
Comme elle brode ! Quelle grâce !
Sur la toile jaune paille
elle aimerait bien broder
des fleurs à sa fantaisie.
Quel tournesol ! Quel magnolia
de faveurs et de clinquant !
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l’autel !
Cinq oranges en compote
cuisent dans l’office proche :
ce sont les plaies du Christ
cueillies près d’Almeria.
Dans le regard de la nonne
galopent deux cavaliers.
Une rumeur dernière et sourde
lui décolle la chemise,
la vue des monts et des nuées
dans les lointains arides
fait qu’alors son coeur se brise,
son mur de sucre et de verveine.
Oh, quelle plaine escarpée
sous l’éclat de vingt soleils !
Quelles rivières soulevées
entrevoit sa fantaisie !
Mais à ses fleurs elle s’applique
tandis que debout dans la brise
l’éclat du jour joue aux échecs
par les fentes de la jalousie.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Louis Toffoli 

 

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Savoir-vivre (René de Obaldia)

Publié par arbrealettres le 14 mai 2013



Savoir-vivre

Ah! l’excellente fille!
Un homme éternue-t-il à ses côtés,
en plein salon, la voilà qui fait glisser sa robe
sous laquelle elle est nue, et de sa voix fraîche:
- A vos souhaits, Monsieur!
Les témoins demeurent confondus devant tant de naturel
allié au bon sens le plus profond de la devination.
Quelle chose singulière: c’est l’homme qui paraît nu!
Tous les regards se fixent sur sa personne.
On n’aurait jamais cru cela de lui!
Rouge de confusion, il réclame son chapeau,
son manteau, ses gants,
et se sauve sans demander son reste.

(René de Obaldia)


Illustration: Pascal Renoux

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Le sublime est un départ (Rainer Maria Rilke)

Publié par arbrealettres le 11 mai 2013



Le sublime est un départ.
Quelque chose de nous qui au lieu
de nous suivre, prend son écart
et s’habitue aux cieux.

La rencontre extrême de l’art
n’est-ce point l’adieu le plus doux?
Et la musique: ce dernier regard
que nous jetons nous-mêmes vers nous!

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Michael Cheval

 

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