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Poésie

Articles Tagués ‘regarder’

Enfer (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
À l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre , à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller [le] troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux- destins éphémères;
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères;
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Bernard Buffet

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Une nuit, errant par la ville (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013


 


 

yeux vertsl

Une nuit, errant par la ville, il trouva deux yeux verts dans une flaque d’eau.
Il les emporta dans sa maison et jusqu’à l’aube les contempla.
A l’aube les yeux verts avaient disparu.
Les cherchant, il passa devant son miroir.
Son visage le regardait avec des yeux verts.

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

 

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Analogiste précis l’imaginaire fut pris (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 19 mai 2013



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (6)

Analogiste précis
l’imaginaire fut pris.
Antinomie de l’espace
tu regardes par contraste
la distance était le but :
le futur ne revint plus
Mes chants seront de forêt
et de mer qui reste à boire,
mes chants seront de mémoire
de bateaux et leurs agrès.
L’homme entre les deux silences
aura des mots pour l’oiseau,
j’aurai des chants de conscience
qui ne parlent pas très haut,
vole, vole ma parole
et disparaisse sans bruit
dans le monde de l’esprit
qui la couvre bénévole.
Où donc le regard fuit-il
captant l’objet d’avant dire ?
L’image d’un trait subtil
dicte ce qu’il faut écrire.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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On n’est jamais forcé (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 18 mai 2013


Etang

 

On n’est jamais forcé
De regarder l’étang.

(Guillevic)

 

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Belle tourneuse planète (Georges Libbrecht)

Publié par arbrealettres le 8 mai 2013



 

Belle tourneuse planète
tu fais toujours la coquette
mon coeur ouvre mes volets
regarde, sait-on jamais
si le vrai n’est pas la fable ?
A travers le temps des morts
sait-on jamais si l’enfance
dans l’espace en transparence
ne touchera pas le port ?

(Georges Libbrecht)

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Je ne peux répondre qu’en ma présence (Christian Bobin)

Publié par arbrealettres le 8 mai 2013


Combat-de-l-Ange-r1


Encore des lettres aujourd’hui
toutes sortes de phrases
mêlées aux vôtres
parfois je réponds et parfois non
C’est comme le téléphone
il sonne je le regarde sonner
Il y a des jours
où je ne suis pas dans mon nom
pas dans mon sang pas dans mes yeux
des jours des semaines des mois
Je laisse les lettres parler le téléphone hurler
C’est une affaire de bon sens
Je ne peux répondre qu’en ma présence
Seulement voilà que faire
quand je n’y suis pas
quand la main de l’ange
est sur ma bouche

(Christian Bobin)

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Belle (Lydie Dattas)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013



Je savais que j’étais belle
car nul ne me reagardait.

(Lydie Dattas)


Illustration: François-Joseph Durand

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Je regarde (Adonis)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013



Printemps-650

Je regarde le ciel sans ciller les paupières
Je regarde une femme et ne peux les maîtriser

(Adonis)

Illustration: Andrzej Malinowski

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Emiette-la sur tes lèvres (Adonis)

Publié par arbrealettres le 6 mai 2013



Hier lors de notre rencontre
Je libérais mon âme de la nuit de ses chaînes.
J’apprenais à ses cils
Comment te regarder

Regarde-la voilà qui coule entre nous
La nommerais-tu vague?
La nommerais-tu rose? Prends-la
Emiette-la sur tes lèvres.

(Adonis)

Illustration

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Poème pour mon ombre (Marie-Célie Agnant)

Publié par arbrealettres le 4 mai 2013



 Ettore Aldo Del Vigo 1_1280

Poème pour mon ombre

grises ou mordorées
quand autour des rêves
s’estompent les brumes
demeure le désenchantement

paumes vers le ciel affronter le renoncement

fais appel si le coeur t’en dit
aux diseuses de bonne aventure
supplie-les de te redire
l’éblouissement
les miracles
quémande les vertiges
face contre terre maudis le chant des sirènes

il y a un homme disent-elles toujours
qui vous regarde
qui nous regarde
l’amour est là
il était là
au début
il était

très tôt tu apprendras
ce poids de la soif
hydre d’eau douce à la chair amère
rocher informe
lourdement
au plus profond de toi
de matière vivante
très tôt tu seras
matière inerte
deviendras
d’un tout
deviendras
ne seras
que
plus que
rien que
fragments épars

le temps poursuit sa route
voyage interminable
nulle terre en vue

l’entêtement est souvent un ennemi tenace

réinvente si tu peux les premières lueurs
réapprends situ veux le désir
mais surtout

invite ton ombre à te tenir compagnie

(Marie-Célie Agnant)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

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