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Poésie

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St-Landry (Pierre Albert-Birot)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2013



Pourquoi étant venu chez moi en mon absence
Me dites-vous je suis venu
Et vous n’étiez pas là
Je vous ai parlé vous ne m’avez pas entendu
Je vous ai regardé vous ne m’avez pas vu

(Pierre Albert-Birot)


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Nouvel ami (Pierre Albert-Birot)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2013



J’ai regardé avec mes autres yeux l’Univers
Et l’Univers mon ami a eu sous mon regard
Une légère ondulation
Comme un chat sous la main qui le caresse
Vous terres roches et grandes eaux
Et vous vivants
Forêts et peuples
Avez-vous senti ma caresse
Non je sais et pourtant vous l’avez reçue
Et depuis vous avez quelque chose de changé
Et moi tandis qu’avec ma chair
J’essaie d’écrire sur ce papier l’esprit
Je sens qu’à trois cent milliards
Et deux millions cinq cent trois kilomètres d’ici
Une vie vient aussi de caresser l’Univers
Et me voici un nouvel ami

(Pierre Albert-Birot)


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Veillée (Marceline Desbordes-Valmore)

Publié par arbrealettres le 16 juin 2013



 

Wilhelm Hammershoi   6973 

Veillée

Quand ma lampe est éteinte, et que pas une étoile
Ne scintille en hiver aux vitres des maisons,
Quand plus rien ne s’allume aux sombres horizons,
Et que la lune marche à travers un long voile,
Ô vierge ! ô ma lumière ! En regardant les cieux,
Mon coeur qui croit en vous voit rayonner vos yeux.

Non ! Tout n’est pas malheur sur la terre flottante :
Agité sans repos par la mer inconstante,
Cet immense vaisseau, prêt à sombrer le soir,
Se relève à l’aurore élancé vers l’espoir.
Chaque âme y trouve un mât pour y poser son aile,
Avant de regagner sa patrie éternelle.

Et tous les passagers, l’un à l’autre inconnus,
Se regardent, disant : " D’où sommes-nous venus ? "
Ils ne répondent pas. Pourtant, sous leur paupière,
Tous portent le rayon de divine lumière ;
Et tous ces hauts pensers m’éblouissent… j’ai peur ;
Mais je me dis encor : " Non, tout n’est pas malheur ! "

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Wilhelm Hammershoi

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Portraits de famille (Teresa Rita Lopes)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013



Portraits de famille

Regarde
ici Grand-Mère!
Avec Grand-Père
À côté la Tante l’Oncle
et l’autre tante
Et Maman ma maman

Ils sont tous morts

Je tiens à la main
ce petit bouquet
de roses thé

Je les respire :
à chacune
son parfum

Ils ne sont plus que cela
dans ma mémoire

***
Retratos de familia

Olha
aqui a Avô!
Com o Avô
Ao lado a Tia o Tio
a outra tia
E a Mae a minha

Morreram todos ja

Seguro na mâo
esse raminho
de rosas-cha

Cheiro-as:
a cada uma
o seu perfume

Apenas isso sâo
agora
na lembrança

(Teresa Rita Lopes)


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Ah (Bernard Friot)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013



je suis beau
oui

je ne le savais pas

mais aujourd’hui
l’arbre a fleuri
la lumière attendrie
je l’ai vue dans tes yeux

tu n’as rien dit
pas souri
tu es passée
m’a regardé

et voilà
ah

(Bernard Friot)


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Si mon amour pouvait franchir le soi désert (Kathleen Raine)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013




Je les vois maintenant à travers un vide
Plus large, plus profond que le temps et l’espace.
Tout ce que j’ai fini par être
Sépare mon coeur et la rose,
La flamme, l’oiseau, le brin d’herbe.
Les fleurs sont voilées ;
Dans un univers d’ombres, les apparences
Passent sur une grande toile vide
Où l’image vacille, disparaît,
Où rien n’existe, et tout n’est que semblant.
Mais toujours l’esprit, désireux d’aller plus avant,
Les a suivies, tandis qu’elles s’éloignaient
Au fond de leurs espaces intérieurs,
Il arrachait les pétales des fleurs, les ailes des mouches,
Pourchassait le coeur au scalpel,
Disséminait sous une loupe la poussière de la vie ;
Mais les plus inaccessibles, étranges
Écailles iridescentes, cellules, fuseaux, chromosomes,
Simplement toujours sont :
Avec la grêle, les cristaux de neige, les montagnes, les étoiles,
Le renard au crépuscule, les éclairs, les moucherons dans l’air du soir
Tous partagent le mystère de la nature,
Proclament JE suis, et demeurent sans nom.

Parfois, de très loin,
Les créatures me font signe :
Une violette sourit au bord pâle de l’obscurité,
Une goutte de pluie suspendue au toit m’appelle,
Et un jour, dans l’herbe haute humide,
Un jeune oiseau m’a regardée.
Leur être est digne d’amour, est amour ;
Et si mon amour pouvait franchir le soi désert
Qui sépare tout ce que je suis et tout ce qui est,
Elles sauraient pardonner et bénir.

***

I see them now across a void
Wider and deeper than time and space.
All that I have come to be
Lies between my heart and the rose,
The flame, the bird, the blade of grass.
The flowers are veiled;
And in a shadow-world, appearances
Pass across a great toile vide
Where the image flickers, vanishes,
Where nothing is, but only seems.
But still the mind, curious to pursue
Long followed them, as they withdrew
Deep within their inner distances,
Pulled the petals from flowers, the wings from flies,
Hunted the heart with a dissecting-knife
And scattered under a lens the dust of life;
But the remoter, stranger
Scales iridescent, cells, spindles, chromosomes,
Still merely are:
With hail, snow-crystals, mountains, stars,
Fox in the dusk, lightning, gnats in the evening air
They share the natural mystery,
Proclaim I AM, and remain nameless.

Sometimes from far away
They sign to me;
A violet smiles from the dim verge of darkness,
A raindrop hangs beckoning on the eaves,
And once, in long wet grass,
A young bird looked at me.
Their being is lovely, is love;
And if my love could cross the desert self
That lies between all that I am and all that is,
They would forgive and bless.

(Kathleen Raine)

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Plaine (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013


Plaine telle un sanglot
Qui s’étrangle et se cache,
Champ de blé supportant
Les jeux de l’alouette,
Est-ce en vous cette attente
Ou dans celui qui vous regarde?

(Guillevic)

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Les assauts de la mer (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 15 juin 2013


Même assis sur la terre
Et regardant la terre,

Il n’est pas si facile
De garder sa raison
Des assauts de la mer.

(Guillevic)

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Transparence rêveuse (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 14 juin 2013


Amour-Fantome

 

Ils se rejoignent se regardant repartent
ils tremblent de bonheur
puis de néant

(Jean Follain)

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Portraits (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 13 juin 2013



monstres

 

Quand il eut regardé de bien près tous les monstres
Et vu qu’ils étaient faits tous de la même étoupe,

Il put s’asseoir tranquille dans une chambre claire
Et voir l’espace.

(Guillevic)

 

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